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Les Frères musulmans, un État parallèle en guerre contre les État-nations souverains [ 2 - 2 ]



Pour Hassan al-Banna, « l’Etat islamique idéal » doit être partout et doit répondre aux moindres problèmes des individus. En clair, point de salut pour la société en dehors de la vision que les Frères ont de la Charià et du Califat. La société idéale préconisée par Al-Banna ressemblant a comme Credo : « Dieu est notre but, le prophète notre chef, le coran notre constitution, le jihad notre voie, le martyre notre plus grande espérance »[1]. C'est dans contexte que Al-Banna avait mis en place une structure pyramidale dont les membres doivent garder le secret absolu sur tout ce qui concerne son fonctionnement et ses objectifs. Celle-ci s-devait être dirigée par un guide suprême, le Murshid, élu par une assemblée composée d’une centaine de sages. Une fois son élection validée par la choura, ce Murshid, considéré comme plus légitime pour les Frères que les dirigeants officiels de l'Etat, peut alors former un bureau exécutif légitimé par l’appui de sa "base". Ce bureau est composé d’une quinzaine de membres qui ont fait leurs preuves, lesquels sont chacun en charge de domaines spécifiques comme les affaires juridiques, les affaires sociales, les affaires financières, ou encore les affaires secrètes. Ils forment ainsi une branche spéciale de l’organisation, gérée à part, comme une sorte de "shadow Cabinet" ou de Gouvernement parallèle. Ces membres influents doivent en fait servir le Guide suprême sans jamais le contester, et ils lui prêtent un serment d’allégeance par ces mots : « Je m’engage envers Dieu, le Très Haut, à adhérer au message des Frères musulmans, à combattre pour lui, à vivre selon les règles de ses membres, à avoir entière confiance en son chef ». Chaque Frère qui rejoint l’organisation a pour objectif de créer sa propre cellule en recrutant des disciples. Leur recrutement doit se faire partout où cela est possible, partout où réside des musulmans, afin qu’émergent à terme, grâce à eux, des Etats islamiques « authentiques ». En attendant, pour ne pas effrayer, il faut cultiver le secret et tenir un discours rassurant à l’égard des profanes et des autorités politiques infiltrées. Le travail de propagande doit se faire dans l’ombre via l’entrisme, mais en éliminant si besoin les indésirables par la manipulation ou l’assassinat, lorsque cela est possible ou incontournable.

Le mythe mobilisateur majeur du Califat rêvé à rétablir d'urgence


Les écrits et discours d’al-Banna sur l’obligation de reconstituer le Califat après avoir lutté contre toute forme de stato-nationalisme ethno-linguistique qui « diviserait la Oumma » sont très clairs et reviennent souvent dans le but exposé plus haut du "Takmine planétaire". Le fondateur de la Confrérie rappelle dans plusieurs textes que les musulmans doivent renoncer à leurs Etats-Nations respectifs pour construire une "grande nation musulmane" mondiale appelée "Califat", et que cela fait partie des « obligations » de l’Islam et des musulmans: « Le califat est le symbole de l’unité des musulmans et la réalisation de l’union entre les pays islamiques. C’est là un étendard de l’Islam qui impose aux musulmans d’y prêter attention et de s’en préoccuper : le califat est au cœur d’un grand nombre de prescriptions islamiques … C’est pourquoi les Frères musulmans placent la pensée du califat et l’action à mener pour sa restauration au sommet de leur programme et ils pensent que cela nécessite un nombre conséquent de préparatifs qui tous sont impératifs. Les étapes qui permettront de restaurer le califat sont les suivantes : une solidarité totale au niveau culturel, social et économique entre tous les peuples islamiques est nécessaire. Il faut établir les liens, signer des contrats, organiser des réunions et des congrès entre ces pays (…). Il faudra ensuite créer une ligue des Etats islamiques : si nous parvenons à cela, l’union sera réalisée et il sera possible de désigner l’Imâm. « C’est donc autour d’un califat que les musulmans du monde entier doivent se réunir et non pas autour ‘d’Etats nations’ ou de fédérations ‘arabe’, ‘berbère’, ‘africaine’ ou ‘celte’ mais autour d’un seul état Islamique, sans frontières et sans distinctions d’origines ». Cette citation du fondateur des Frères musulmans, issue d'un discours prononcé lors du cinquième congrès des Frères musulmans, montre que la poursuite de l'objectif final de Takmine planétaire passe par l"édification progressive d'une contre-société et d'un Etat parallèle, dont la victoire passera à terme par la ruine des Etats-Nations modernes.


