Les Frères Musulmans, Youssef al-Qardaoui et le discours d'Emmanuel Macron sur le "séparati

Le 18 février dernier, le Président Emmanuel Macron a prononcé un important discours sur l'islam en France en proposant une sorte de pacte républicain aux musulmans de France face aux forces islamistes hostiles qui pousseraient les communautés musulmanes de France au "séparatisme ". Un communautarisme subversif fomenté essentiellement parles salafistes, les Frères-musulmans et leurs Etats-Parrains le Qatar et surtout la Turquie d'Erdogan en pleine crise avec la France et l'Élysée autour de la question des enseignements ELCO. Dans son discours, le président propose ainsi d'interdire les prédicateurs et imams inféodés à des puissances étrangères et de remplacer les financements de l'extérieur par une "taxe hallal".

La surprise dans le discours présidentiel de Mulhouse a été de proposer carrément de bannir lesalafisme et le "frérisme". Les propositions sont d'autant plus intéressantes que tous les ministres de l'intérieur successifs depuis le regretté Charles Pasqua ont laissé faire ces mêmes fréro-salafistes. D'évidence, en nommant plusieurs fois les Frères-musulmans et le "frérisme", le président français ne peut pas ne pas avoir pensé à Youssef Al-Qardaoui, la référence actuelle suprême des Frères en Europe et ailleurs sur le plan jurisprudentiel et théologique. S'il ne le cite pas nommément, il est clair que le président - qui s'intéresse de près à la question de l'islam de près depuis deux ans - a été informé par ses conseillers et le Renseignement français du travail de sape effectué depuis des décennies par les Frères qu'il rend clairement responsable de ce "séparatisme islamiste".

Ce sont en effet les Ikhwan (La confrérie des Frères-musulmans) et en premier lieu Youssef Al-Qardaoui qui ont mis en pratique en Europe un plan de réislamisation radicale communautariste donc de facto "séparatiste", d'ailleurs inauguré dans les années 1990 par les premières "affaires du voile" dans les lycées. Macron a donc visé juste en mentionnant cette obsession du voile car ce dernier, à distinguer du simple fichu qui laisse voir des cheveux, a toujours été l'outil politico-religieux précurseur utilisé par les Frères pour couper les musulman(e)s du reste de la société française laïque honnie car jugée "anti-islamique" et "perverse".


La subversion des valeurs démocratiques et "laïques" par les Ikhwanet leur leader théologique Al-Qardaoui

Fondateur et doyen de la première université des études et sciences islamiques au Qatar en 1977 et président de l'Union internationale des savants musulmans, co-fondateur, ex-président et membre du Conseil européen de la Fatwa, Qardaoui est une immense figure du "Frérisme", le plus illustre et influent au niveau mondial depuis le fondateur Hassan Al-Banna, son gendre Saïd Ramadan ou Saiyyd Qutb, le père frériste du jihadisme contemporain. Qardaoui, qui a publié 120 ouvrages, est d'autant plus stratégique que c'est lui qui a édicté le plus grand nombre d'avis théologiques et fatwas visant à saper les fondements de la laïcité et à retourner contre les pays mécréants occidentaux leur propres valeurs laïques, tolérantes et d'ouverture.De ce point de vue, on ne peut que se féliciter du fait que le président Macron ait précisémment défini puis vanté dans sa déclaration de Mulhouse la laïcité qu'il veut carrément ajouter à la triptyque "Liberté égalité fraternité".


En adoptant les musulmans à adopter une vision privatisée et donc républicaine de la religion puis à accepter cette laïcité française comme les Juifs et les Catholiques l'ont fait avant eux, idée que les islamistes combattent, le président a étonnement infligé aux Frères musulmans une véritable défaite rhétorique et idéologique même si les élus LERM et certains ministres de Macron eux-mêmes ont récemment courtisé des figures de l'islam de France issues des Frères musulmans. On est bien sûr dans le en même temps. Toutefois, indépendamment des visées tactiques électoralistes, le discours va dans le bon sens et est si offensif et précis qu'il peut difficilement ne pas avoir de conséquences négatives pour les Frères et les Salafistes actuellement si présents.


