Les tabous persistants de la collaboration de gauche et de la Résistance catho-patriotique

June 7, 2019

Lors de la commémoration du débarquement organisée à Portsmouth le 5 juin dernier, Emmanuel Macron a été accusé d’avoir censuré les références catholiques de la « dernière lettre » du jeune résistant Henri Fertet dont il a lu des passages en mémoire des héros français tombés contre la barbarie nazie-allemande. 

 

 

Alexandre del Valle rappelle que si la version de l’Elysée (qui a invoqué la nécessité d’aller à l’essentiel en raison des temps très courts impartis à chaque chef d’Etat) est plausible, cette polémique est l’occasion de déconstruire les mythes culpabilisateurs qui permettent aux tenants de la Reductio ad hitlerum de dépeindre systématiquement l’Église catholique et la droite comme étant le camp des « collabos » face à une Résistance globalement communiste et « de gauche ». Rien n’est plus faux. Et rien n’est plus préjudiciable à la santé de la Nation France condamnée à l’autodénigrement, à la christianophobie et à la soumission au totalitarisme marxiste, hélas de ce fait jamais condamné moralement malgré ces millions de morts qui n’ont rien à envier au nazisme.

 

Lorsqu’un Résistant est un communiste athée, il est de bon ton de faire référence à l’idéologie et à l’engagement marxistes-progressiste-révolutionnaire de celui-ci. Et même de faire croire que les Communistes ont toujours été les premiers et principaux résistants alors qu’ils ont collaboré durant deux années avec l’Axe (Pacte germano-soviétique), comme d’ailleurs nombre d’anciens socialistes et ex-communistes français, à commencer par Marcel Déat et Jacques Doriot. A contrario, depuis que le cinéaste Costa Gravas, communiste grec farouchement anticatholique, a forgé dans les années 1990 (film « Amen »), la légende d’un Pie XII «pro-nazis », les voix « progressistes » se sont depuis lors régulièrement déchaînées contre le Vatican, de sorte que c’est toute la droite catholique française qui est assimilée depuis des décennies et en bloc - à travers la devise de Pétain et la Révolution « nationale » - à la Collaboration avec les forces de l’Axe.

 

La vérité est pourtant fort différente. Premièrement, pour ce qui est du procès en nazification intenté contre le Pape Pie XII, on oublie souvent qu’en Israël comme dans la communauté juive italienne, des intellectuels et autorités morales et publiques ont souvent salué son rôle dans le sauvetage de 8 000 juifs italiens à Rome. Pinchas Lapide, ancien consul d’Israël à Milan, a prouvé dans son livre Three Popes and the Jews (1967) que le rôle de Pie XII « a été déterminant pour sauver au minimum 700 000, si ce n’est 860 000 juifs dans le monde, de façon directe et indirecte d’une mort certaine aux mains des nazis ». Mieux, l’ex grand rabbin de Rome, Eugenio Zolli, vanta les mérites de Pie XII et il se convertit au catholicisme pour cela ! Dans son autobiographie, publiée en 1954, Prima dell’alba (« avant l’Aube »), il écrit : « La rayonnante charité du Pape, penché sur toutes les misères engendrées par la guerre, sa bonté pour mes coreligionnaires traqués, furent pour moi l’ouragan qui balaya mes scrupules à me faire catholique ». Concernant l’autre mythe inverse des « résistants majoritairement de Gauche », on oublie trop souvent que la grande majorité des pétainistes/collabos étaient issus de la gauche : François Mitterrand ; Drieu-La Rochelle (ex-gauche et oui !) ; Jean Luchaire, Pierre de Brinon, Alphonse de Chateaubriand (hommes de gauche), les terribles chefs collaborationnistes Marcel Déat (ex-SFIO) et Jacques Doriot (ex-PCF), !; Robert Jospin (le père de Lionel), pacifiste munichois, proche de Marcel Déat ; Camille Chautemps, Maurice Papon, issus de la gauche radicale, ou encore René Bousquet, secrétaire général de la police de Vichy, responsable de la déportation de 54.000 juifs français, ami de toujours de François Mitterrand, issu du centre gauche républicain. Mentionnons aussi Jean Cocteau, Marcel Aymé et Jean Giono, Gaston Bergery (ex-radical de gauche), Simon Sabiani, Maurice-Ivan Sicard, Paul Perrin, André Grisoni, Paul Rives, Maurice Levillain, Barthélémy Montagnon, René Chateau, Claude Jamet : tous de gauche. Précisons en outre que 12 des 17 ministres SFIO de la fin de la III° République furent exclus du parti après-guerre pour avoir collaboré avec les allemands.