L’invocation du mythe fondateur et unificateur du Califat est en fait commune à tous les islamistes inspirés par l’idéologie des Frères-musulmans, qu’il s’agisse de la tendance jihadiste ou de celle de l’islam politique, plus modérée, qui accepte tactiquement le jeu démocratique, voire une forme de modernité “islamisée”. Tous pleurent son abolition en 1924 par Atatürk et appellent à sa résurrection, d’où le ralliement de nombreux mouvements et groupes salafistes terroristes au Califat islamique proclamé en juin 2014. La nécessité de rétablir, à terme, ce Califat mythifié n’est donc pas propre aux jihadistes de Daech. Avec l’impératif de l’imposition universelle de la charià, la nécessité de rétablir l’empire panislamique devant dominer les Nations un jour ou l’autre, de gré ou de force, est un point de convergence idéologique fondamental entre les islamistes du monde entier, d’Al-Qaïda et Daesh au mouvement Ennahda en Tunisie, au Parti de la Justice et de la Liberté en Egypte (PJL), ou au parti de la Justice et du développement au Maroc (PJD), lesquels s’inspirent aussi de l’expérience gouvernementale du Parti de la Justice et du Développement turc (AKP). Outre le cas très flagrant de Recep Taiyyp Erdogan, qui évoque régulièrement le Califat turco-ottoman et a même publiquement appelé à le « rétablir en 2024 », un siècle après son abolition par Atätürk », on peut mentionner le cas du parti tunisien Ennahda (proche des Frères-musulmans), dont l’ancien Premier Ministre Hamadi Jebali, à la suite des premières élections libres remportées en 2011, appela de ses vœux l’établissement du « sixième califat islamique » lors d’un meeting prononcé à Tunis le 15 novembre 2011. Le mythe du Califat et de la Oumma islamique est également inscrit au coeur de la Charte du mouvement islamiste palestinien Hamas, groupe terroriste et parti politique issu des Frères-musulmans qui contrôle Gaza. Il est a fortiori invoqué de façon plus explicite en tant que programme et objectif stratégique final, par Al-Qaïda, dont la branche syrienne du Front Al-Nosra, ou l’Etat islamique, qui l’a officiellement et solennellement rétabli en juin 2014 sur une partie des territoires syrien et irakien.


Dès 1928, Hassan al-Banna a fait du rétablissement du Califat islamique l’objectif majeur à long terme de sa Confrérie une fois la charia rétablie et l'Etat parallèle instaurés progressivement dans tous les pays musulmans gagnés à cette idéologie. Les écrits et discours d’al-Banna sur l’obligation de reconstituer le Califat après avoir lutté contre toute forme de stato-nationalisme ethno-linguistique qui « diviserait la Oumma » reviennent souvent sur ce but. Hassan Al-Banna rappelle que « le califat est le symbole de l’unité des musulmans et la réalisation de l’union entre les pays islamiques. C’est là un étendard de l’Islam qui impose aux musulmans d’y prêter attention et de s’en préoccuper : le califat est au cœur d’un grand nombre de prescriptions islamiques … C’est pourquoi les frères musulmans placent la pensée du califat et l’action à mener pour sa restauration au sommet de leur programme et ils pensent que cela nécessite un nombre conséquent de préparatifs qui tous sont impératifs. Les étapes qui permettront de restaurer le califat sont les suivantes : Une solidarité totale au niveau culturel, social et économique entre tous les peuples islamiques est nécessaire. Il faut établir les liens, signer des contrats, organiser des réunions et des congrès entre ces pays (…). Il faudra ensuite créer une ligue des Etats islamiques : si nous parvenons à cela, l’union sera réalisée et il sera possible de désigner l’Imâm. « C’est donc autour d’un califat que les musulmans du monde entier doivent se réunir et non pas autour ‘d’Etats nations’ ou de fédérations ‘arabe’, ‘berbère’, ‘africaine’ ou ‘celte’ mais autour d’un seul état Islamique, sans frontières et sans distinctions d’origines ».


