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Qatargate : discrédit des institutions européennes ou début d’une réaction ?

Suite au « Qatargate », l’affaire de corruption présumée de membres du parlement européen par Doha, Alexandre Del Valle s’est entretenu avec le député honoraire égyptien Abdelrahim Ali, écrivain et président du Centre d'Études sur le Moyen Orient (CEMO), basé à Paris qui alerte depuis des années sur la stratégie d’entrisme et de pénétration des milieux décisionnels européens et nationaux par le richissime Émirat du Qatar.





Le 9 décembre dernier, des bureaux du Parlement européen ont été placés sous scellés, plus de 1 million d’euros ont été saisis en liquide, pour partie aux domiciles d’une eurodéputée et d’un ancien eurodéputé… Quatre personnes ont été incarcérées dans le cadre d’une enquête du parquet fédéral belge et de l’office central pour la répression de la corruption (OCRC) entamée depuis la mi-juillet, sur « des faits présumés d’organisation criminelle, de corruption et de blanchiment ». L’enquête est dirigée par le juge d’instruction Michel Claise, spécialiste des questions financières, de la corruption et du blanchiment, réputé pour son intransigeance et sa probité. Selon des sources proches de son équipe, l’enquête risque de viser d’autres personnalités… Le ministère des affaires étrangères qatari a pour sa part nié en bloc « toute association du gouvernement qatari avec les allégations rapportées est sans fondement et gravement mal informée ». L’affaire n’est pas encore jugée, mais les présomptions et suspicions sont sérieuses, même si la parquet belge et le Parlement européen n’ont pas explicitement incriminé le Qatar mais un « État du Golfe »…


Alexandre Del Valle : Que vous inspire l'arrestation par la police belge de la vice -présidente socialiste grecque du parlement européen, Mme Eva Kaili avec 4 autres socialistes italiens et italo-belges ?

Abdelrahim Ali : Je n'ai pas été surpris, bien sûr, car je m'y attendais depuis longtemps, et j'avais des informations selon lesquelles une enquête était en cours à propos des mouvements de transfert d'argent, et des réunions de certains membres du Parlement européen avec certains responsables qatariens, en particulier de la famille Al-Marri. Ali bin Fetais Al-Marri notamment, ancien procureur général du Qatar, débarqué pour des accusations de détournement de richesse. Le plan aurait été conçu par Ali Bin Fetais lui-même. Mes recherches me permettaient d’attendre des révélations qui confirment des informations que j’avais eues beaucoup plus tôt. Mais l'affaire a été retardée, peut-être en raison de la difficulté à obtenir des preuves et du secret de l'enquête.



Vous avez affirmé dans la presse égyptienne, au Parlement européen et au CEMO depuis des années que le Qatar aurait débloqué des sommes considérables pour influencer des députés européens ?


J'ai dit lors d'un séminaire qui s'est tenu au Parlement européen à Strasbourg, en présence de plusieurs députés, le 12 juin 2018, que le Qatar avait alloué un milliard de dollars pour tenter de s’acheter les bonnes grâces du plus grand nombre possible de candidats futurs-députés au Parlement européen en vue des élections de mai 2019. Je l’ai dit dans les enceintes mêmes du PE, et je n’ai jamais eu le moindre procès ou démenti depuis ces années… No comment …


Cela signifie-t-il que le Qatar aurait influencé le cours des élections en aidant les députés avec de l’argent liquide ? Le Qatar dément depuis des années et continue de démentir catégoriquement depuis l’affaire du Europe-Qatargate : quelles sont vos sources pour étayer une telle affirmation ?


Concrètement, l’argent serait arrivé du Qatar par valises diplomatiques mais sur les détails de cette affaire de corruption, il est évident que je ne peux pas divulguer mes sources, même si je peux vous dire qu’il s'agissait de services de renseignement arabes. J'étais à l'époque député au Parlement égyptien et membre du Comité de la sécurité nationale. Le parquet belge va maintenant dans mon sens… J'ai eu et j'ai toujours des contacts avec de nombreux partis et personnalités politiques dans le monde arabe. Je suis également journaliste et rédacteur en chef de sites et de journaux en Égypte et en Europe. Par conséquent, dans la vidéo de mon intervention à Strasbourg le 12 juin 2018 – disponible sur internet - j'ai défié le Parlement européen ou le Qatar de porter plainte contre moi pour fausses accusations de corruption, or, ils sont tous restés silencieux, peut-être de peur que j'annonce d’autres révélations...


Le Qatar mise-t-il plus sur les politiciens de gauche que de droite ?