Les défenseurs des Frères musulmans, abreuvés aux avis et fatwas de Qardaoui, répondront qu'ils ne refusent pas la laïcité,qui signifie pour eux non pas la séparation de l'Eglise et de l'Etat, mais une"neutralité" de l'Etat vis-à-vis de la religion. Mentor et référence majeure de Tariq Ramadan, Qardaoui, qui s'attache depuis des décennies à retourner le principe de laïcité contre les pays laïcs, prône en Europe une étrange conception de la laïcité vue non pas comme une valeur en soi, à la différence de la vision républicaine et macronienne, mais comme une simple"neutralité"perçue en fait comme une faiblesse des sociétés post-chrétiennes auto-reniées qui aboutit, en mettant l'islam au même niveau que le christianisme, à faire fructifier le premier au détriment du second.


Qardaouicondamne d'ailleurs très fortement le principe de laïcité en pays musulman, où il lui oppose une charià intégrale et n'y prône en aucune façon une "neutralité" étatique et l'égalité des religions, mais plutôt la soumission pure et simple des autres religions à la "vraie". C'est donc en toute logique que le "cheikh" Qardaoui s'est opposé à toutes les lois françaises interdisant le port de signes religieux ostentatoires puis le voile intégral (2004/2010) et qu'il a appelé les musulmans, lors derassemblements au Bourget (grand évènement frériste français annuel), à jamais voter en faveur des partis et personnalités politiques ayant soutenu ces lois. Le meilleur exemple est celui de la peine de mort pour apostasie ou blasphème: s'il a parfois écrit que l'on peut dans de rares cas reporter ou annuler la condamnation à mort prévue dans la charià pour ces faits graves, il écrit noir sur blanc dans son ouvrage Le Licite et l'Illicite, sonbest-seller en Français en vente livre à la FNAC ou sur Amazone, que la peine de mort est la peine normale prévue pour ces faits. Dans d'autres écrits ou avis filmés, il préconise également la peine de mort pour les homosexuels... La première leçon que nous pouvons tirer du discours du président Emmanuel Macron à la lumière de la pensée des Frères et en particulier de Qardaoui qui a présidé la plupart des structures fréristes occidentales, est que les ouvrages de Qardaoui et toutes les institutions fréristes qui s'en inspirent ou salafistes ou même erdoganistes qui distillent officiellement des théories théocratiques subversives et "séparatistes" doivent être bannis. Mais comment va-t-on procéder pour défaire et interdire ce qui a été fait et toléré si longtemps? That is the question...


Des générations de musulmans pris en otage par les institutions fréristes fondées par Qardaoui

Fondé et longtemps présidée par Youssef al-Qardaoui, le Conseil Européen de la Fatwa et de la Recherche (CEFR), fondation islamique créée en 1997 et basée à Dublin, développe depuis des décennies dans toute l'Europe la pensée de Qardaoui et des Frères musulmans. L'idée est de faire admettre, au nom du "droit à la différence" et d'une subversion de la "laïcité vue comme neutralité au profit de l'islam", une "charià de minorité". Celle-ci est certes un moindre mal, car la Charià est destinée, à terme, à devenir, après maintes "étapes", une charià majoritaire au niveau mondial: objectif explicite des Frères depuis Hassan al-Banna, leur fondateur (1928). Le CEFR a été lui-même créée à l’initiative de l’Union des Organisations islamiques en Europe (UOIE), basée à Bruxelles, structure européenne des Frèresqui réunit 30 organisations. Ici aussi, le postulat (théocratique) est qu'un musulman ne peut pas être pleinement un "bon musulman" s'il doit obéir à des lois exclusivement non-musulmanes "mécréantes", la charià devant demeurer la norme absolue pour tous les musulmans, y compris pour ceux vivant en Europe ou en pays non-musulmans. L'objectif du CEFR et de l'UOIE est donc d'édicter pour les musulmans européens des avis juridiques ou fatwas permettant de vivre en pays occidental tout en respectant la charià, certes, en « tenant compte de l’environnement local et du statut de minorité religieuse des musulmans d’Europe », puis de faire admettre aux autorités ces dérogations au droit commun au nom d'un "droit à la différence" et du principe de liberté religieuse.


