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Donald Trump, le président qui a brisé le messianisme américain

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    AdV
  • il y a 22 heures
  • 2 min de lecture

Entre rupture trumpienne, guerre en Ukraine et essor des BRICS, la géopolitique mondiale glisse vers un ordre post-occidental où l’Europe cherche encore sa place.


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Atlantico : Comment l'élection de Donald Trump en 2024 agit-elle précisément comme un "accélérateur" de la fin de l'ordre unipolaire post-Guerre froide, au-delà des simples changements politiques internes aux États-Unis ?


 Alexandre Del Valle : Dans mon ouvrage « Le nouvel ordre post-occidental: Comment la guerre en Ukraine et le retour de Trump accélèrent la grande bascule géopolitique », j’explique que Donald Trump ne se contente pas de modifier la politique américaine: il clôt un cycle historique ouvert après 1991. Depuis la fin de la Guerre froide, les États-Unis s’étaient érigés en centre d’un ordre unipolaire fondé sur la diffusion de la démocratie libérale, la défense des droits de l’homme, l’exportation du libéralisme sociétal et l’ingérence « humanitaire ». Via l’USAID, la NED, les ONG ou les révolutions de couleur, Washington pensait son modèle comme universel et exportable partout, et son « libéralisme » devenait de plus en plus ingérant et déstabilisant pour les régimes non-libéraux, y compris de certains de ses alliés (Philippines, Arabie saoudite, Égypte, etc) irrités ou se sentant menacés par la promotion intrusive de l’Ordre International Libéral (OIL) porté alors par les Etats-Unis.


Trump brise ce paradigme. Il n’adhère ni à l’idée d’une mission civilisatrice de l’Amérique, ni à l’ambition d’imposer des normes politiques ou sociétales à la planète, donc remet en question de façon frontale l’OIL, à l’intérieur comme à l’extérieur. Son approche est dépourvue de messianisme: elle est pragmatique, transactionnelle, parfois brutale. Il raisonne en sphères d’influence, comme les puissances multipolaires. Il veut bien sûr préserver l’hégémonie américaine dans son voisinage immédiat – qu’il s’agisse du Canada, du Panama ou du Groenland – mais si les intérêts et l’empire américain ne sont pas menacés, il accepte que d’autres puissances revendiquent leurs propres zones réservées, dès lors que l’Amérique obtient en échange des concessions satisfaisantes.


Par ailleurs, cette rupture idéologique avec l’OIL s’accompagne d’une pratique diplomatique souvent agressive, donc à l’impérialisme persistant bien que moins moraliste, qui renforce, paradoxalement, la logique multipolaire chez les autres, ceci par effet de réaction. Trump utilise les droits de douane, les sanctions secondaires, le chantage économique ou commercial comme leviers d’influence et de pressions, mais ceci provoque des réactions et des convergences entre neutralistes, non/multi-alignés et récalcitrants, que l’on retrouve dans l’ensemble disparate, hétérogène mais « post-occidental » des BRICS qui sont en train d’édifier un Ordre mondial alternatif pas forcément anti-occidental mais non occidentalo-centré. En agissant de manière aussi frontale, le Président américain pousse les puissances rivales ou neutres à se rapprocher pour se protéger des pressions américaines: Russie, Chine, Inde ou pays du Golfe resserrent leurs liens, dans le cadre de l’OCS, des BRICS+ ou autres dispositifs, précisément parce que le bras de fer imposé par Washington les y contraint et qu’ils veulent se prémunir contre le spectre des sanctions extraterritoriales euro-américaines, d’ailleurs contraires au droit international, d’où leur revendication multilatéraliste et leurs accusations envers les Etats-Unis et l’UE ou l’OTAN qui auraient violé les règles affichées de leurs propres créations multilatéralistes.


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