Alexandre del Valle : « Si l’Europe reste la seule entité à respecter le droit international, je ne lui prédis pas un bel avenir »
- AdV
- 15 janv.
- 3 min de lecture
ENTRETIEN – Dans cet entretien, le docteur en histoire contemporaine, géopolitologue et auteur de nombreux ouvrages, en dernier lieu Le nouvel ordre post-occidental (L’Artilleur, 2025), Alexandre del Valle analyse les événements récents au Venezuela, les possibles issues du conflit russo-ukrainien, l’avenir du monde occidental et la signature du traité UE-Mercosur.

En cherchant à se déglobaliser sous l’impulsion du trumpisme, les États-Unis ont fait voler en éclats l’Occident explique le géopolitologue. Alexandre del Valle met également en garde contre un risque d’effacement du Vieux Continent s’il continue à s’en tenir strictement au droit international.
Epoch Times – Évoquons la situation au Venezuela et les manifestations en Iran. Sommes-nous en train d’assister à une bascule de l’équilibre mondial vers le monde occidental et les États-Unis ?
Alexandre del Valle – Très honnêtement, je ne crois pas. Il suffit de lire ce qui est écrit dans la Stratégie de sécurité nationale américaine (National Security Strategy en anglais) publiée le 4 décembre 2025 et de réécouter certaines déclarations de Donald Trump et de J.D. Vance sur l’hémisphère occidental pour comprendre ce qui est en train de se passer.
Le président américain tente d’appliquer sa fameuse « doctrine Donroe ». Une doctrine géopolitique applicable du Groenland jusqu’à, potentiellement, l’Argentine.
Avec cette doctrine, il ne s’agit plus de provoquer des changements de régime, mais d’imposer des deals, de forcer un certain nombre d’États à coopérer avec les sociétés américaines.
Donald Trump est avant tout un transactionnaliste. Il voit le monde et les relations internationales à travers le prisme des affaires.
Son objectif premier est d’éviter le déclassement de l’Amérique, que les États-Unis soient dépassés par la Chine, l’autre grande puissance qui contrôle toutes les chaînes d’approvisionnement des métaux précieux. Dans mon nouvel ouvrage, j’explique en détail la géopolitique transactionnelle de Donald Trump.
Par ailleurs, je pense que le président américain est en train de négocier avec Moscou et Pékin en reprenant la logique de la conférence de Yalta.
Un « nouveau Yalta » en cours dans lequel seuls les rapports de force comptent. La puissance qui va se montrer la plus à même de tirer son épingle du jeu sortira vainqueur des négociations. Pour l’heure, ces puissances se jaugent mutuellement, essayent de maximiser la ligne à partir de laquelle le domaine de l’autre commence ou s’arrête. Voilà où nous en sommes à l’heure actuelle.
Pour revenir sur les cas vénézuélien et iranien, il n’y a, pour l’instant, aucun changement de régime de prévu. À Téhéran, le régime des mollahs est toujours en place malgré les importantes pressions exercées par Washington. Au Venezuela, un homme fort d’un régime, à savoir Nicolás Maduro, a été enlevé, très certainement avec la complicité de ses proches.
Le frère de l’ex-vice-présidente et actuelle présidente par intérim Delcy Rodríguez est habitué à dialoguer avec des Occidentaux.
Mais en même temps, le régime reste en place puisque Delcy Rodríguez est considérée comme une représentante du clan des durs. Maduro l’a lui-même surnommé la « tigresse ».
Par conséquent, je crois qu’il faut raison garder et ne pas parler de changements de régimes comme certains le font.
Donald Trump cherche surtout à donner des gages aux néoconservateurs et interventionnistes, qui sont satisfaits des frappes en Iran ou de la capture de Maduro. Il sait qu’ils sont majoritaires dans l’armée, au Sénat et dans le Deep State, et qu’ils peuvent être utiles en vue des prochaines élections de mi-mandat.
Après la chute de Nicolás Maduro, l’administration américaine contrôle plus de la moitié de la production pétrolière au monde. On sait que la Chine est très dépendante des ressources pétrolières vénézuéliennes. Washington n’a-t-il pas, finalement, remporté ce bras de fer énergétique face à Pékin ?
Je n’en suis pas sûr. Donald Trump n’a pas intérêt à faire trop baisser le prix du pétrole.
L’essentiel des nouvelles capacités de production pétrolière découvertes aux États- Unis provient de ressources non conventionnelles, en particulier du pétrole et du gaz de schiste.
La plupart du temps, le gaz de schiste est extrait de poches qui contiennent également du pétrole, au moyen de la fracturation horizontale, un procédé qui nécessite de grandes quantités d’eau et de nombreux produits chimiques, ce qui le rend très coûteux.
Aujourd’hui, le gaz de schiste concentre l’essentiel des nouvelles récupérations car nous ne sommes plus dans une économie où l’on découvre du pétrole en grande
qui va mourir de sa vertu.










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