Le Qatar et les Frères musulmans en Europe concentrent leurs efforts sur les partis de gauche, la gauche socialiste et les Verts en général, car ces partis considèrent les islamistes soutenus par le Qatar comme des combattants de la liberté et négligent la réalité de leur corpus d’idées qui menace les valeurs, le passé et le présent des sociétés européennes. Les syndicats sont aussi une cible privilégiée du Qatar et des réseaux de l'organisation internationale des Frères musulmans.


Et si vous regardez toutes les occurrences dans lesquelles le Parlement européen a voté contre une décision visant le Qatar ou pour une décision en sa faveur, vous trouverez la majorité des votants parmi les partis de gauche. C'est pourquoi les réseaux islamistes financés par le Qatar soutiennent, en général, les candidats de la gauche et quelques candidats centristes lors des élections, soit dans leur pays ou au Parlement européen.


Le scandale du Qatargate européen peut-il selon vous avoir des développements plus graves encore pour l’avenir du PE ?


Je crois que nous n’en sommes pour l’instant qu’à la partie visible de l’iceberg et j’ai même échangé avec des connaisseurs de ces dossiers qui m’ont dit cela pourrait aller selon jusqu’à la dissolution du PE voire impliquer la destitution de nombreuses personnalités européennes et françaises. Souvenez-vous de ce que je vous dis là : nous ne qu’au début des révélations sur le Qatargate… J’ai cru comprendre d’ailleurs qu’une commission spéciale d’enquête sur les opérations d’influence du Qatar Europe devrait probablement être créée au parlement européen. Mais vous savez, à mon sens, ce sont tous les parlements nationaux d’Europe qui vont devoir revoir leurs relations avec les pays du Golfe. Certains pays vont être particulièrement sur la sellette, comme l’Italie, pays où la gauche a été tellement aidée par le Qatar que cela avait contribué à son arrivée au pouvoir.


Pour revenir au Qatargate dans son volet bruxellois, les enquêteurs locaux belges ont dans leur viseur 16 autres parlementaires européens et on vient d’apprendre que des sociétés de communication et d’autres de détectives privés ont été utilisées pour faire transiter l’argent qatari au PE.


Nous savons aussi que le ministre du travail qatarien Ali Ben Samikh al-Marri (cousin du juge cité plus haut) a reçu il y a peu la députée grecque Eva Kaili, arrêtée et qu’elle avait prononcé son discours qui vantait la démocratie qatarie et la situation des travailleurs au Qatar, juste après ce voyage…

Vous êtes proche des LR en France, étiez-vous informé que plusieurs membres des gouvernements du quinquennat Sarkozy ont été très proches du Qatar tel que l’a notamment démontré le journaliste Georges Malbrunot, que vous connaissez bien, dans son ouvrage Nos chers émirs (Michel Lafont) sans qu’il ne soit la cible de procès de la part des hommes politiques incriminés…?



Je ne suis pas français donc membre d’aucun parti en particulier mais vous avez raison le parti dont je suis le plus proche idéologiquement et même « de cœur », est le parti gaulliste, donc les LR : j’ai d’ailleurs organisé dans mon centre le CEMO, à Paris, de nombreuses réunions-débats et ateliers géopolitiques - avec aussi d’illustres journalistes comme Rolland Jacquard, Georges Marlbrunot ou Yves Threard - avec des formidables sénatrices LR comme Nathalie Jolly, Valérie Boyer et Jacqueline Eustache Brinio qui luttent courageusement depuis des années contre le danger de l’islamisme radical et les Frères musulmans puis leur parrains turc et qataris qui subvertissent les valeurs de la France.


J’en profite d’ailleurs pour répondre aux détracteurs qui me reprochent sur internet d’avoir un jour rencontré Marine Le Pen : même si ma préférence va aux LR, je suis libre de rencontrer tout le monde, et j’ai d’ailleurs été ravi de rencontrer de grandes personnalités historiques du PS comme Jack Lang, Rolland Dumas ou encore l’ex vice-présidente socialiste du conseil régional d’île de France, Michelle Sabban.


Cela dit, même si je suis proche des LR, ce n’est pas révéler ou trahir un secret de dire que, sous la présidence Sarkozy, il y a eu une étrange proximité avec le Qatar et les Frères musulmans comme du reste Dominique de Villepin s’était montré un ami fidèle de l’Emirat lors de la présidence Chirac, mais ensuite, cela a totalement changé et je maintiens que le Qatar corrompt aujourd’hui plus la gauche que la droite, qui, elle, semble avoir bien compris le danger, comme le montrent clairement Laurent Wauquiez, le nouveau patron des LR Éric Ciotti, les sénatrices Valérie Boyer ou Jacqueline Eustache-Brinio ou encore Bruno Retailleau.

Vous souvenez-vous que le journaliste Nicolas Beau dans son livre Le vilain petit Qatar suggérait que le Qatar avait poussé les Occidentaux à l’élimination du régime de Mouammar Kadhafi en plus d’avoir financé les révolutions arabes afin de promouvoir les frères musulmans ?


