Strasbourg, capitale de l'Islamisme néo-ottoman : les antifascistes rose-verts roulent pour Erdogan

Strasbourg, capitale européenne (Conseil de l'Europe, Parlement européen) va abriter d'ici 2025 l'une des plus grandes mosquées du Continent. Ceci tout d'abord grâce à l'ex-maire de la ville, Roland Ris, PS - qui a toujours courtisé électoralement et choyé les mouvances islamo-nationalistes turques qui appellent pourtant ouvertement les Turcs musulmans à ne pas s'intégrer - mais, comble de l'ironie, grâce à la nouvelle maire (2020) au patronyme arménien, Jeanne Berseghian, membre du parti écolo EEV, et à sa majorité municipale qui a voté le financement par les contribuables, de la construction de la mosquée à hauteur de 2,5 millions (sur 26). Le reste est officiellement mis par les fidèles et les organisations soeurs européennes du mouvement islamiste turc Milli Görüs, sur lequel nous reviendrons. En fait, il n'est un secret pour personne que le pouvoir national-islamiste d'Erdogan, lui-même issu du Milli Görüs, va mettre la main à la caisse, par divers truchements associatifs liés au mouvement, ce que nient, bien sûr, les associations turques.






Une mosquée néo-ottomane symbole de la stratégie turco-islamiste de "désassimilation"


La mosquée Eyyub Sultan, d’architetture néo-ottomane, destinée à être l'une des plus grandes d'Europe, est située dans le quartier de la Meinau, où vit la plus forte concentration de Turcs à Strasbourg. Elle possédera deux imposants minarets de 36 mètres de hauteur, deux grandes salles de prières, dont une pouvant accueillir 2500 fidèles, de nombreuses dépendances, un restaurant, des salons de thé et de coiffure, un centre commercial, un musée, de salles polyvalentes, de nombreuses salles de cours, des bureaux administratifs, et même des locaux d'une section jeunesse pour les activités pédagogiques et culturelles. De quoi bien encadrer des jeunes Français d'origine turque que le pouvoir d'Ankara et le Milli Görüs ne veulent surtout pas voir s'intégrer aux "moeurs perverses" de la société française. Ankara escompte par ailleurs maintenir les diasporas turco-musulmanes européennes dans un statut de réserve électorale et de noyau-dûr de "projection de puissance" néo-ottomane. Le moins que l'on puisse redouter est que celle grande mosquée, qui sera terminée en 2025, et dont le chantier est réalisé par le Milli Görüs, proche du président turc Erdogan, ne sera pas un havre d'intégration à la française, mais plutôt un centre islamiste néo-ottomaniste qui enseignera et diffusera la vision expansionniste du pouvoir d'Erdogan et du Milli Görüs.


Le Milli Görüs, une organisation panislamiste anti-occidentale, complotiste et antisémite...


Le Millî Görüs (« Vision nationale », ou «voie de la communauté" en turc ") n'est pas n'importe quelle organisation islamiste. Jadis combattu en Turquie kémaliste-laïque, il a été fondé en 1969, en Allemagne, par un opposant islamiste turc admirateur du Pakistan islamiste et des Frères musulmans, Necmettin Erbakan, l'ex-mentor de Recep Taiyyp Erdogan, lorsque les formations islamistes turques étaient interdites en Turquie par les kémalistes. Ironie de l'histoire, les Kémalistes laïques très opposés à l'islam politique seront renversés 33 ans plus tard, lors de la victoire électorale de l'AKP, le parti de la Justice et du Développement de Recep Taiyyp Erdogan, en novembre 2002, par des anciens du Milli Görüs revanchards arrivés au pouvoir grâce au financement de la diaspora islamiste turque européenne. En fait, les opposants islamistes, jusqu'alors interdits en Turquie, dont leur leader Necmettin Erdbakan, ont très bien su utiliser la liberté d'expression pour préparer, depuis les démocraties européennes, la reconquête néo-ottomane de la Turquie républicaine, et donc le démentèlement du système laïque kémaliste. celui-ci aurait été conçu, selon le Milli Görüs, par le "juif" masqué (Domne) Mustafa Kémal Atatürk, par ailleurs accusé d'appartenir à la franc-maçonnerie et d'être un "apostat". D'où le récent retour du Musée ex-Basilique chrétienne conquise par les Ottomans en 1453, Sainte Sophie, au statut de mosquée, symbole du néo-ottomanisme cher à Erdogan et au Milli Görüs. Ce dernier a en fait inspiré depuis tous les partis islamistes turcs durant les décennies 1980-1990-2000: MSP, Fazilet, Refah partisi, et enfin AKP, au pouvoir depuis 19 ans.


Le Milli Görüs renvoie à la fois à l'islam des «ancêtres dévots» («As Salaf») et à celui de l'âge d'or du monde musulman sous les califats/sultanats turco-ottomans et la domination des pays arabes, de la Grèce et des Balkans par la Sublime Porte. Foncièrement suprémaciste et impérialiste, le Milli Görüs dépeint les Turcs comme les "meilleurs serviteurs et conquérants de l'Islam" et rêve de récupérer les territoires perdus du sultanat et du dernier Califat turc-ottoman aboli par le laïc Atatürk. Son but premier a toujours été de combattre la laïcité républicaine, donc le kémalisme, les coutumes occidentales, la mixité, et la "franc-maçonnerie judaïque", dont Atatürk aurait été l'une des pires incarnations...