Le CEFR encourage par ailleurs les initiatives de formation d’imams locaux en accord idéologique avec la pensée des Frères-musulmans. L’Institut européen des sciences humaines de Château-Chinon (IESH), qui forme les "imams européens" à la pensée frériste, et le European Institute for Humanitarian and Islamic Studies, au Royaume-Uni, poursuivent les mêmes buts. Tous ces organismes, très bien structurés, et assez habiles pour avoir su se rendre incontournables auprès d'élus locaux et de pouvoirs publics nationaux, visent en fait à réislamiser/désassimiler les musulmans d’Europe, donc à empêcher leur intégration aux mœurs occidentales "immorales", puis, ensuite, à utiliser ce noyau-dur pour islamiser-conquérir à terme le continent européen en voie de déchristianisation. Et de même qu'ils luttent contre la laïcité au nom de leur conception subvertie de la laïcité, ils luttent contre l'intégration et l'assimilation au nom d'une intégration "inclusive" vue comme différentialiste.


Le jihad du verbe, du témoignage et de la prédication

Référence majeure du CEFR, Al-Qardaoui explique que s’il est matériellement impossible d’adopter la règle islamique par la force, les musulmans doivent faire preuve de « patience » (saber) et adopter l’approche plus subtile de la da’wa, qui consiste à essayer de changer les « actes pervers » au moyen de mots, de l’écriture, dela prédication donc en « instruisant ». La da’wa est ici présentée non pas comme un instrument de dialogue, comme cela plait tant aux chrétiens œcuméniques ou aux multiculturalistes naïfs, mais de conquête, dans le cadre de la tactique « gradualiste » des Frères.


Ce n'est pas par hasard que, dans son traité sur le djihad (Fiqh al-Jihad), Al-Qardaoui décrit les médias et les moyens de communication comme des « armes d'un nouveau jihad de l'époque ». Les soldats de cette guerre non armée sont donc pour lui les musulmans vivant en Occident, devenue "terre de la prédication" (dar al-dawaà), appelés, d’une part, à ne pas s’intégrer et à former des communautés parallèles « immunisés contre le poison des valeurs et des mœurs occidentales », doncde véritables ghettos où ils doivent avoir «leurs propres communautés religieuses, éducatives et sociales». Ce processus passera par la création d’un environnement pro-islamique, l’acquisition de postes de responsabilité de haut niveau et l’accomplissement graduelle de l’islamisation du l'Occident. Pour le téléprédicateur frériste, cette Da'wa est l'outil majeur permettant de promulguer la conquête de l'Europe afin de la sauver de sa condition d'"immoralité", de son "matérialisme ", et de l'horrible "promiscuité qui permet aux hommes d'épouser des hommes et des femmes d'épouser des femmes". En d’autres termes, une pénétration lente et non armée de l’islamisme est condamnée à mettre fin à la liberté occidentale et à la remplacer par le régime du califat, objectif idéal final des Frères tel qu'inscrit dans leurs textes fondateurs mais aussi dans la pensée de Qardaoui. Ce dernier précise dans ses textes en arabe non destinés aux « naïfs » occidentaux, que la da’wa n’est qu’un outil secondaire, à utiliser lorsque la force n’est pas réalisable, puisque le jihad reste la meilleure lutte dans d'autres contextes. Certes "défensif », donc apparemment moins guerrier que celui des jihadistes purs et durs de Daech ou Al-Qaïda, ce jihad commence dès que les musulmans se sentent « opprimés » ou moqués. Promouvant cette "paranoïsation" des musulmans d’Europe, Qardaoui ne cesse d'ailleurs de décrire dans ses ouvrages et prédications un monde islamique perpétuellement attaqué par pléthore de forces anti-islamiques (juifs, croisés, libéraux, communistes, «hypocrites»/Mounafigoun…).