Les leçons de l’attentat de Rambouillet: l’enseignement de la charià prépare le djihadisme

Pour Alexandre del Valle, l'égorgement de Stéphanie Monfermé au commissariat de Rambouillet par Jamel Gorchane, migrant clandestin qui a baigné dans la même mouvance islamiste tunisienne que celle de l'auteur du carnage de Nice de juillet 2016, Mohamed Bouhlel, son ami proche, confirme la responsabilité accablante des dirigeants français qui ont laissé s'implanter l'islamisme et refusé de contrôler l'immigration.



Comment a-t-on pu régulariser en 2019 un Tunisien, qui, arrivé illégalement en France, a retrouvé son « ami d’enfance », Mohamed Bouhlel, l’homme qui massacrera, à Nice, le 14 juillet 2016, 86 personnes ? Les deux sont issus du même fief islamiste tunisien de M’saken. Cette ville est l’un des trois fiefs du terrorisme en Tunisie: en 2007, les fusillades de Soliman opposèrent la police aux jihadistes; de nombreux « jeunes » de M’Saken ont rejoint les jihad irakien, syrien et même libyen et malien, faisant ainsi de la Tunisie le premier exportateur de jihadistes. Comment nos dirigeants osent-ils affirmer que Jamal Gorchane était un chauffeur-livreur « sans histoire », ne présentant aucun signe de radicalisation, alors que sur son compte Facebook, Gorchane prônait l’application de la charia en Tunisie ? Il était abonné aux prêches du Cheikh Ali Al Qaradaghi, basé au Qatar, secrétaire général de l’Union internationale des savants musulmans proche du prédicateur Al Qaradawi, auteur de fatwas invitant à tuer blasphémateurs, homosexuels, juifs et dirigeants laïques. Après la décapitation de Samuel Paty, en novembre 2020, Qaradaghi avait appelé sur Twitter Macron à « présenter ses excuses au Prophète et à tous les musulmans et à promulguer des lois incriminant l’atteinte à l’islam », insinuant que l’attentat de Conflans était une manipulation des services de renseignements.


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Gorchane suivait également le prédicateur islamiste Idriss Nguyen, proche de Tariq Ramadan, membre du Collectif Forces aux Minorités Persécutées, qui dénonce les persécutions de musulmans pour faire croire à ceux de France que tous les mécréants sont islamophobes. Ceci explique d’ailleurs pourquoi sur ses réseaux sociaux, Jamel Gorchane suivait Mélenchon, Yann Barthès, Mediapart, Plenel, FI, Tarik et Hani Ramadan, et autres « chasseurs d’islamophobes » islamogauchistes. Après le meurtre de Samuel Paty, il a d’ailleurs suivi la campagne de lutte contre l’islamophobie « Respectez Mohamed prophète de Dieu »… Nos échanges avec Dominique Lunel, expert des extrémismes religieux ex-conseillère de ministres de l’intérieur, et avec un ami intellectuel laïque de M’saken qui connaît le parcours de Gorchane, confirment les éléments découverts sur son téléphone et les réseaux sociaux: l’égorgeur de Rambouillet a fréquenté en Tunisie les rassemblements du groupe Ansar al-Charia et du parti islamiste Karama, allié d’Ennahda au Parlement tunisien. Ces deux groupes ont défendu les insurgés jihadistes qui terrifièrent la Tunisie après la Révolution du Jasmin. Connu pour sa bienveillance envers Daech et sa haine de la France, un des députés d’Al-Karama, Rached Khiari, a justifié, dans un post, l’assassinat de Samuel Paty… Quant à Abou Iyadh, leader d’Ansar al-Charià, ancien d’Afghanistan, il a co-organisé l’attentat contre le commandant Massoud, le 9 septembre 2001 en Afghanistan. Son groupe, bien qu’adoubé par Al-Qaida, a été toléré par Ennahdha, semant la terreur chez les artistes, les intellectuels, les enseignants. Son drapeau noir, comme Daech, a fasciné les milliers de jeunes Tunisiens qui avaient pris d’assaut la faculté de La Manouba, à Tunis, et son recteur, Habib Kazdaghli, qui résista héroïquement. La découverte par la police française de consultations d’anashids, ces chants islamistes guerriers, dans le téléphone de Jamel Gorchane n’ont rien de surprenant.


