"Emmanuel Macron démantèle les “enseignements de langue d'origine”, cheval de Troie du séparatisme islamiste à l'école"

February 28, 2020

Par Victor-Isaac Anne, Valeurs actuelles, 26 février 2020 

 

Ces cours différés qui concernent quelque 80 000 enfants sont accusés pour certains d'alimenter une narration islamo-communautaire.

 

 

 

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Lors de son discours du 18 février à Mulhouse, Emmanuel Macron a annoncé la disparition des Elco (Enseignements de la langue et de la culture d’origine) au nombre des nouvelles mesures pour lutter contre le “séparatisme islamiste”. Ce dispositif mal connu a été mis en place au milieu des années 1970. Il prend appui sur une directive européenne visant à la scolarisation des enfants de travailleurs migrants. Ce texte, toujours en vigueur, exhorte les Etats membres à prendre « les mesures appropriées en vue de promouvoir, en coordination avec l’enseignement moral, un enseignement de la langue maternelle et de la culture du pays d’origine en faveur des enfants. » À l’époque, ce programme était prioritairement pensé pour favoriser la réinsertion des enfants de travailleurs migrants dans leur système scolaire d’origine, en vue d’un éventuel retour au pays. En vertu de conventions bilatérales, neuf pays avaient alors passé un partenariat avec la France : l’Algérie, la Croatie, l’Espagne, l’Italie, le Maroc, le Portugal, la Serbie, la Tunisie et la Turquie.

 

Enseignants recrutés et rémunérés par le pays d'origine

 

Mais puisque de nombreuses familles de travailleurs étrangers sont restées en France, l’orientation initiale a été dévoyée et le dispositif vidé progressivement de sa substance. D’une à trois heures par semaine, ces Elco qui débutent au primaire et se poursuivent jusqu’au lycée, ont fini par s’adresser à des enfants qui n’étaient pas des locuteurs natifs de la langue concernée et s’inscrire dans une offre d’enseignement linguistique classique.

 

Problème, le dispositif est tel que c'est le pays d’origine qui recrute et rétribue les enseignants. Actuellement, ces Elco concernent quelque 80 000 enfants, la majorité d’entre eux (environ 57 000), apprenant l’arabe par ce biais. Or depuis un certain temps, l’ombre du prosélytisme religieux plane sur ce dispositif. « Certains maîtres ont détourné ces Elco à des fins coraniques. Sous couvert de l’enseignement de l’arabe, ils en ont proté pour véhiculer une vision identitaire, communautaire et séparatiste de l’islam », analyse le géopolitologue Alexandre Del Valle.

 

Le président de la République ne dit pas autre chose lorsqu’il arme à Mulhouse : « Je ne suis pas à l’aise à l’idée d’avoir dans l’école de la République des femmes et des hommes qui peuvent enseigner sans que l’Éducation nationale ne puisse exercer le moindre contrôle. Et nous n’avons pas non plus le contrôle sur les programmes qu’ils enseignent [...] On ne peut pas enseigner des choses qui ne sont manifestement pas compatibles ou avec les lois de la République ou avec l’Histoire telle que nous la voyons. »

 

Un risque de catéchisme islamique

 

Mais les inquiétudes autour de ce dispositif ne datent pas d’hier. En 1991 déjà, le Haut conseil à l’intégration (HCI) sollicitait sa suppression au nom du « refus du communautarisme ». Une demande incessamment renouvelée par cette instance jusqu’à sa disparition en 2012. Dans sa dernière étude, le HCI allait même jusqu’à dénoncer un « risque de catéchisme islamique dans les Elco ».

