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«L’Europe est condamnée à être le dindon de la farce du nouvel ordre diplomatique mondial» Del Valle/Le Figaro Vox

  • Photo du rédacteur: AdV
    AdV
  • 4 déc. 2025
  • 3 min de lecture

ENTRETIEN - Dans son livre le Nouvel ordre post-occidental, Alexandre del Valle décrit l’émergence d’une nouvelle hiérarchie dans laquelle l’Europe est en train de perdre son influence économique et diplomatique au moment où le conflit russo-ukrainien prend un nouveau tournant.



Le FIGARO. - Comment se caractérise aujourd’hui la remise en cause de l’ordre international libéral (« OIL »), que vous décrivez dans votre nouveau livre, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Occident ?


Alexandre DEL VALLE. – Cette remise en cause de l’ordre international libéral se manifeste, à l’intérieur, par une contestation de la part des forces attachées à une Europe enracinée. Or, l’Occident est devenu un système globaliste qui a oblitéré sa propre identité, au profit de critères fondés sur le libéralisme et des institutions aux normes extraterritoriales. Parallèlement, les masses conservatrices radicales venues du Sud islamique, fruits de l’immigration, rejettent violemment le libéralisme sociétal de l’OIL qui les dissuade encore plus de s’assimiler. Ces deux forces contestent de l’intérieur « l’hégémonie libérale occidentale », pour paraphraser l’école réaliste américaine des relations internationales. À l’extérieur, la déconstruction de l’OIL braque les pays du Sud qui voient l’Occident comme un poison acculturant et anomique. L’Occident a donc réussi le tour de passe-passe de susciter à la fois en son sein et à l’extérieur un rejet du « paradigme post-occidental ». Il a voulu dominer le monde en reniant ses propres racines civilisationnelles, mais cela a entraîné à la fois l’échec de l’intégration en son sein et le rejet de son hégémonie dans les États émergents multipolaristes.


Le nouvel ordre post-occidental est aussi marqué par le retour de Donald Trump. Son slogan America First est-il compatible avec celui-ci ?


Donald Trump sait s’adapter. Lors d’une de ses tournées dans le Golfe, il a tenu des déclarations incroyablement multipolaristes à propos des Émirats arabes unis. « Votre réussite et votre système politique sont votre mérite propre, pas le nôtre, ils ne viennent pas de notre modèle, et ceux qui ont voulu exporter chez vous leur vision n’ont apporté que le chaos », un discours ethnodifférentialiste qui rompt totalement avec le globalisme des démocrates et l’interventionnisme messianique des néoconservateurs. Certes, il a, dans un premier temps, menacé la Russie de sanctions sur le pétrole et a fait bombarder l’Iran et le Venezuela. En Ukraine, il va imposer une partition à Zelensky, qui, au vu de ses pertes territoriales, notamment de la ville de Pokrovsk, et du scandale de corruption qui éclabousse son administration, est maintenant dos au mur, malgré le soutien des Européens. ll peut aussi céder sur de nombreux points que l’OIL considérait non négociables. En fin de compte, Trump est moins sévère, malgré la guerre tarifaire, avec les ennemis chinois qu’avec ses alliés-vassaux européens. Ce qui le rend multipolariste, c’est l’absence de moralisme dans les relations internationales, son « transactionnalisme », son recentrage sur les intérêts vitaux des États-Unis et de leur doctrine Monroe élargie (de Panama au Groenland), son refus des alliances contraignantes et sa préférence pour les ententes bilatérales.

Lors de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, Bruno Le Maire avait dit que l’on allait « mettre l’économie russe à genoux ». Les sanctions contre la Russie étaient-elles productives ? A-t-on vraiment assisté à une militarisation de l’économie ?

La renaissance de l’industrie russe est générale. Moscou vient de sortir son nouvel avion de ligne Super Jet 100 Sukhoï qui fonctionne sans aucune pièce détachée étrangère. L’industrie et l’économie russe ont été relancées grâce aux sanctions. Quant au budget de la défense russe, on est loin d’une économie de guerre, car 70 % de la croissance russe provient d’activités civiles. Les traders de pétrole issus de différents pays interrogés pour mon livre m’ont confirmé que les menaces euro-américaines n’ont pas dissuadé les acheteurs indiens et chinois de pétrole russe. Certes, la Chine et l’Inde achètent moins selon les chiffres officiels, mais ne sont pris en compte que les chiffres d’achats de sociétés exposées aux circuits occidentaux. Pour les autres sociétés, les sanctions sont impossibles à appliquer et les statistiques invisibles pour nous.


 
 
 

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