Ce qu’il faut retenir je crois c’est que le Qatar, par son lobbying comme par sa corruption des élites est largement parvenu à blanchir sa réputation comme à obtenir des avantages incroyables comme des exemptions de taxes immobilières, la coupe du monde de football, le droit de gérer-financer les mouvements d’islamisation de l’Europe sans qu’on lui pose de questions gênantes, etc.


Il est essentiel que les Européens en soient conscients et c’est la raison pour laquelle je m’attache à les alerter. Au centre de géopolitique que je dirige, nous préparons ainsi prochainement le lancement du Dialogue, pour promouvoir l’échange politique et culturel entre l’Orient et l’Occident. Nous invitons les intellectuels de tous horizons à écrire et échanger, à l’exclusion de ceux qui défendent le terrorisme et les attitudes de ségrégation racistes, au premier rang desquels la Confrérie des Frères musulmans et ses ramifications à travers le monde.



Le Qatar a-t-il-toujours une politique de soutien international à la Confrérie des Frères musulmans depuis sa réconciliation relative avec les Emirats et l’Arabie saoudite, qui exigeaient que cela cesse ? Continuez-vous de soutenir que le Qatar aurait des relations ambigues avec des groupes jihadistes?


Le Qatar soutient toujours officiellement l'Organisation internationale des Frères-musulmans, en particulier en Europe et en France, mais aussi les Talibans, qu’ils reconnaissent officiellement et qu’ils ont eux-mêmes aidé à négocier avec les Américains avant le retrait US d’Afghanistan, ils soutiennent officiellement le groupe terroriste frériste Hamas à Gaza, certains groupes djihadistes en Syrie, et d’autres extrémistes islamistes en Libye.


Afin de dissimuler ses activités suspectes de financement des islamistes en Europe, la fondation Qatar Charity a dû se dissimuler en 2018 sous le nouveau nom de « Nectar Trust » pour éviter la suspicion des banques internationales quant aux fonds du gouvernement qatari, qu’elle reverse pour ses projets en Europe. A titre d’exemple, pour construire une immense mosquée à Sheffield supervisée par des dirigeants de l’organisation des Frères.


Sous ce nouveau nom, le Qatar a investi plus de 4 millions d’euros entre 2011 et 2014 dans cinq projets d’organisations fréristes de Suisse. Pour sa part, le site français Mediapart a mis en garde contre les activités réelles de Nectar Trust en Europe, en indiquant qu’elle vise les catégories les plus démunies chez elle, dans des domaines comme la culture, l’éducation ou l’économie.

Parmi les réalisations de Nectar Trust (Qatar Charity) :


- Le projet Sheffield : Amanat al-Iman, qui a été en 2015 le troisième projet le plus important financé par le Qatar au Royaume, consiste en un centre polyvalent comprenant une crèche, une école, et un centre culturel et social, outre une bibliothèque et un restaurant, une salle de prières et une salle de sport. Et en 2016, le coût de ce seul projet a atteint 704983 LS.


- Le Centre Lumière en France.

-La Société pour la Réforme Sociale à Strasbourg.

- L'Union des Organisations et Communautés Islamiques en Italie, à Milan

- Le Centre islamique au Luxembourg

- La mosquée « Al-Salam » à Nantes, appartenant à la Société islamique de l'Ouest de la France, représente l'antenne régionale de l'Union des musulmans de France.

- La mosquée « Rahma » à Strasbourg, d’un coût d'environ 3 millions d'euros est située dans le quartier sensible de "Hautepierre", et gérée par l'Association pour la réforme sociale de Hautepierre, affiliée à la Fédération des musulmans de France.


D’ailleurs, Qatar Charity a également lancé 51 projets de construction, de rénovation et de reconstruction de mosquées en Italie. Rien qu'en Sicile, 11 projets de mosquées pour un coût d'environ 26 millions de riyals qatariens ou 6 millions d'euros.


Et toujours encore et encore : plus de projets financés par le Qatar, et gérés par un réseau de pieuvres s'étendant de long en large sur l'Europe, et qui s'apprête à l'avaler si vous ne réagissez pas.


Comment lutter contre le lobbying, l’ingérence, voire selon le Parquet bruxellois, la corruption d’Etats richissimes du Golfe non-respectueux des règles internationales de lutte contre le blanchiment et de lutte contre le financement du terrorisme ?


Malheureusement, les réseaux islamistes n’ont de cesse d'alimenter l'esprit de haine entre musulmans et non-musulmans. Ils sont menés par l'Organisation internationale des Frères et soutenue par le Qatar et la Turquie. Leur tentative de pénétrer les institutions de la société civile pour changer la structure sociale de la société européenne, sont de véritables menaces, auxquelles les gouvernements et les politiciens occidentaux doivent faire face, avant qu'il ne soit trop tard.


