Entretien pour Club Italie-France




Politologue, écrivain et journaliste, Alexandre del Valle est né et a grandi en France. Il a fait toutes ses études dans le Sud de la France et il a obtenu un diplôme en relations internationales à Aix-en-Provence, un Diplôme d’Etudes Approfondies en histoire des doctrines et des institutions politiques entre Aix-en-Provence et Milan, un diplôme d’histoire militaire, de sécurité et de défense, ainsi qu’un doctorat en géopolitique et histoire contemporaine à l’Université Montpellier. Sa mère, espagnole, vivait en Algérie française, et son père sicilien vivait à Tunis.

Del Valle a enseigné géopolitique du monde arabe à l’Université européenne de Rome et à l’Université de Metz. Co-fondateur et membre du Conseil Scientifique de l’Institut de Géopolitique de la Méditerranée « Daedalos » basée à Nicosie (Chypre), il est également un associé de recherche à l’Institut Choiseul de Géopolitique à Paris, il dirige le siège du même Institut en Belgique et il est également chercheur au Centre des Affaires étrangères et politiques (CPFA). Il est professeur de géopolitique et des relations internationales à l’école IPAG Paris-Business.

Ses publications, dans l’ordre chronologique, sont : « Islamisme et États-Unis, une alliance contre l’Europe », « Guerres contre l’Europe, Bosnie; Kosovo, Tchetchénie », « Une certaine idée de la France », « Quel avenir pour les Balkans après la guerre du Kosovo », « Le Totalitarisme islamiste à l’assaut des démocraties », « La Turquie fans l’Europe: un cheval de Troie islamiste? », « Le Dilemme turc, ou les vrais enjeux de la candidature d’Ankara », « Il totalitarismo islamista all’assalto delle democrazie », « Perché la Turchia non può entrare nell’Unione europea », « I Rossi Neri, Verdi: la convergenza degli Estremi opposti. Islamismo, comunismo, neonazismo », « Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd’hui ? : La nouvelle christianophobie », « A islamizaçao d’Europa », « Le complexe occidental : Petit traité de déculpabilisation », « Le Chaos Syrien, printemps arabes et minorités face à l’islamisme », « Les vrais ennemis de l’Occident », « Comprendere il caos siriano, dalle rivoluzioni arabe al jihad mondiale ». Alexandre del Valle a remporté le “Prix Oriana Fallaci” en 2009.


Club Italie-France : Vous avez été membre de l’Union pour un Mouvement Populaire et Présidente de « La Droite libre », que vous avez fondé avec Rachid Kaci. Maintenant, vous êtes sorti de la politique active, mais vous collaborez avec de nombreux magazines de géopolitique ou d’actualité politique dans lesquels vous rédigez des articles sur le terrorisme et sur la sécurité européenne, la Turquie et l’islamisme. Vous n’avez jamais abandonné votre regard vigilant et participatif sur le monde dans lequel nous vivons. Pourquoi avez-vous choisi de renoncer à l’activisme politique ?


Alexandre Del Valle : J’ai préféré me consacrer à la géopolitique et à l’enseignement. La politique active s’est avérée peu intéressante pour moi parce que, je dis cela en tant qu’ancien « sarkoziste », je suis convaincu que tant que le politiquement correct ne sera pas détruit, la voie pour les réformes sera bloquée. Regardons la situation en France : les syndicats bloquent l’économie, les mass media prennent les défenses des syndicats, les lobbies pro-immigration empêchent d’adopter une politique de contrôle des flux migratoires … cela signifie qu’aujourd’hui, le pouvoir ne sert à rien s’il n’est pas accompagné de la métapolitique. Par métapolitique, j’entends la politique des idées, la capacité d’influencer la pensée des gens et la politique active à travers les idées. L’ancien président du conseil espagnol, Aznar, m’a dit un jour : « Il m’est plus facile d’influencer aujourd’hui la pensée politique espagnole que lorsque j’étais Premier Ministre » et ceci, grâce à son Think Tank. Cela signifie que la vraie lutte aujourd’hui est la lutte des idées : si vous ne pouvez pas mettre en place un programme politique fait de nouvelles idées et soutenu par la légitimité populaire, rien ne peut être changé. C’est pourquoi je suis revenu à la géopolitique : la politique était devenue si frustrante…