Erdogan est en fait un pur produit du Milli Görüs: il a non seulement créé son parti AKP avec un noyau-dur d'anciens du mouvement, en 2001 - certes présenté au début comme "modéré" et accueillant au départ des forces conservatrices et en mettant en veilleuse les aspects les plus radicaux du parti -, mais les forces laïques turques n'ont jamais été dupes de 'l'agenda caché" d'Erdogan et de l'islamisme turc de gouvernement. Ce dernier est parvenu aux termes de ce que j'avais appelé dans un essai paru en 2003 "La stratégie du Cheval de Troie" (Les Syrtes), à amadouer les Européens, les Etats-Unis afin d'avoir la voie libre de l'OTAN (donc la Turquie est membre) pour se débarrasser des forces laïques et progressistes. Cet "agenda caché", qui a été mis à jour trop tard par les Occidentaux désormais incapables de contrôler leur partenaire atlantiste problématique, ne l'est plus depuis que, entre 2013 et 2016, Erdogan a dévoilé son visage islamo-nationaliste autoritaire néo-ottoman, annonçant d'ailleurs le "retour du Califat ottoman pour 2053", date de l'anniversaire des "six siècles de la conquête de Constantinople".... Pendant ce temps, la maison-mère, le Milli Görüs, a continué à diffuser au sein des musulmans turques européennes une vision communautariste à la fois nationaliste anti-kémaliste et néo-califale, sens même du mot milli, nation-communauté-oumma, dans son acception panislamique.


Les ramifications européennes du Millî Görüs, notamment l’Islamische Gemeinschaft Millî Görüs (IGMG, puissante branche allemande de l'organisation alimentant les autres branches européennes), qui encadrent aux côtés d'autres confréries turques (Suleymanci, Nurcu, Naqshbandiyya), et du ministère turc de la religion (Dyanet/DITIB), les turcs d'Europe, travaillent de concert avec les Frères musulmans à transformer les diasporas musulmanes occidentales en une contre-société islamique dotée de prérogatives spéciales, d'où l'accusation d'Emmanuel Macron de "séparatisme" communautariste. Le Milli Görüs, les réseaux de la DITIB et les Frères musulmans, à la tête de milliers de mosquées, écoles islamiques et centres "culturels", exerçent ainsi de concert une influence croissante sur les communautés turco-maghrébines depuis qu'Erdogan a fait converger les objectifs du DITIB, jadis opposé à l'islam politique sous les Kémalistes, avec ceux du Milli Görüs dans le sens du refus de l'intégration des musulmans d'Europe.


Le Millî Görüs dispose d’un réseau de mosquées ou d’associations très étendu dans toute l'Europe. Dans ses mosquées, il accueille nombre de prédicateurs fanatiques, qui, sous couvert de "droit à la différence" et de rhétorique victimiste, distillent une idéologie suprémaciste théocratique qui exhorte de ne pas s'intégrer aux moeurs mécréantes "impies". Cette proximité idéologico-religieuse panislamiste unissant Frères musulmans arabes, Milli Görüs turcs et souvent également les islamistes indo-pakistanais, est confirmée par les références officielles au célèbre prédicateur islamiste pakistanais, Abou ala Al Mawdoudi et aux Frères musulmans égyptiens, tels Saïd Ramadan, gendre du fondateur Hassan al Banna, Tariq et Hani Ramadan, ses fils, ou encore Youssef Al Qardaoui, la référence juridique suprême des Frères en Europe, connu pour ses fatwas appellant à tuer les Juifs, les apostats, les homosexuels et les blasphémateurs...


Judéophobie complotiste et anti-occidentalisme radical


Le Milli Görüs est connu pour son antichristianisme, avec les récurrentes accusations des projets des "croisés" pour "christianiser la Turquie" avec la complicité des Arméniens, mais encore plus pour son virulent antisémitisme et ses références aux théories du complot "judéo-maçonnique". D'après ces théories conspirationnistes, la faute de la disparition du califat- ottoman incomberait aux « Dönme » (ces juifs adeptes soi-disant faussement convertis à l’Islam), qui auraient aidé Atatürk à établir la république laïque kémaliste au détriment de l’islam et de la grandeur turco-ottomane. Pour le Milli Görüs, le "sionisme international" aurait manipulé la politique turque kémaliste et aurait gangrené le système monétaire. Pour le fondateur du mouvement et mentor d'Erdogan, Necmettin Erbakan, les Juifs seraient la cause de tous les complots de l'Histoire et de la Terre, y compris les croisades pourtant organisées par les puissances chrétiennes et souvent antijuives.


Étonnement, ce sont des forces national-islamistes turques racistes et suprémacistes, donc aux idées souvent proches de celles des nazis, notamment concernant le "complot judéo-maçonnique", que les Verts écolos, l'extrême-gauche "anti-fa" et même un temps certains élus du PS alsacien, ont courtisé ou continuent de courtiser et même, en l'occurrence, de financer. Étrange paradoxe que de combattre les "Populistes de droite" occidentaux qui ont en général renoncé depuis longtemps aux anciennes références fascisantes ou à l'antisémitisme, tout en appuyant des forces islam-fascistes cent fois plus ouvertement haineuses, racistes, violentes, subversives et qui n'ont jamais renoncé à l'antisémitisme le plus fascisant... C'est tout le paradoxe de "l'islamo gauchisme", qui unit de façon apparemment incohérente des forces "progressistes" et réactionnaires que tout devrait opposer, mais dont la cohérence tactique idéologique consiste à faire "converger" toutes les "forces révolutionnaires" et subversives dans la lutte contre l'Occident capitaliste-sioniste honni.