 

L’oubli de la dimension catholique-patriotique d’une grande partie de la Résistance

 

Revenons à la polémique de la lettre du résistant Fertet, lue le 5 juin dernier par Emmanuel Macron lors de la commémoration du débarquement à Portsmouth, Le président a été accusé (à tort ou à raison) d’avoir censuré, dans sa lecture de la lettre d’Henri Fertet, les passages vantant très nettement la religion catholique. En fait, Macron a lu ces derniers mots de la lettre de Fertet : « Adieu, la mort m’appelle. Je ne veux ni bandeau, ni être attaché. Je vous embrasse tous. C’est dur quand même de mourir. Mille baisers. Vive la France ». Certes, ces propos lus devant les nombreux chefs d’État rassemblés pour le 75e anniversaire du débarquement sont en soi très forts et émouvants. Hors de leur contexte, ils se suffisent à eux-mêmes.

 

Toutefois, il aurait été doublement salutaire de faire mention de la dimension chrétienne-catholique du martyr de Henri Fertet qui adressa à ses parents une lettre pleine de références à la religion catholique (au prêtre, à l’évêque) et à la "France éternelle" ». Premièrement parce que la foi chrétienne a joué un rôle certain dans la résistance physique inouïe de ce jeune héros patriote fusillé juste avant son 17e anniversaire après 87 jours d’emprisonnement et d’atroces tortures. Deuxièmement, parce que dans notre France de 2019, accablée par des décennies d’auto-flagellation anti-nationale et en particulier près des mois de dénigrement anticatholique (affaires de pédophile qui touchent en réalité tous les milieux professionnels chargés des enfants y compris les écoles et les centres aérés de la République), l’heure serait plutôt à l’auto-valorisation nationale et civilisationnelle. Et le martyr de Fertet est justement une magnifique occasion de rendre hommage à la religion historique et majoritaire de la France qui n’a pas que des tares, des fautes et des défauts, mais aussi ses heures de gloire et ses vertus et influences salvifiques invitant au dépassement et au don de soi, du jeune lycéen Henri Fertet au gendarme Arnaud Beltrame.

 

Certes, l’Élysée a rappelé que, dans son intervention, le président français avait seulement voulu rendre hommage à un résistant héroïque par la « lecture de sa lettre d’adieu ». Macron n’a Pourtant bien lu que les extraits dépouillés des références systématiques de Fertet à sa foi catholique, à son Église et à son clergé. Une Église qu’il serait injuste de ne présenter que sous les traits les plus noirs - passés ou présents - alors qu’elle a motivé tant de résistants (monarchistes, catholiques-gaullistes, ou autres « héros inconnus », qui ont d’ailleurs sauvé des milliers de juifs au péril de leurs vies), et qu’elle était encore dans les années 1930-40 et jusqu’au Concile Vatican II, une Église très aimée du peuple, proche des Français et très favorable au patriotisme.