L’origine de cette nostalgie du Califat et de la volonté de rétablir cette institution remonte au traumatisme qu’aurait été pour les partisans de l’islam politique, l’abolition, en 1924, par le fondateur de la Turquie moderne, Mustapha Kémal Atatürk, des deux institutions qui géraient religieusement et politiquement la Oumma islamique (c’est-à-dire l’ensemble de la communauté des croyants): le califat et le sultanat, dont les Turcs ottomans furent les derniers dépositaires après la chute définitive du Califat abbasside au XIIIe siècle. Les frontières actuelles des Etats arabes sont d’ailleurs souvent contestées au nom d’une "Seconde décolonisation » qui consisterait à rejeter en bloc le concept même de frontières et des Etats-nations du Moyen et du Proche-Orient qui ne seraient que le fruit des décisions des puissances coloniales ayant dessiné le Moyen-Orient lors des accords Sykes-Picot. La proclamation, début juillet 2014, d’un nouveau califat par l’EI sur les frontières tribales contestées de la Syrie et de l’Irak a offert un exemple de la forte puissance d’attraction et de mobilisation qu’est la nostalgie du Califat.


Pour comprendre l’état d’esprit conquérant, néo-impérial et même souvent irrédentiste des Frères-musulmans, reproduisons ces propos du « savant » de référence des Frères musulmans, Youssef al-Qardaoui, qui a cotoyé le fondateur, Hassan al-Banna, lequel a édicté de nombreuses fatwas et animé animé depuis des années, sur la chaîne qatarie Al-Jazira, l’émission "La charia et la vie": « L’islam va retourner en Europe comme un conquérant et un vainqueur après en avoir été expulsé à deux reprises, une fois au sud en Andalousie [Espagne – 1492] et une seconde fois à l’est quand il frappa à plusieurs reprises aux portes d’Athènes [1830]. […] Cette fois-ci, je maintiens que la conquête ne se fera pas par l’épée mais grâce au prosélytisme et à l’idéologie ». Bien avant les actuels « jihadistes-salafistes », la Confrérie des Ikhwans a revendiqué haut et fort le martyr pour ses partisans comme idéal. Elle n’a jamais renié ses textes fondateurs qui prônent le Jihad permanent au nom d’un islam qui devrait conquérir à tout prix la moindre portion de territoire où vivent des musulmans avant de dominer, de gré ou de force, la Terre entière aux termes d’une véritable stratégie générale de conquête de l’Humanité « par étapes » (Tamkine planétaire"). Cette stratégie de conquête passe parfois par le jihad guerrier, mais aussi de plus en plus par le "jihad politique", éducationnel et économique et toujours par le « jihad du verbe », dont le cœur est le mensonge et le double discours. Dans les faits, les objectifs de Al-Qaïda et de l’Etat islamique découlent en partie de ceux des Frères musulmans originels qui ont lancé les slogans, donné le ton et inauguré la « révolution islamique mondiale » à l’époque du fondateur Hassan al-Banna et surtout du grand théoricien du jihadisme, Saiyyd Qutb, référence incontestée de tous les terroristes islamistes.

La stratégie de la "paranoïsation" et de la "désassimilation"


L'une des stratégies des Frères musulmans pour combattre et délégitimer les Etats-Nations modernes en place afin de légitimer au contraire leur contre-société néo-califale et leur Etat Nation parallèle, est de faire passer les dirigeants des Etats musulmans en place opposés au projet néo-califal pour des "Traîtres à l'islam" et des "ennemis des musulmans, ceci au moyen d'une rhétorique assez habile qui empreinte au narratif et à la légitimité anti-coloniales et anti-occidentales. L'idée diffusée par les Frères musulmans est que « le nationalisme arabe est impie, il faut lui substituer l’internationalisme islamique"... Dans nos deux ouvrages sur cette question[2], nous avons qualifié cette stratégie de mobilisation et de constitution d'une contre-société parallèle, fondée sur la diffusion d'un sentiment paranoïaque très connu dans les rhétoriques totalitaires, de "stratégie de la paranoïsation" et de la "désassimilation". Expliquons-nous: afin de justifier moralement, religieusement et de légitimer la constitution d'un Etat parallèle, séparé, donc hostile à l'Etat en place légal, les Ikhwan diabolisent cet "Etat jahilite" et appellent les musulmans radicalisés par leur propagande à "désavouer", rejeter de leur coeur toute loyauté envers les institutions et dirigeants nationaux des Etats en place, ce qui rappelle le principe des jihadistes-takfiristes dit de "al-Walaa wal-Bara", d'où également l'appelle des plus extrêmes à faire leur Hijra dans une région, un Etat parallèle ou une zone extérieure contrôlée par eux qu'ils qualifient d'embryon du Califat mondial, seule nation acceptée.


