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LE GRAND ENTRETIEN avec Reza Pirzadeh : Retrait américain d’Irak : l’Iran est-il le véritable vainqueur ?

il y a 2 minutes
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Quelques jours après l’inédite décision de Washington de retirer les bases militaires américaines en Irak d’ici fin septembre, véritable victoire pour Téhéran, avec comme perspective un retrait à moyen terme de toutes les bases américaines dans le Golfe, Alexandre del Valle fait le point avec l’un des meilleurs connaisseurs de la région, Reza Pirzadeh, expert en relations internationales, ex-directeur de la chaîne de télévision TV satellite Andisheh (basée à Paris et Los Angeles), collaborateur régulier du prestigieux Institut Montaigne et ex-conseiller du Prince Reza Pahlavi. Franco-iranien, Pirzadeh connaît également en profondeur les rouages de l’administration américaine, avec qui il a travaillé durant des années. Fort de ses trois spécialités géoculturelles, Europe, Etats-Unis, Golfe persique, et adepte, comme Le Diplomate, d’une vision réaliste étayée par les faits et non par l’émotion ou l’idéologie, il nous livre un diagnostic précieux, rarement entendu dans les médias mainstream.



Il nous aide notamment à comprendre l’erreur récurrente des Etats-Unis et de l’Occident qui ont du mal à admettre qu’un pays bien moins puissant puisse non seulement ne pas être vaincu, mais puisse même atteindre ses objectifs de guerre tout en étant bien plus faible économiquement, technologiquement et militairement. Une leçon que Donald Trump est en train de goûter amèrement, mais dont il a pris acte, en bon pragmatique, puisqu’il n’exclut pas de retirer l’ensemble des bases américaines dans le Golfe, ne renonçant pas à conclure un « deal », certes rendu plus difficile par la guerre (« effet drapeau »), mais seule solution pour sortir d’un bourbier.


Propos recueillis par Alexandre Del Valle


Alexandre del Valle : Il ne vous a pas échappé que le sujet iranien a été au centre de différentes discussions entre Américains et Russes puis en entre Américains et Chinois depuis la fin de l’été 2026. Pouvez-vous nous en dire plus sur la visite à Moscou du directeur de la CIA, John Ratcliffe, le 25 août 2026, qui a marqué le premier déplacement d’un chef de l’agence américaine en Russie depuis novembre 2021, et qui aurait abordé autant la guerre en Ukraine que celle contre l’Iran, deux conflits que Donald Trump a promis de régler rapidement avec les résultats que l’on sait…

Reza Pirzadeh : Cette visite doit être analysée à partir d’un constat essentiel : la guerre contre l’Iran a profondément modifié le rapport de force international et a révélé une forme de vulnérabilité stratégique américaine. Sur le plan militaire, les États-Unis ont infligé des dommages considérables à l’Iran, mais ils ont eux-mêmes subi des pertes importantes, notamment lors des frappes contre leurs bases et installations militaires dans la région. La République islamique considère donc avoir résisté aux attaques de deux puissances nucléaires, dont la première puissance militaire mondiale, et avoir empêché Washington et Tel-Aviv d’atteindre leurs objectifs : provoquer un changement de régime, détruire les programmes nucléaire et balistique iraniens et mettre fin au soutien de Téhéran à ses alliés régionaux, qui constituent ce que l’Iran appelle « l’axe de la résistance ». Cette lecture du conflit ne se limite d’ailleurs pas à Téhéran : elle trouve également un certain écho dans une grande partie du Sud global.


Le mémorandum d’entente signé à Versailles le 17 juin entre l’Iran et les États-Unis est, de ce point de vue, particulièrement révélateur. Il devait mettre fin aux opérations militaires, prévoyait la levée du blocus naval américain, le retrait des forces américaines de la proximité de l’Iran et le maintien du statu quo sur le programme nucléaire pendant la période de négociation. Il ouvrait également la possibilité pour l’Iran de reprendre ses exportations pétrolières et envisageait un vaste programme de reconstruction. Que cet accord ait ensuite été violé ne change rien à un élément essentiel : quelques mois après le début de la guerre, Washington avait déjà accepté des concessions très éloignées des objectifs initialement affichés.


L’administration Trump n’a pas réussi à présenter cette guerre à l’opinion américaine comme une victoire militaire. C’est politiquement important, car une partie significative de l’opinion publique ne percevait déjà pas clairement, au début du conflit, la nécessité d’une intervention contre l’Iran et souhaite encore moins voir cette guerre se prolonger. C’est à la lumière de cette situation qu’il faut interpréter ce voyage à Moscou.


 
 
 

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