Le rap islamique anti-Blanc : premier pas vers le jihadisme ? - Alexandre del Valle dans Valeurs Act


Depuis quelques semaines, des associations anti-racistes, dont la LICRA, des politiques, et même des médias ont dénoncé les appels à la haine du rappeur (jusqu’à peu inconnu) Nick Conrad, devenu célèbre en autoproduisant un clip où il appelle à “ pendre les bébés blancs ”. L’homme va être jugé pour “ provocation au crime ”, sans toutefois que l’aggravant de racisme anti-Blancs soit retenu. Mystère de l’antiracisme à sens unique et du deux poids deux mesures politiquement correct ?

Quelques mois plus tôt, c’est le rappeur islamiste Médine qui avait provoqué un scandale lorsqu’il avait annoncé une série de concerts au Bataclan. L’homme n’a initialement pas tenu compte de la requête des familles des victimes qui ont demandé l’annulation des concerts, d’autant que l’un des tubes du rappeur appelle à « crucifier les laïcards », ce qui rappelle la rhétorique des djihadistes. Médine a même posé fièrement en photo autour du titre d’un de ses tubes Jihad et d’un sabre d’Allah. Il a fini par annuler ses concerts du Bataclan sous la pression d’avocats de victimes, notamment maître Philippe de Veulle, et d’associations qui ont porté l’affaire sur les réseaux sociaux. Toutefois, les appels à massacrer les Gaulois ou les « mécréants », présents dans les tubes et clips de nombreux autres rappeurs ne sont ni isolés ni dénués de conséquences. Il suffit de voir les comportements violents de tant de rappeurs dans leur vie privée ; de scruter leurs positions pro-islamistes, puis de suivre le parcours de nombreux rappeurs ou fans de rap devenus djihadistes pour se convaincre de la menace de ce « cool jihad rap » dont on semble prendre conscience, après des décennies de banalisation et de starification « d’artistes ». D’évidence, leurs multiples incitations à la haine et à la violence la plus barbare constituent, aux côtés des embrigadements en prisons, des réseaux sociaux et des embrigadements des prédicateurs salafistes, des terreaux d’incubation du jihadisme. Bref, une « culture du jihad » que nos pouvoirs publics, au prétexte de ne pas brider la « liberté artistique », n’ont pas voulu combattre par l’application stricte de la loi. Quelques morceaux choisis permettront de prendre la mesure de la menace.


Le nouveau bréviaire de la haine anti-Gaullois, anti-blancs, anti-Flics, anti-« Mécréants », etc…


Le cas de Nick Conrad est loin d’être isolé. Le groupe « 113 » n’a rien à envier non plus à Conrad ou Médine, lorsqu’il appelle à frapper du flic et à haïr les Français : « J'crie tout haut : j'baise votre nation. L'uniforme bleu, depuis tout p'tit nous haïssons. On remballe et on leur pète leur fion. Faut pas qu'y ait une bavure ou dans la ville ça va péter, Du commissaire au stagiaire : tous détestés ! A la moindre occasion, dès qu'tu l'peux, faut les baiser. Bats les couilles les porcs qui représentent l'ordre en France »… Un autre groupe rap au nom très explicite, « Sniper », qui se réclame d’une « lutte anti-système » (d’où la sympathie d’une certaine gauche radicale), ne masque pas plus son racialisme haineux quand il appelle — bien avant Nick Conrad — à « pendre » les Gaulois, à « caler » les flics ou Le Pen. Dans le tube sans ambiguïté « Nique le système », le groupe encourage carrément à la guerre civile (annoncée par Zemmour et redoutée par l’ex-ministre de l’Intérieur Gérard Collomb) : « Niquer l'système, ils auront le feu car ils ont semé la haine, qu'on les brûle, qu'on les pende ou qu'on les jette dans la Seine, elle cherche à brûler nos racines, mais y'a des soldats, des vrais guerriers dans l'ghetto. J'aimerais être dans la peau de ce flingue tenu dans la main d'un beur qui se verrait caler Le Pen… ». Dans un autre morceau intitulé « La France », Sniper appelle à « exterminer les ministres et les fachos. La France est une garce et on s'est fait trahir ( …). Les frères sont armés jusqu'aux dents, tous prêts à faire la guerre (…). Bientôt à l'Élysée des Arabes et des Noirs au pouvoir. Faut que ça pète ! Frère je lance un appel, on est là pour tout niquer. La France aux Français, tant qu'j'y serai, ce serait impossible. Leur laisser des traces et des séquelles avant de crever. Faut leur en faire baver v'la la seule chose qu'ils ont mérité (…), j'aimerais les faire pendre. Mon seul souhait désormais est de nous voir les envahir. » Cette conclusion a le mérite d’annoncer la couleur…


