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Opération « Fureur épique » contre l’Iran : quels sont les buts de guerre de Trump et Netanyahou ?

  • il y a 1 heure
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ENTRETIEN. Pierre Rehov est reporter de guerre israélien, réalisateur de documentaires, chroniqueur dans la presse française, israélienne et américaine et romancier. Bien avant la guerre Israël-Iran de juin 2025 et l’actuelle opération américano-israélienne contre le régime des Mollahs, Rehov, qui a souvent accompagné les armées américaine et israélienne en opération et échange avec les milieux du renseignement israélien, étudie le jihadisme palestinien et l’« axe de la Résistance » pro-iranien. Depuis Israël, il suit minute par minute l’opération « Fureur épique », et il nous livre ici « à chaud », à partir des abris souterrains israéliens, mais avec un recul de stratège, ses impressions et scénarios sur les raisons, modalités et issues possibles de la guerre ainsi que sur la stratégie de Donald Trump.


Valeurs actuelles. Vous avez publié il y a quelques mois, avec Stéphane Simon, un livre prémonitoire, 7 octobre – La Riposte: Israël-Iran. La guerre secrète (éditions Fayard), dans lequel vous annonciez les plans coordonnés de Benjamin Netanyahou et de Donald Trump en vue d’en finir avec le régime iranien. Vous attendiez-vous au discours trumpien historique du 28 février si favorable à un changement de régime et à une opération initiée par Israël, même s’il précise que le changement de régime définitif sera l’affaire des Iraniens eux-mêmes ?Pierre Rehov. Oui, je m’attendais à un discours fort, mais pas nécessairement à ce que la notion de « regime change » soit assumée aussi clairement et aussi rapidement après le déclenchement des opérations. Ce qui était prévisible, en revanche, c’était la cohérence idéologique : Donald Trump n’a jamais considéré la République islamique comme un acteur “normal” avec lequel on pourrait négocier indéfiniment. Il a toujours décrit le régime des mollahs comme un pouvoir révolutionnaire, structuré autour de l’exportation du terrorisme et de la haine anti-occidentale.


Depuis la révolution islamique de 1979, l’Iran n’a cessé de cibler les intérêts américains, directement ou indirectement, et Trump a replacé cette continuité historique au cœur de son discours. Samedi matin, ce qui a frappé, c’est l’alignement assumé entre Washington et Jérusalem : Israël ne mène plus seulement une guerre défensive régionale, il agit comme l’avant-garde d’une stratégie occidentale plus large. Le discours n’est pas seulement militaire, il est moral et stratégique : il vise à délégitimer le régime aux yeux de son propre peuple, tout en présentant l’opération comme une nécessité historique. La mort du Guide suprême l’Ayatollah Khamenei, confirmée le 28 février après midi par la presse israélienne, ainsi que celle de plusieurs Pasdarans et responsables iraniens de premier plan, a été une heureuse surprise pour beaucoup mais nous savions que la République islamique serait touchée au cœur.


Pensez-vous qu’Israël a en partie entraîné Donald Trump comme l’en accusent des membres du MAGA, ou au contraire qu’il n’a pas écouté sa base anti-interventionniste et carrément prévu cette stratégie contre la République islamique iranienne en se répartissant clairement les rôles avec Israël dans une coordination parfaite?

Je ne crois pas à l’idée d’un Trump “entraîné” par Israël. C’est une lecture simpliste. Trump agit d’abord en fonction de ce qu’il estime être les intérêts stratégiques américains. La base MAGA n’est pas isolationniste par principe ; elle est hostile aux guerres sans objectif clair. Si l’objectif est la neutralisation d’un régime qui menace directement les forces américaines, les alliés des États-Unis et l’équilibre régional, alors la logique change. Il est plus probable que nous assistions à une stratégie concertée : Israël assume le rôle opérationnel initial, fort de son expérience et de sa proximité avec la menace ; les États-Unis assurent la profondeur stratégique, la capacité de projection et la couverture diplomatique globale. Cette répartition des rôles n’est pas improvisée. Elle suppose des mois de coordination militaire et politique. Trump n’a pas “désobéi” à sa base ; il lui propose une doctrine cohérente : frapper fort, frapper vite, avec un objectif lisible.


Quelles sont selon vous les chances de succès d’une guerre de régime change sachant que le chef d’état-major américain Dan Caine avait averti des risques d’une grande opération, notamment en termes de pertes américaines et de manque de munitions en cas de campagne prolongée ?


Une guerre de regime change ne se gagne pas uniquement par la puissance de feu. Elle se gagne par la combinaison d’une frappe décisive et d’une dynamique interne. Les avertissements sur les pertes potentielles et sur l’usure logistique sont sérieux : une campagne prolongée exposerait les forces américaines à des représailles asymétriques, à des frappes de missiles, à des attaques de milices, et poserait la question des stocks de munitions dans un contexte mondial déjà tendu. Le succès dépendra donc de la capacité à produire un effet de paralysie rapide : neutraliser les centres de commandement, désorganiser les structures sécuritaires, fracturer l’élite dirigeante iranienne. Si l’opération devient une guerre longue, le risque d’enlisement augmente mécaniquement. En revanche, si elle reste courte, ciblée et stratégiquement décapitante, les chances de succès sont réelles, surtout dans un pays où le mécontentement populaire est profond et documenté depuis des années.


Quelle a été la part d’hésitation réelle et de désir de négociation feint dans la lenteur de Donald Trump à décider d’intervenir ? Était-ce une phase de bluff et de guerre psychologique?


Trump pratique souvent une diplomatie à double détente. Il ouvre la porte à la négociation tout en renforçant la pression militaire. Cette lenteur apparente peut relever d’une stratégie calculée : laisser au régime iranien la possibilité de faire un pas en arrière, tout en préparant l’option militaire de façon méthodique. La phase qui a précédé l’intervention ressemble à une montée en puissance psychologique : signaux contradictoires, déploiements discrets, communication publique ambiguë. Cette méthode permet de tester les réactions adverses, de sonder les divisions internes et de préparer l’opinion internationale. Il y a probablement eu une part réelle de tentative diplomatique — pour épuiser la légitimité de toute critique future — et une part assumée de guerre psychologique. Ce type de préparation maximise l’effet de surprise stratégique tout en réduisant l’isolement diplomatique.


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