Club Italie-France : Vos œuvres ont été mentionnées à la fois par Oriana Fallaci, qui vous a mentionné dans « La Forza della Ragione », par Sergio Romano, Roberto de Mattei, Marcello Pera, ou Magdi Allam. Ce dernier a écrit la préface de votre essai « Rossi-Neri-Verdi ». Vous êtes très lié à l’Italie, à la fois pour vos origines et parce vous intervenez souvent dans la péninsule sur les thèmes de l’islamisme, de la Turquie et des questions liées à la sécurité européenne. Quelles positions pensez-vous partager avec tous ces journalistes et écrivains qui vous apprécient et qui partagent votre travail, en particulier avec Oriana Fallaci, qui dans « La Forza della Ragione » analyse ce qu’elle appelle le cheval de Troie, c’est-à-dire une Europe qui selon elle ce n’est plus l’Europe, mais une « Eurabie », colonie de l’Islam ?


Alexandre del Valle : C’est bien évidemment une thèse provocatrice, mais elle décrit quelque chose de très sérieux, c’est à dire une Europe qui se renie et qui crée un vide de racines, de culture, de religion et de règles (le vide que Marcello Pera appelle « de la société liquide »). Ce vide ouvre la voie aux islamistes radicaux, qui prétendent le combler, en lui donnant une nouvelle colonne vertébrale. L’islamisation n’est pas une conspiration, mais le vide pur et simple qui essaie d’être rempli par les autres. Et ces autres, sont évidemment dans une position de force, car ils représentent une civilisation qui ne s’est pas reniée, une société active, sûre, fière de sa religion et surtout décolonisée, avec un fort ressentiment envers l’Occident. Il est normal que les musulmans essaient de combler ce vide en pénétrant l’Europe, mais à mon avis, ce n’est pas ça le vrai problème. Le vrai problème est que l’Europe aide cette colonisation, se blâme en tuant sa culture et ses racines. Le problème n’est pas l’immigrant lui-même, mais l’exploitation de l’immigrant par les organisations islamiques, pour en faire un instrument de colonisation. Il s’agit d’un impérialisme islamique renversé, qui se légitime en tant que moyen de venger les victimes de l’impérialisme occidental.


Club Italie-France : Vous avez comparé le nazisme et le communisme (que vous appelez totalitarisme noir et totalitarisme rouge) à l’islamisme (le totalitarisme vert). En effet, le fondamentalisme islamique présente toutes les caractéristiques des mouvements totalitaires : la confusion entre politique et société civile, l’extrémisme, l’absence de distinction entre civils et militaires, le rejet de l’individualisme, la terreur de la masse, le fanatisme idéologique et l’identification d’un ennemi, en l’occurrence l’Occident judéo-chrétien. Selon vous, comment sommes-nous arrivés à ce totalitarisme vert, développé pour la première fois dans un contexte extra-européen mais qui aujourd’hui afflige l’Europe, et comment se développera-t-il ?


Alexandre del Valle : Dans ma thèse de doctorat, j’avais étudié le problème de l’intégrisme islamique. Et dans mes études, j’ai réalisé que l’« l’intégrisme islamique» était une fausse expression. En réfléchissant, vous ne pouvez pas comparer quelqu’un qui coupe des gorges à un fondamentaliste catholique, qui demande par exemple juste d’entendre la messe en latin. Vous ne pouvez pas confondre un assassin à la hache avec un fondamentaliste chrétien ou juif, qui est peut-être traditionaliste, mais ne tue pas quelqu’un à cause de son être traditionaliste. Donc, j’ai trouvé l’idée du totalitarisme, parce que je me suis dit : un assassin ne doit pas être comparé au juif ou au chrétien car il ne s’agit pas de quelqu’un « d’intègre » : ce qu’il veut accomplir, c’est un contrôle total de la société, l’anéantissement de l’ennemi, il est sans scrupules. Pour lui, il n’y a pas une morale, tous les moyens sont permis car la fin justifie les moyens. Et je me suis dit : il y a plus de points de contact avec le nazisme et le communisme qu’avec le fondamentalisme. Le cynisme, l’absence d’intégrité et la domination totale. Rien à voir avec le fondamentalisme. Pour s’opposer à cette réalité politique des moyens forts sont nécessaires, mais notre société ouverte est trop naïve car elle ne voit pas le projet politique derrière ce totalitarisme, un projet néo-impérialiste dont le but est la destruction de la société ouverte et du modèle occidental. Nous sommes confrontés à une réalité qui considère les autres religions comme un obstacle à la poursuite de son projet politique, c’est pourquoi nous parlons aujourd’hui de « guerre des religions et des civilisations ». La seule civilisation qui crée des problèmes aux autres est l’Islam, car elle prétend imposer la charia partout. Et il faut souligner que la menace islamique la plus dangereuse provient des pôles institutionnels : elle ne coupe pas les têtes mais elle coupe la parole … il ne s’agit pas de violence, mais de gens qui imposent le silence à ceux qui ne pensent pas comme eux, en utilisant la prétendue islamophobie de l’Occident.