Du côté du groupe « Smala », l’extrait de la chanson « Meurtre légal » mérite tout autant le détour : « Quand le macro prend le micro, c'est pour niquer la France. Guerre raciale, guerre fatale, oeil pour oeil dent pour dent, organisation radicale, par tous les moyens il faut leur niquer leurs mères Gouers (Français, ndlr) c'est toi qui perds… Flippe pour ta femme tes enfants pour ta race… On s'est installés ici c'est vous qu'on va mettre dehors ». Ces appels à tuer des policiers sont aussi directs dans la chanson « Violence/délinquance » du groupe « Lunatic », qui se félicite lui-même d’inciter à la violence : « J'aime voir des CRS morts. J'aime les pin-pon, suivis d'explosions et des pompiers. Un jour j'te souris, Un jour j'te crève. J'perds mon temps à m'dire qu'j'finirais bien par leur tirer d'ssus. Lunatic dans la violence incite. » Écoutons de même le groupe « Salif », dont l’une des chansons au racialisme décomplexé commence tout aussi fort : « Allez-y, lâchez les pitts, cassez les vitres, quoi. Rien à foutre, d'façon en face c'est des flics. C'est U.N.I.T.Y., renoi, rebeu, babtou, tway. (…) les villes sont à chier, les vitres sont cassées, les keufs sont lynchés, enfin, ça soulage, Faut que Paris crame. Ce soir à mort Le Pen, On redémarre la guillotine, pire qu'à Djibouti. Poitiers brûle et cette fois-ci, pas de Charles Martel. On vous élimine, puisque c’est trop tard. La France pète, J'espère que t'as capté le concept… »


Haine anti-occidentale islamiste et terrorisme jihadisme banalisés par la culture hip-hop


Alors que de nombreux djihadistes islamistes voient la musique hip-hop/rapde manière négative en raison de ses origines occidentales, nombre de chansons rap sont malgré cela criblées de contenus pro-islamistes aux connotations identitaires et/ou pro-jihadistes. De nombreux terroristes islamistes patentés ont même embrassé la culture hip-hop ou « gangsta » (rap violent pro-gangs) pour attirer des Occidentaux vers leurs organisations islamistes. Ce phénomène, désormais indéniable malgré les tentatives de dénégations, justifications ou banalisations des « sociologues des arts dissidents », est communément appelé le « Cool Jihad ». Tout un programme. Il comprend la musique, les vêtements, les magazines, les vidéos et autres supports qui vantent le jihad, son environnement, ses postulats anti-occidentaux, d’une façon directe ou indirecte, sous couvert de « culture transgressive » et de « provocations artistiques ».



Certes, les instruments de musique sont formellement interdits dans l’islamisme radical, puisque seuls les nashids (chants religieux sans instruments) sont autorisés par les jihadistes/salafistes de Daech ou d’autres mouvements comme les Chabbabs, Al-Qaïda, Boko Haram. Toutefois, certains islamistes l'utilisent comme levier de mobilisation. Le phénomène du passage à l’acte jihadiste d’anciens rappeurs n’est donc pas le fruit du hasard ou contre-nature. Il est apparu en 2004, durant les guerres d'Afghanistan et d'Irak, notamment avec le tube « Dirty kuffar Di-Gihad»(« sale mécréant, jihad digital»), des rappeurs britanniques Sheikh Terra et le Soul Salah Crew, qui fait l'apologie d’Oussama ben Laden et du massacre du 11 septembre 2001 et ses 3000 morts. Le clip commence par un reportage de CNN montrant des soldats américains qui se réjouissent d’avoir tué une cible. Les rappeurs, Coran et arme en mains, chantent sur le refrain de Never Leave You, de Lumidee, afin de souligner leur soif de vengeance... Citons des paroles dénuées de toute ambiguïté : « Respect au Hamas et au Hezbollah / Le Crew Oussama ben Laden resplendit autant qu'une étoile filante / Autant que la façon dont on a détruit les deux tours – ah ah ! / Reagan était un sale mécréant / Tony Blair est un sale mécréant / M. Bush est un sale mécréant / Jetez-les au feu. » La vidéo aura un immense succès sur le Net et les réseaux sociaux du monde entier. Le tube se vendra même en masse dans des mosquées parmi les jeunes. Mohammed al-Massari, un activiste islamiste saoudien basé au Royaume-Uni, affirmera ainsi au Guardian : « Je ne connais pas de jeune musulman qui n'a pas vu le clip. Il était diffusé partout. Tout le monde à la mosquée le réclamait... » Les auteurs ont depuis composé By Any Means Necessary, générique du documentaire « Malcom X : Prince of islam ». D’autres de leurs tubes participent de l’apologie du terrorisme islamiste : « The Torture Question » (La question de la torture), « Son of Al-Qaida » (Fils d'al-Qaïda) ou encore « Hamas » (mouvement terroriste palestinien).