 

En 2016, le collectif Racine, devenu aujourd’hui Racine - Les enseignants patriotes -, inscrivait la suppression des Elco au nombre des “100 propositions pour l’école et l’université de demain” versées au programme de Marine Le Pen. Professeur de philosophie et président de cette association, Alain Avello explique son hostilité à ces enseignements : « Nous nous sommes toujours opposés à ces Elco pour deux raisons. D’une part, nous considérons qu’aucun enseignement ne doit renvoyer un élève à ses particularismes, d’où notre opposition à l’enseignement des langues régionales. D’autre part, certains de ces cours ne sont vraisemblablement pas conformes aux principes républicains. »

 

Après plusieurs années d’atermoiements, Najat Vallaud-Belkacem, alors locataire de la rue de Grenelle, avait entrepris en 2016 de rapatrier ce programme dans le giron de l’Éducation nationale et de transformer ces Elco en Eile, Enseignements internationaux de langues étrangères. Une déclaration d'intention qui n'avait pas été suivie d'eet.

Aujourd’hui, c’est cette évolution que souhaite entériner le président de la République. À Mulhouse, Emmanuel Macron a affirmé que des négociations étaient engagées avec les pays concernés pour mettre un terme à ce dispositif. Ainsi que cela avait été annoncé par Najat Vallaud- Belkacem, ces anciens cours devraient être remplacés par des Eile.

 

Enrégimenter l'apprentissage de la langue arabe

 

Pour Alain Avello, cette annonce est une fausse bonne nouvelle : « Autant nous nous félicitons de la suppression des Elco, autant leur remplacement par ces Eile ne nous satisfait pas. Le gouvernement s’est simplement engagé à davantage contrôler ces enseignements étrangers, ce qui constitue une demi-mesure », regrette le professeur de philosophie. Une analyse partagée par le maire de Béziers Robert Ménard qui déplore un sacrice de l’apprentissage du français sur l’autel du communautarisme : « Mais de qui se moque-t-on, tempête l’édile. A Béziers, ce ne sont pas moins de 400 enfants qui suivent ces enseignements soit en Turc, soit en arabe. Emmanuel Macron nous annonce simplement une substitution de dispositifs. J’aimerais autant que l’on consacre cette énergie et cet argent à combler le déficit culturel dont souffrent souvent ces enfants ! »

 

L’essayiste Alexandre Del Valle se veut moins catégorique. Selon lui, le discours de Mulhouse marque une réelle prise de conscience d’Emmanuel Macron. « Je vais peut-être vous surprendre mais je crois à la nécessité de réinvestir l’apprentissage de l’arabe dans l’enseignement public. Ne nous ne méprenons pas, l’arabe dispensé au lycée ne conduit pas à l’islamisation. Au contraire, il charrie une vision poétique, éclairée et laïque de la langue », estime l’auteur du Projet : La stratégie de conquête et d’inltration des frères musulmans en France et dans le monde. Pour Alexandre Del Valle, la France ne peut pas prendre le risque d’une désertication de l’apprentissage de la langue arabe au public : « Soyons pragmatiques, renoncer à des cours encadrés par l’Éducation nationale revient à abandonner cette instruction aux mains des islamistes. »

 

De son côté, Alain Avello voit dans cette démonstration un faux bon argument : « Cette proposition serait valable si l’enseignement de l’arabe concernait des jeunes citoyens français en devenir, sans égards à leurs particularismes. Or, force est de constater que l’écrasante majorité des élèves concernés suivent ces cours par identication. »

 

Pour Alexandre Del Valle, cette donnée ne change rien à l’équation. « Nous n’avons d’autre choix que de composer avec cette réalité. De ce point de vue, nous pouvons donner crédit aux propos d’Emmanuel Macron sur le séparatisme. Je n’exclus pas une part de dimension manipulatoire dans son discours, mais tout de même, ces mesures me paraissent aller dans le bon sens. Il y a quelques années, l’Autriche a adopté peu ou prou le même programme et est parvenu à faire le ménage. Il ne faut pas désespérer », assure le géopolitologue. Certes, mais pour cela, il faut que les effets de manches présidentiels débouchent sur autre chose que des vœux pieux. 

 

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