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Randa Kassis: « L’Ukraine et l’Iran font partie d’une même équation globale »

  • il y a 11 minutes
  • 2 min de lecture

ENTRETIEN. Alors que les guerres d’Ukraine et d’Iran sont de plus en plus interconnectées et que Donald Trump a à la fois échoué à faire cesser la guerre russo-ukrainienne et à soumettre le régime de Téhéran, Alexandre del Valle a voulu faire le point avec l’une des meilleures analystes de cette « guerre mondiale fragmentée 2.0 » : l’anthropologue Randa Kassis.




Femme politique franco-syrienne et essayiste, membre du Center of Political and Foreign Affairs, basé à Londres, et Présidente du Mouvement pour une société pluraliste en Syrie, Randa Kassis est àl’origine de la plateforme d’Astana en 2015, qui réunissait des opposants syriens durant la guerre civile et qui a inspiré les pourparlers entre responsables russes, iraniens, turcs, occidentaux et saoudiens durant la guerre civile syrienne. Pratiquant depuis des années la diplomatie de terrain en plus de l’analyse, échangeant tant avec les responsables américains, turcs, russes, européens, que des pays arabes, elle nous livre ici son analyse froide et étayée des deux guerres en cours que l’Occident ne paraît pas réussir à gagner face aux pôles mondiaux de la “désoccidentalisation”.


Avant d’aborder la question  de la Syrie, votre pays d’origine, commençons par le contexte général : la guerre Iran-Etats-Unis-Israël est-elle en train de changer d’échelle et de transformer la donne au Proche et Moyen-Orient ? 


Absolument, il faut lire cette crise à travers la réalité géopolitique globale. Nous ne sommes plus à l’époque où Washington pouvait façonner le Moyen-Orient à sa guise : l’hégémonie américaine absolue appartient au passé. Si l’on veut dater précisément ce basculement, le processus s’est amorcé dès 2007 avec le discours de Vladimir Poutine à Munich qui dénonçait l’unilatéralisme américain, suivi de la guerre en Géorgie en 2008. Mais c’est en 2011, au moment des Printemps arabes et de la crise libyenne, que la Russie a scellé son retour offensif sur la scène internationale, en refusant définitivement les schémas de changement de régime imposés par l’Occident. Avec l’affirmation parallèle de la Chine comme géant économique, militaire et technologique incontournable, nous sommes rentrés dans une nouvelle forme de Guerre froide. Aucun des grands acteurs ne veut d’un affrontement direct, car ce serait le pire des cauchemars pour tout le monde, et c’est précisément pour cela que la confrontation se déplace.


Dans cette architecture, l’Iran est un nœud stratégique majeur que ni Pékin ni Moscou ne laisseront tomber. Pour la Chine comme pour la Russie, l’enjeu est d’abord une question de crédibilité internationale auprès du Global South : lâcher Téhéran sous les pressions américaines ou israéliennes enverrait un signal de faiblesse dévastateur. Pour la Russie, l’Iran abrite le corridor Nord-Sud qui lui permet de connecter son économie à l’océan Indien et de contourner les sanctions, tout en restant un partenaire clé pour son effort de guerre en Ukraine. Quant à l’idée d’un grand accord où les États-Unis demanderaient à Moscou de lâcher l’Iran en échange de concessions en Ukraine, c’est une illusion : ni Washington ni Moscou ne respecteraient un tel deal.


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