Club Italie-France : Depuis le début des années 2000, la haine pour l’Occident judéo-chrétien n’a jamais été aussi forte et violente. Elle provient de différentes parties : des pro-iraniens, des représentants pro-arabes et pro-palestiniens, de l’extrême droite nazie-fasciste anti-américaine, anti-occidentale et antisioniste de l’extrême gauche antisioniste radicale et des islamistes radicaux ou terroristes. Pourquoi une haine si répandue de l’Occident s’est-elle développée ?

Alexandre del Valle : Il est normal de haïr le dominateur, car il est fort. Dans une société judéo-chrétienne, le faible est le bon, tandis que le fort est le mauvais. Prenons l’exemple de la Palestine. Pourquoi les « tiers-mondistes » de gauche sont-ils obsessionnellement pro-palestiniens, même s’ils savent que les Palestiniens massacrent et utilisent le terrorisme ? Simplement parce que les Palestiniens représentent les faibles, les victimes, alors que les Israéliens sont les plus forts et pour cela, ils sont diabolisés. Cela nous empêche de lutter contre le totalitarisme islamique. Parce que l’Occident, en voyant l’Islam à travers « les palestiniens », voit le musulman comme une victime de l’Occident.


Club Italie-France : Vous dites que l’Europe est soumise aux fondamentalistes, car elle se culpabilise. Cette attitude leur donne l’idée d’une Europe sans valeurs solides, sans institutions et sans culture. Vous comparez l’Occident à une personne qui veut mettre fin à sa vie, ce qui encourage la violence islamiste. De quelle manière pensez-vous que l’Europe pourrait réaffirmer sa valeur sans céder à la peur et à la rémission ?


Alexandre del Valle : C’est une question très importante. Ceux qui connaissent le monde arabe, savent que ceux qui nient leur religion (comme l’Occident et surtout la vieille Europe fait) ont beaucoup moins de chances de gagner le respect des musulmans, de quelqu’un qui est sûr de lui-même et de sa propre culture. Je donne un exemple personnel : quand il y avait beaucoup de Siciliens en Tunisie, les relations avec les Arabes étaient excellentes, savez-vous pourquoi ? Parce que les Siciliens avaient une croix énorme au cou, ils faisaient des célébrations religieuses et des cérémonies dans les rues et les musulmans les respectaient pour cela. L’Européen était fier et confiant, il était plus respecté et il était « dominateur ». Alors, quand aujourd’hui nous essayons d’intégrer un musulman en niant nos origines chrétiennes, c’est le meilleur moyen d’éviter d’être respectés. L’Islam respecte les forts et non pas les faibles. Le pire des ennemis, pour l’Islam, c’est celui qui n’a pas de religion. Avec ce sentiment que j’appelle « islamiquement correcte » l’Europe va s’écraser contre un mur, en s’insultant elle-même. Mettons-nous à la place d’un immigrant musulman qui arrive en Europe : à l’école, il apprendra que nous sommes les méchants, les colonisateurs, les colonisateurs. Cet enfant se dira : « Si lui ne s’aime pas il admet sa culpabilité, pourquoi devrais-je l’aimer ? ». Pour cela, il existe un lien énorme entre l’intégration et le patriotisme. Pour nous faire respecter et en même temps pour l’intégrer, il faut un « patriotisme », une fierté nationale. Si je dis que mon pays est beau, l’autre voudra aussi l’aimer. Je donne souvent l’exemple de l’Argentine, où les Arabes sont très intégrés : en Argentine, les enfants des écoles apprennent l’hymne national et