Le postulat théologique et philosophique de base des Ikhwan est qu’un musulman ne peut obéir qu’à l’ordre divin (charià) régi par le califat à « rétablir », objectif stratégique[3]. Les Frères musulmans se réfèrent ici à Ibn Taymiyya, et à son ouvrage qui influença le plus Hassan Al-Banna: « Siy’asa Shar’iyya »Politique selon la Sharià »). L'idée est ici que l'on doit rechercher en toute chose le tawhid (unicité de Dieu) et combattre toute « association » de paradivinités autres que Dieu (shirk) ou « idoles », ce qui inclut le rejet du culte des saints (présent chez les soufis et les chiites), de la danse, de la musique, du chant et des « arts non-islamiques », de la Nation, des monarchies, républiques et tous les systèmes non fondés sur la Charià, le Tawhid et le Califat. Au niveau mondial, les Frères n’ont pas que des références arabes, car la Confrérie a été énormément inspirée par l’islamiste pakistanais Al-Mawdoudi, souvent cité dans sa préconisation de reconnaître la souveraineté d’Allah (rouboubiya) , de se conformer à La religion (din) à travers un ritualisme strict (ibadat) , aspects qui conditionnent le cheminement du « bon musulman » vers la hakimiyya (souveraineté suprême dépendant d’Allah et non du Peuple) afin de fuir la mécréance (kufr) et de l’ignorance (jahiliyya) afin de créer ou rejoindre au plus vite un Califat géré par une choura.

Une idéologie totalitaire qui passe par un Etat parallèle destiné à contrôler les individus et la société


Afin qu’elle puisse se développer, la société parallèle conçue par Hassan al-Banna a très vite commencé à encadrer la jeunesse, en créant notamment des “ organisations de jeunesse ” comparables aux jeunesses hitlériennes ou communistes, les Jawwala ou “ pionniers ”, qui totalisaient en 1948 près de 40 000 membres spécialement entraînés pour assurer les services d’ordre dans les manifestations. L’organisation disposait également d’un appareil secret totalitaire, la “ Section spéciale ”, forte de mille membres habitués au maniement d’armes et formés aux techniques du terrorisme urbain. Ils devaient prêter un serment d’obéissance et de silence sur un Coran et un revolver : “ La mort est un art. Le Coran a ordonné d’aimer la mort plus que la vie ...” . Adressé aux autorités politiques du monde musulman, aux universités musulmanes et “ à tous ceux qui ont le souci de défendre la religion dans le monde musulman ”, le programme en cinquante points conçu par Hassan al-Banna pour les Frères musulmans atteste de la nature totalitaire de son idéologie et son organisation :


I - “ Domaine politique et juridique :1 - “ surmonter la division politique et orienter la force politique de la Oumma vers un seul horizon [...] ; 2 - réformer les lois pour qu’elles se conforment à la législation islamique” ; 3 - fortifier l’armée et multiplier les phalanges de jeunes en les éduquant à la ferveur de la guerre sainte (jihad) [...] ; 4 - fortifier les liens entre tous les pays musulmans afin de préparer une réflexion sincère et pratique concernant le califat perdu […] ; 6 - contrôler le comportement personnel des fonctionnaires sans distinguer l’aspect privé de la responsabilité publique du fonctionnaire [...] ; 7 - [...] mettre un terme à l’oisiveté nocturne [...] ;


II - Domaine social et scientifique :1 - montrer de la fermeté dans l’application des sanctions pénales relatives aux mœurs ; 3/4/5/10- supprimer la prostitution dans ses deux aspects, discrets et publique [...] supprimer toutes les sortes de jeux de hasard [...], lutter contre la consommation du vin et de la drogue ; 8 - interdire la mixité entre étudiants et étudiantes, [...] fermer les dancings, les jeux libertins et interdire la danse et tout contact gestuel entre homme et femme [...] ; 9 - encourager par tous les moyens le mariage et la procréation [...] ; 11/12/13 - exercer un contrôle sur le théâtre et sur le cinéma, et filtrer les pièces à jouer et les films à diffuser [...] ; Effectuer avec rigueur un tri et un contrôle sur les chansons avant de les diffuser, [...] ; Bien choisir tout ce qu’on transmet à la radio en surveillant le contenu des conférences et des thèmes à débattre. Utiliser la radio comme un moyen pour promouvoir une éducation civique et morale, [...] ; 14 - Confisquer les romans d’excitation ainsi que les livres qui sèment le doute et pervertissent. Interdire toute publication qui œuvre à la diffusion de la débauche et qui excite le désir de manière la plus grossière ; 15 - organiser les camps de vacances en mettant un terme à l’anarchie et au comportement licencieux [...] ; 19 - revivifier le rôle de la “ hisba ” [la police des moeurs] et réprimer tous ceux qui ne respectent pas les préceptes de l’islam ou ceux qui n’observent pas ses obligations telles le jeûne du mois de ramadan, la prière ou encore ceux qui insultent la religion [...] 26 - réfléchir au meilleur moyen d’unifier progressivement les uniformes vestimentaires dans toute l’Oumma ; 27 - Mettre fin à l’esprit étranger [occidental] dans les foyers, notamment pour ce qui touche à la langue, aux habitudes, aux habits, au recrutement des éducatrices et des nourrices ; 28 - Orienter la presse vers le bien et encourager les auteurs et écrivains à traiter des thèmes spécifiquement islamique de l’Orient", etc