 

Une dimension national-chrétienne-patriotique que l’Église postconciliaire culpabilisée, tiersmondiste, mondialiste ou islamophile, parfaitement incarnée par le Pape Actuel, a d’ailleurs presque réussi à faire oublier… En réalité, le chef de l’État n’a lu que les premières lignes de la lettre (« Chers parents, ma lettre va vous causer une grande peine, mais je vous ai vus si pleins de courage que, je n’en doute pas, vous voudrez encore le garder, ne serait-ce que par amour pour moi »), ainsi qu’un bout de la fin du texte vantant la patrie (« Je meurs pour ma Patrie. Je veux une France libre et des Français heureux. Non pas une France orgueilleuse, première nation du monde, mais une France travailleuse, laborieuse et honnête. Que les français soient heureux, voilà l’essentiel. Dans la vie, il faut savoir cueillir le bonheur »). Et l’on aurait apprécié qu’Emmanuel Macron cite également les passages dans lequel Fertet exhorte ses « proches parents et amis » de garder « confiance en la France éternelle » et honore son curé et son évèque (« Dites à M. le Curé que je pense aussi particulièrement à lui et aux siens. Je remercie Monseigneur du grand honneur qu’il m’a fait, honneur dont, je crois, je me suis montré digne »), puis celui de la fin où il annonce et accepte son sort funeste par les termes « Au Ciel, près de Dieu ».


 

Un héros/martyr que Macron a tout de même eu raison d’honorer

 

La « dernière lettre » de Fertet adressée à ses parents, témoigne d’un héroïsme patriotique, d’un dépassement de soi dont tant de gamins pouvaient jadis faire preuve en raison de leur double éducation patriotique-républicaine et chrétienne, et qui paraît hélas inimaginable, voire fous aujourd’hui aux yeux de nombreux « jeunes » limités à la seule recherche des désirs et des plaisirs. Le texte de notre héros de 17 mériterait pourtant d’être lu et appris dans les écoles de la République, comme tant d’autres textes de héros et martyrs français, car ce qui manque le plus à notre jeune imbibée de virtuel, de réseaux sociaux, de jeux vidéo ultra-violents et de consumérisme hédoniste, c’est justement la recherche de dépassement, la quête d’héroïsme, la soif de sens, qui est en chacun d’entre nous et qui peut s’épanouir au contact de figures exemplaires.

 

Pour ceux qui veulent en savoir plus sur cet élève de Seconde du Lycée Victor-Hugo à Besançon, rappelons que Henri Fertet, né le 27 octobre 1926, avait été arrêté par les Allemands le 3 juillet 1943, avant d’être condamné à mort par le tribunal militaire de la Feldkommandantur 560 pour faits de résistance, et exécuté (après des horribles tortures) le 26 septembre 1943. Ne supportant plus de vivre sous le joug nazi depuis 1940, Fertet, extraordinairement mûr pour son très jeune âge et inspiré de l'exemple des premiers résistants et d’écrivains patriotes-catholiques comme Charles Péguy, rejoignit durant l'été 1942 le groupe de Marcel Simon, secrétaire de la Jeunesse agricole chrétienne à Larnod. En février 1943, le groupe Simon rejoint l'organisation des Franc-tireurs et Partisans, prenant le nom de Groupe-franc "Guy Mocquet". Fertet se lança alors dans la lutte clandestine. Enregistré sous le matricule Émile - 702), il participa comme chef d'équipe à trois opérations : l'attaque du poste de garde du Fort de Montfaucon le 16 avril 1943 pour s'emparer d'un dépôt d'explosifs qui entraîne la mort d'une sentinelle allemande ; la destruction, le 7 mai, d'un pylône à haute-tension à Châteaufarine (Besançon) ; l'attaque, le 12 juin 1943 entre Besançon-et Quingey, du commissaire des douanes allemand Rothe pour lui prendre son uniforme, son arme et des papiers importants. Le 26 septembre 1943, après 87 jours de détention et de torture, ce "compagnon d'âme" de Guy Mocquet fut assassiné à la citadelle de Besançon.

