Trump: plus hard que soft power?
- AdV
- 18 janv.
- 2 min de lecture
Le géopolitologue Alexandre Del Valle l’avait prédit dans son essai: le président Trump est en réalité adepte d’un « impérialisme dé-globalisé » ! L’Europe, définitivement annexée cognitivement par l’impérialisme libéral américain, ne comprend pas ce qui lui arrive. Grand entretien.

Causeur. Depuis le retour de Trump au pouvoir, beaucoup ont évoqué un retrait stratégique des États-Unis. Dans votre dernier livre, Le nouvel ordre post-occidental, vous nuanciez, voire contestiez largement cette vision. L’enlèvement spectaculaire de Nicolás Maduro au Venezuela ne vous donne-t-il pas raison ?
Alexandre Del Valle. En effet, dans mon livre, je n’emploie pas le terme de « retrait », mais plutôt de recentrage des Etats-Unis dans leur hémisphère ouest, leurs sphères d’influence, et autour de leurs domaines d’intérêt vital. Je cite autant le Canada, l’Amérique latine (dont Panamà) que le Groenland.
Je m’oppose justement à l’idée chère à certains d’un Trump isolationniste, anti-unilatéraliste et anti-impérialiste. J’affirme à l’opposé que Trump est adepte d’un impérialisme « dé-globalisé » ou « hémisphérique », c’est-à-dire débarrassé de l’interventionnisme planétaire des néo-cons et du moralisme des adeptes de l’OIL (Ordre International Libéral).
A chacun sa chasse gardée, notamment le Moyen-Orient, les pays du Golfe, et l’hémisphère occidental pour les Etats-Unis. Les sphères d’influences revendiquées par d’autres puissances sont de ce fait négociables (Ukraine, Moldavie, Géorgie, Taiwan, Libye, Mer de Chine), mais suivant les rapports de force évolutifs et les transactions en cours, certes âpres. On peut ajouter bien sûr l’impératif de préserver la manne des pétrodollars, l’accès aux terres rares, la guerre des semi-conducteurs.
Concernant l’OTAN, cette dernière n’intéresse Trump, tout comme l’Europe occidentale, que si l’engagement n’est pas contraignant et s’il ne consiste pas à prendre des risques inutiles et à dépenser pour les autres. Trump raisonne ainsi : « je ne m’engage pas dans l’article 5 [qui prévoit qu’une attaque armée contre un ou plusieurs Alliés sera considérée comme une attaque contre tous, ndlr], les Européens achètent mes armes, mon énergie, mon soft-power audiovisuel et mes applications. Et si l’OTAN veut m’engager dans une guerre qui n’est pas mon intérêt, l’article 5 ne compte pas ». Comme on l’a vu avec la Stratégie Nationale de Sécurité (National Security Strategy), publiée le 4 décembre 2025, la dénonciation de « l’effacement civilisationnel » de l’Europe (dénatalité, culpabilisation identitaire et submersion par le monde islamo-africain), est à la fois un regret réel et un prétexte pour lâcher la solidarité inter-atlantique.
L’idée est la suivante : « les pays avec lesquels nous avions signé dans les années 1950 ne sont plus les mêmes, donc nos engagements aussi »…. En ce sens, ce soi-disant « retrait » trumpien, conditionné dans certains domaines et dans certaines zones, est plus une sortie du globalisme et des institutions couteuses et contraignantes non compatibles avec l’Amérique d’Abord qu’un non-interventionnisme.










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