On retrouve dans ce programme, la plupart des caractéristiques du totalitarisme “ classique” énumérées par Hanna Arendt ou Raymond Aron : refus de la liberté d’expression, contrôle des médias et de l’économie ; confusion des domaines public et privé; instauration d’un régime de terreur au moyen de l’armée et de la police des moeurs ; exaltation de la violence guerrière (jihad) ; projet de conquête mondiale à travers l’unification de la Oumma ; enfin, et c’est là spécificité du totalitarisme islamiste, rejet absolu de la laïcité, de la mixité et haine totale envers la civilisation occidentale. Pour rappel, cette organisation s'est distinguée dès sa création, en Egypte, par ses appels à la violence, les premiers Frères lançant des attaques contre des cinémas, incendiant des hôtels et restaurants et attaquant au couteau ou au rasoir des femmes dont la tenue vestimentaire était jugée « incorrecte ». Il est important de garder présent à l’esprit que cette organisation est officiellement reconnue partout en Europe et aux Etats-Unis, où elle contrôle la majorité des mosquées avec le pôle wahhabite et où elle est depuis des décennies l'un des interlocuteurs légitimes des pouvoirs publics.

Conclusion: la pénétration des Frères en Europe

L'Ikhwan est représentée dans chaque pays européen et au niveau continental à travers de grandes organisations : Union des Organisations Islamiques de France (UOIF), devenue en 2017 « Musulmans de France » ; Union des Communautés et Organisations Islamiques d’Italie (UCOII), Union des Organisations islamiques d’Europe (UOIE), etc. En 1996, l’UOIE a mis sur pied, avec le soutien du Qatar, l'European Trust, une institution financière vouée à amasser des fonds pour financer ses différentes activités, dont l’imposant Institut européen des sciences humaines de Saint Léger du Fourgeret et l’Association des écoles musulmanes en Europe et son magazine de luxe Al Europiya. Dans son ouvrage Pourquoi j’ai quitté les Frères musulmans, Mohamed Louizi, ancien membre de la confrérie, qui fut employé du Lycée frériste Averroès, écrit que: « Les Frères musulmans s'emploient depuis le début des années 1980, sur le vieux contient à acquérir divers «territoires» privés pour inscrire, dans la durée, leur récit islamiste comme élément du récit national de chaque pays de l'Europe. Cette opération s'appelle le «Tawtine». Elle est exécutée par la construction de mosquées-cathédrales, d'acquisitions immobilières diverses et variées, de construction d'établissements scolaires privés, etc ». Il relate que l’un des objectifs non-avoué de cet établissement est de : « former et préparer une élite, choisie parmi les enfants de la communauté musulmane, pour qu’elle puisse occuper des postes sensibles au sein de la société française comme : l’ordre des avocats, l’enseignement supérieur, la médecine, les médias (…).  En vue des prochaines élections présidentielles, parlementaires et municipales, il va falloir sélectionner et préparer une élite qui s’occupera de l’action politique. Il faudrait intégrer les partis politiques pour les influencer de l’intérieur » ! Dans ce lycée comme dans d'autres structures des Frères-musulmans dans le monde, les jeunes initiés de la Confrérie apprennent ainsi le chant-slogan de la Confrérie, qui désigne clairement l'objectif de l'Etat parallèle et de la contre-société édifiée peu à peu par l'organisation: « Allah est notre ultime but. Le Messager est notre exemple et guide. Le Coran est notre constitution. Le jihad est notre voie. Mourir dans le sentier d’Allah est notre plus grand espoir ».

[1] Emmanuel Razavi, Alexandre del Valle, Le Projet, Paris, Le Toucan, 2019.

[2] La stratégie de l'intimidation, Le Toucan, 2018, et Le Projet, avec Emmanuel Razavi, Le Toucan, 2019.

[3] Taymiyya, « Siy’asa Shar’iyya », Laoust 1939.

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