 

Lettre intégrale de Henri Fertet


 

"Chers Parents,

 

Ma lettre va vous causer une grande peine, mais je vous ai vus si pleins de courage que, je n'en doute pas, vous voudrez encore le garder, ne serait-ce que par amour pour moi.

 

Vous ne pouvez savoir ce que moralement j'ai souffert dans ma cellule, ce que j'ai souffert de ne plus vous voir, de ne plus sentir peser sur moi votre tendre sollicitude que de loin. Pendant ces 87 jours de cellule, votre amour m'a manqué plus que vos colis, et souvent je vous ai demandé de me pardonner le mal que je vous ai fait, tout le mal que je vous ai fait. Vous ne pouvez-vous douter de ce que je vous aime aujourd'hui car, avant, je vous aimais plutôt par routine, mais maintenant je comprends tout ce que vous avez fait pour moi et je crois être arrivé à l'amour filial véritable, au vrai amour filial. Peut-être après la guerre, un camarade vous parlera-t-il de moi, de cet amour que je lui ai communiqué. J'espère qu'il ne faillira pas à cette mission sacrée.

 

Remerciez toutes les personnes qui se sont intéressées à moi, et particulièrement nos plus proches parents et amis. dites-leur ma confiance en la France éternelle. Embrassez très fort mes grands-parents, mes oncles, tantes et cousins, Henriette. Donnez une bonne poignée de main chez M. Duvernet. dites un petit mot à chacun. Dites à M. le Curé que je pense aussi particulièrement à lui et aux siens. Je remercie Monseigneur du grand honneur qu'il m'a fait, honneur dont, je crois, je me suis montré digne. Je salue aussi en tombant, mes camarades de lycée. A ce propos, Hennemann me doit un paquet de cigarettes, Jacquin mon livre sur les hommes préhistoriques. Rendez " Le Comte de Monte-Cristo " à Emourgeon, 3 chemin Français, derrière la gare. Donnez à Maurice André, de la Maltournée, 40 grammes de tabac que je lui dois.

 

Je lègue ma petite bibliothèque à Pierre, mes livres de classe à mon petit papa, mes collections à ma chère petite maman, mais qu'elle se méfie de la hache préhistorique et du fourreau d'épée gaulois.

Je meurs pour ma Patrie. Je veux une France libre et des Français heureux. Non pas une France orgueilleuse, première nation du monde, mais une France travailleuse, laborieuse et honnête.

Que les français soient heureux, voilà l'essentiel. Dans la vie, il faut savoir cueillir le bonheur.

Pour moi, ne vous faites pas de soucis. Je garde mon courage et ma belle humeur jusqu'au bout, et je chanterai " Sambre et Meuse " parce que c'est toi, ma chère petite maman, qui me l'as apprise.

Avec Pierre, soyez sévères et tendres. Vérifiez son travail et forcez-le à travailler. N'admettez pas de négligence. Il doit se montrer digne de moi. Sur trois enfants, il en reste un. Il doit réussir.

Les soldats viennent me chercher. Je hâte le pas. Mon écriture est peut-être tremblée. mais c'est parce que j'ai un petit crayon. Je n'ai pas peur de la mort. j'ai la conscience tellement tranquille.

Papa, je t'en supplie, prie. Songe que, si je meurs, c'est pour mon bien. Quelle mort sera plus honorable pour moi que celle-là ? Je meurs volontairement pour ma Patrie. Nous nous retrouverons tous les quatre, bientôt au Ciel.  Qu'est-ce que cent ans ?

 

Maman, rappelle-toi :

 

" Et ces vengeurs auront de nouveaux défenseurs qui, après leur mort, auront des successeurs."

Adieu, la mort m'appelle. Je ne veux ni bandeau, ni être attaché. Je vous embrasse tous. C'est dur quand même de mourir.

Mille baisers. Vive la France.

Un condamné à mort de 16 ans

H. Fertet

Excusez les fautes d'orthographe, pas le temps de relire.

Expéditeur : Henri Fertet Au Ciel, près de Dieu."

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