Peut-être serait-il utile à cet égard que la France écoute les leçons tirées par l'État musulman égyptien, qui a été la première cible et victime de cette Confrérie. L'Europe se trompe en laissant les musulmans européens et les immigrés musulmans devenir une proie facile pour les dirigeants de ce groupe, qui combat les valeurs du continent européen dans lequel ils ont cherché refuge et qui les a bien reçus. Car, malheureusement, certains politiciens européens les aident consciemment ou non, dans leurs tentatives de pénétrer les sociétés européennes et atteindre ainsi leurs objectifs. En définitive, les Frères musulmans visent à islamiser le continent. Les politiciens occidentaux devraient impérativement y faire face. Si cela ne s'arrête pas rapidement, l'Europe paiera un lourd tribut.


Vous avez vous-même été accusé par certains médias français d’être adepte d’une vision complotiste anti-israélienne, que répondez-vous?


Contrairement à ce que tentent de propager certaines sources douteuses et peu soucieuses de l’exactitude des faits et de la déontologie journalistique, je tiens à condamner toute idée ou attitude antisémite contre les Juifs en tant que peuple ou le judaïsme en tant que religion. Je soutiens d’ailleurs en tant qu’homme politique et ancien député au parlement égyptien, tous les accords de paix entre l’Égypte et Israël en vigueur depuis plus de 40 ans. Je porte ici à Paris, comme dans mon pays, un message opposé à l’extrémisme djihadiste des Frères musulmans, de leur idéologie fasciste-antisémite et de leurs fatwas sataniques à l’égard des non-musulmans, de la femme et de la démocratie. C’est pourquoi j’ai subi ces attaques orchestrées par les sympathisants salafo-fréristes.


A ce propos, je m’étonne que certains journaux et certains sites, pourtant réputés sérieux, s’abaissent à donner du crédit à des fake news propagées sur les réseaux sociaux et des journaux : M. Romain Caillet, salafiste converti et fiché S par les autorités françaises et connu pour son appartenance aux milieux fréristes et islamo-djihadistes, mais qui a sévi dans tous les médias comme « spécialiste de l’islamisme et du jihadisme »… (ndlr : Pour nos lecteurs, précisons que BFM s’est séparée de lui, malgré ses compétences sur le jihadisme lorsque l’on a su son passé desympathisant jihadiste et fiché S, reconnu par l’intéressé repenti du jihadisme mais musulman salafiste pratiquant assumé).


Ses attaques contre moi sont la source des sites qui m’ont, par ignorance et non vérification, incriminé. Ils m’ont accusé à demi-mot d’être un affreux antisémite obsédé par la théorie du complot, sur la base exclusivement de fragments de tweets extraits de leurs contextes et abusivement interprétés par Caillet dans le JDD. Je ne les félicite pas. Car ils n’ont pris la peine ni de vérifier les fragments du discours que ce personnage m’a attribué, ni le sens des fragments abusivement interprétés. Il est facile de choisir trois mots d’une critique, qu’un jour, dans un autre contexte, j’ai adressé à l’égard de la chaîne qatari Al Jazeera, pour m’accuser de racisme.


Certes, j’assume que j’ai dit dans un contexte précis qu’Al Jazeera servait selon moi les intérêts israéliens, car à l’époque Al jazeera et le Qatar ont essayé de mener une stratégie manipulatrice de double jeu pour tenter (sans succès à cause du soutien d’Al jazeera au Hamas) de séduire les milieux israéliens, comme ils ont essayé et mieux réussi par contre avec les milieux de gauche et « antiracistes » plus naïfs en Europe, ainsi qu’on l’a vu il y a des mois avec les campagnes pro-hijab des Frères Musulmans et du milli Görüs turc financées par le Conseil de l’Europe et l’Union Européenne dans le cadre de la lutte contre les « discriminations » islamophobes! Leur entrisme est sans limite.


Mais enfin, vous voyez bien qu’on peut s’exprimer sur la géopolitique du Moyen-Orient sans glisser dans le marécage nauséabond de l’antisémitisme. Aujourd’hui du reste, les données internationales et les équilibres dans la région, ont radicalement changés. Du Maroc aux Émirats du Golfe en passant par l’Égypte, nous voyons les relations politiques et diplomatiques avec l’État d’Israël sous un nouveau jour.

Quant à l’accusation de "complotisme", je préfère celle du complot qatari que j’assume pleinement de dévoiler et dénoncer puisque comme vous voyez, les dernières révélations sur la corruption au Parlement européen me confortent et me donnent raison.

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