Dans la tête des Frères musulmans

Dans "Le Projet", Alexandre Del Valle et Emmanuel Razavi enquêtent sur l'influence des Frères musulmans en France et dans le monde.

En septembre, l’imam de la mosquée de Gonesse, Hassan El Houari, se déclarait favorable à la création d’un « État islamique » régi par la charia. Bien que rattaché au Conseil théologique musulman de France, ce prédicateur est directement lié à l’association « Musulmans de France (ex-UOIF), qui diffuse largement les idées des Frères musulmans. Des liens que nie l’intéressé… Car dans la galaxie « frériste » prudence et dissimulation sont une condition nécessaire pour la réussite du « projet ».

C’est justement le titre de l’enquête d’Alexandre del Valle et Emmanuel Razavi avec « Le Projet », le géopolitologue et le reporter éclairent la stratégie d’infiltration des Frères musulmans en France et dans le mondée. Cet ouvrage expose les rouages de l’organisation islamiste sunnite, en détaillant d’abord la construction historique et idéologique de cette confrérie, fondée par le grand-père maternel de Tariq Ramadan. Construite sur des revendications anticolonialistes, panislamiste, est anti sionistes, autant d’idéologies qui animent le monde arabe-musulman dans les années 1920 - 1930, elle a pour ambition de reconstruire le Califat défait par Atatürk. Explorantt les origines de l’organisation, les auteurs analysent le « manifeste » des Frères musulmans, rédigé par Hassan-al-Banna en 1936. Difficile de ne pas faire le parallèle avec les caractéristiques des régimes totalitaires établies par Hannah Arendt : leur fonctionnement, leur développement et leurs ambitions sont proches. L’organisation pyramidale complexe des Frères musulmans est mise au jour, et plus encore la stratégie de diffusion des idées à travers de multiples ramifications associatives et caritatives mais aussi institutionnelles et financières. Un de leurs principaux organes d’action en France est le CCIF, dont le but est, à travers des plaintes répétitives pour « islamophobie », de faire interdire le blasphème.

Au terme de quinze années d’investigations, d’interviews et de rencontres, les deux auteurs dévoilent la stratégie « frériste » vis-à-vis de l’Occident et particulièrement de la France. L’ouvrage est enrichi par des entretiens édifiants, notamment avec Gannal-al-Banna (frère d’Hassan-al-Banna) ou encore avec Tariq Ramadan. L’enquête cible aussi les « complices » des Frères musulmans, ceux qui leur permettent de prospérer en France. Le dernier chapitre est entièrement consacré aux « complaisants », pour ne pas dire les collaborateurs. Au premier rang desquels sont cités des universitaires comme le sociologue Vincent Geisser ou le fondateur de Mediapart Edwy Plenel. La lutte anti-raciste contre l’islamophobie est les cheval de Troie de cette complaisance vis-à-vis des Frères musulmans. Il y a aussi ceux qui défendit le Burkini comme un acte féministe et qui sanctionnent le blasphème au nom de la liberté d’expression. Ce sont eux les « coupeurs de langue ». Sous couvert d’antiracisme, d’universalisme et de « droit à la différence », ils noyautent patiemment la société laïque. Les Frères musulmans savent parfaitement jouer de la culpabilisation des Occidentaux : la méthode est d’autant plus efficace qu’elle s’appuie sur notre propre lâcheté.

Marguerite Richelme, dans Le Figaro MAGAZINE

Le Projet, La stratégie de conquête et d’infiltration des Frères musulmans en France et dans le mondée, d’Alexandre del Vallée et Emmanuel Razavi, L’Artilleur, 560 p? 23 euros;

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