Jamel admirait l’islamiste tunisien qui veut punir les ennemis du Prophète


Dix jours avant l’assassinat de Stéphanie, une vidéo en arabe, appelant à la décapitation de « ceux qui offensent le prophète Mahomet », parue sur Facebook, a été diffusée par “l’imam” le plus suivi par Gorchane: Bechir Ben Hassen, originaire de M’sakem, comme lui et comme l’auteur du massacre de Nice de 2016. Ex-salafiste formé à l’Institut d’Oum Al Qura à La Mecque, défavorablement connu des polices de Tunisie et du Maroc, Ben Hassen, entre-temps devenu frère-musulman, devenu célèbre par ses débats incendiaires sur la chaine qatarie al-Djazeera, a fanatisé des milliers de jeunes, dont certains ont fini en Syrie. Condamné par la justice tunisienne, extradé vers le pays de sa femme, la France, qui l’a naturalisé, il a été condamné pour l’enlèvement d’un enfant à son épouse française qui en avait la garde. Mon contact de M’saken m’écrit à propos de ce partisan de la charia : « L’influence de ce peintre en bâtiment, devenu par magie un cheikh et un ‘savant’, est surréaliste, même si beaucoup ont compris son double discours et sa double vie ». Mon interlocuteur tunisien (laïque) n’en revient pas que la France laisse libre d’agir un islamiste fiché à Interpol, qui a relayé des appels au djihad et le départ en Syrie de djihadistes de M’saken en 2013, sans que cela n’empêche sa régularisation. Une autre source d’information, le site multilingue MEMRI, qui traduit chaque jour les appels à la haine de prédicateurs islamistes, rapporte que dans un sermon diffusé sur le Net le 12 janvier 2015, sans compassion pour les victimes de l’attentat de Charlie Hebdo, Ben Hassen déclarait : « Même les aveugles ont vengé l’honneur du prophète. Le châtiment de quiconque maudit le Prophète Mahomet est la mort, décrétée par plusieurs versets coraniques, par la sunna et par le consensus des érudits d’autrefois… » Il est vrai que le « savant » de référence de Ban Hassen, le plus illustre jurisconsulte des Frères musulmans, Youssef Al Qaradawi, explique dans son best-seller en vente libre (Le Licite et l’illicite) que l’apostat, le blasphémateur et l’adultère méritent la mort… Malgré cela, Ben Hassen a pu créer en 2019, à Noisy-le-Grand, son Centre de culture humaine (CCH), pour lequel il collecte des fonds sur le web (« campagne du CCH COTIZ UP »). Son CCH est en fait non pas un « centre », mais une madrasa d’embrigadement. Ceci n’a pas empêché le plus célèbre « monsieur islam » du ministère de l’intérieur, Bernard Godard, d’aller y donner des conférences sur la « laïcité » aux côtés d’un Ben Hassen qui devait rire dans sa barbe. ().


Ben Hassen s’est vanté que l’Europe accorde aux islamistes plus de liberté que certains pays musulmans…


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Référence majeure du terroriste de Rambouillet, Ben Hassen a officié tranquillement des années à la mosquée de Savigny et Noisy-Le-Grand, a donné des cours à Pontoise et Argenteuil, a été invité à prononcer des conférences à la Grande Mosquée Al-Oumma de Montreuil et nombre d’autres mosquées de la région parisienne. Moins naïves, les autorités québécoises ont interdit son invitation à l’université Laval au Québec pour danger de « fanatisation des jeunes ». Comme l’imam marocain qui inspira l’assassin tchétchène de Samuel Patty, Ben Hassen a remercié le pays qui l’a naturalisé en participant à des campagnes de lynchage contre les « islamophobes » occidentaux et de boycott des produits français, en représailles des caricatures. Conscient des lignes rouges et fin connaisseur du droit, Ben Hassen reconnaît dans des vidéos récentes, comme tant d’autres prédicateurs islamistes le font en Occident, que la Charià prévoit la peine de mort pour les blasphémateurs. Mais il a compris comment ne plus être inquiété comme lorsqu’il justifiait ouvertement la mise à mort des apostats: il vient d’expliquer ces jours-ci que les djihadistes, souvent « ignorant », font l’erreur de ne pas tenir compte des « circonstances »… En fin de compte, les coupeurs de langues comme Ben Hassen font le premier « travail » de fanatisation en « paranoïsant » les « jeunes » par les campagnes anti-islamophobes et en enseignant la charià, tandis que les coupeurs de têtes, qui ne s’encombrent pas de nuances, verront dans le passage à l’acte la suite logique de ces enseignements…


LIEN ORIGINAL : VALEURS ACTUELLES

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