Ex-rappeurs néo-jihadistes : de « Jihad John » à « Deso Dogg »


Rien d’étonnant donc à ce que nombre de djihadistes ayant rejoint Al-Qaïda ou Daesh depuis les années 2000 soient des fans de rap ou même d’anciens chanteurs rap. Le plus célèbre d’entre eux est Abdel-Majid Abdel Bary, alias « Jihadi John » (son surnom djihadiste), et alias L. Jinny (son nom d’artiste). C’est notamment lui qui décapita en Syrie au nom de l’Etat islamique les sept journalistes et travailleurs humanitaires occidentaux James Foley, Steven Sotloff, David Haines, Alan Henning, Peter Kassig, Haruna Yukawa Kenji Goto… Né en 1990 à Londres, cet Anglo-égyptien, qui n’était d’ailleurs ni malheureux ni pauvre mais qui grandit dans le quartier chic de Maida Vale, était lui-même le fils d'un ex-bras droit d'Oussama ben Laden : Abdel Barry ! Au départ versé dans la musique rap, ses tubes ont été diffusés par la BBC et le show-biz londonien bien-pensant malgré cet inquiétant pedigree. Alors nommé « L. Jinny », le rappeur islamiste donna même des concerts avec des grands noms du hip-hop. Il fut fanatisé au contact du prédicateur londonien Anjem Choudary, connu pour avoir vanté Daech à la barbe des autorités anglaises passives et pour avoir publiquement qualifié les caricatures de Charlie Hebdo d’« acte de guerre méritant représailles »… Dans son dernier album, L. Jinny, bientôt devenu Jihadi John, promet de « venger » son djihadiste de père après que ce dernier ait été arrêté par le police britannique : « Donne-moi la fierté et l'honneur de mon père / Je jure que le jour où ils sont venus le chercher, j'aurais pu tuer un flic ou deux. » Après avoir rejoint en Syrie (juillet 2013) la cellule des bourreaux de Daech chargés d’exécuter des otages occidentaux, Jihadi John posta sur Twitter une photo le montrant avec dans sa main la tête décapitée d'un soldat syrien... En 2006, déjà, un autre rappeur islamiste, Aki Nawaz, membre du groupe « Fun-Da-Mental », fit sa profession de foi djihadiste dans l’album « All is War (The Benefits of G-had) » (« Tout est la guerre, Le bénéfice du Jihad »), en comparant « cheikh Oussama ben Laden » à Che Guevara puis, dans le morceau « Cookbook DIY» (écrit en référence au livre The anarchist Cookbook), il expliquait comment fabriquer une bombe artisanale en faisant le récit d'un kamikaze... La mise en ligne du clip pro-jihadiste suscitera un scandale puis une demande d’interdiction formulée (en vain) par deux membres (seulement) du Parlement britannique. Cela ne fera qu’augmenter l’immense succès de la vidéo sur le Net et les réseaux sociaux.

Le plus connus des ex-rappeurs et ex-voyous reconvertis dans le djihadisme est sans aucun doute le germano-ghanéen Deso Dogg (Denis Mamadou Cuspert), alias Abu Talha al-Almani, alias Abou Maleeq, qui rejoignit Daech en 2014. Avant de franchir le Rubicon djihadiste, il fit partie du groupe de rap « The Black Triangle ». C’est au contact de Pierre Vogel, le plus célèbre prédicateur islamiste d'Allemagne, qu’il se radicalisa. Après avoir abandonné la musique en 2010, Deso Dogg a cofondé le groupe djihadiste « Millatu Ibrahim » interdit par les autorités allemandes, et est passé du rap islamiste aux Nashid. Ceci lui a valu d'être accusé par la justice d'avoir influencé Arid Uka, responsable d'un attentat en 2011 à l'aéroport de Francfort. En août 2013, Cuspert, alias Abou Talha est aperçu dans une vidéo de l'Etat Islamique dans laquelle il tient une tête décapitée dans sa main comme Jihadi John.

Citons également Douglas Arthur McCain, l’ex-basketteur et ancien aspirant rappeur américain, Fadel Chaker, chanteur de variété libanais surnommé le « roi de la romance », que l’on retrouva en Syrie, ou encore l'Américain Omar Shafik Hamaami, qui rejoignit le groupe islamiste somalien des Shabaab en 2006. Avant sa mort, il posta sur YouTube des nashid pro-djihadistes. Dans son tube « Make Jihad with me et Blow by Blow », il chante : « Attaquons l'Amérique dès maintenant. La victoire ou le martyr ! (…) Bombe par bombe, explosion par explosion, le passé glorieux reviendra. » Ces rappeurs ont à leur tour inspiré d'autres rappeurs jihadistes : un jeune Kosovar aurait par exemple été inspiré par les paroles de Deso Dogg pour tirer sur un autobus militaire américain à Francfort.