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La Tunisie des Frères musulmans et de leurs disciples jihadistes …. Interview de Philippe de Veulle

Rached Ghannouchi, chef du parti islamiste tunisien "Ennahdha", quitte son domicile pour se rendre dans les bureaux du procureur antiterroriste tunisien à Tunis, la capitale, le 20 septembre 2022. Le chef du parti d'opposition tunisien d'inspiration islamiste Ennahdha devrait être interrogé par une unité antiterroriste, a déclaré son avocat, après qu'un autre haut responsable du parti eut subi des heures d'interrogatoire. Ennahdha dément catégoriquement les allégations selon lesquelles son chef, Rached Ghannouchi, et l'ancien Premier ministre tunisien Ali Laarayedh auraient été impliqués dans l'envoi de militants djihadistes en Syrie et en Irak. Photo : FETHI BELAID / AFP.



Maître Philippe de Veulle est un avocat chevronné en matière d’affaires d’attentats jihadistes pour avoir défendu des victimes de l’attentat du Bardo (18 mars 2015), de l’attentat du Bataclan (11 novembre 2015) et de l’attentat de Nice (14 juillet 2016). Il a suivi de longues formations sur les questions de sécurité et de défense en ayant été auditeur à l’INHESJ en 2008, et auditeur de la 66e session nationale de l’IHEDN, en 2014. Intervenant à l’école de guerre de 2015 à 2016 et défenseur de 5 victimes françaises dans l’affaire de l’attentat du Bardo, il est seul à dénoncer les accointances du juge d’instruction Béchir Akrémi, avec le parti islamiste Ennhadha et la nébuleuse islamo-terroriste. Par ses prises de positions fondées par des faisceaux de preuves, il est toujours sous le coup de menace de Daesh depuis le printemps 2016. Par sa constance de défenseur des victimes de terrorisme, il est reconnu par des médias et des politiques du monde arabe - ainsi que par la Russie - comme l’un des meilleurs analystes des mouvances islamistes en Tunisie. Nul mieux qualifié que lui ne pouvait s’exprimer sur le récent attentat à la synagogue de la Ghriba sur l’île de Djerba.


La Tunisie a connu le 10 mai dernier un nouvel attentat terroriste islamiste.


L’attaque a eu lieu alors que des centaines de fidèles achevaient le pèlerinage juif annuel dans la synagogue de la Ghriba, la plus ancienne d’Afrique. Le gendarme auteur des tirs a d’abord tué l’un de ses collègues par balle avant de s’emparer de ses munitions. Il s’est ensuite rendu aux abords de la synagogue où il a ouvert le feu avant d’être abattu. Le parquet national antiterroriste (Pnat) a ouvert, mercredi 10 mai, à Paris une enquête sur la mort d’un Franco-tunisien de 41 ans dans un attentat qui a fait cinq morts : trois gendarmes et deux fidèles, un Israélo-Tunisien et le Franco-Tunisien, tués devant la synagogue par les tirs de l’assaillant.

Ceci n’est pas une première où l’on trouve des islamistes terroristes infiltrés dans les institutions et notamment dans la gendarmerie ou la garde nationale. Cela nous renvoie à l’attentat terroriste islamiste du Bardo du 18 mars 2015 à Tunis, où deux terroristes avaient abattu 22 touristes provenant de 12 différents pays (Allemagne, Pologne, Belgique, Italie, Espagne, Portugal, Grande-Bretagne, France, Russie, Colombie et Japon, en incluant des ressortissants tunisiens).

Y a-t-il un parallélisme entre ce dernier attentat et celui du Bardo en matière d’infiltration des jihadistes et des islamistes dans l’appareil sécuritaire et l’armée ?


Bien sûr ! dans le cas du Bardo, je n’ai cessé depuis 2015 de dénoncer l’infiltration des islamistes d’Ennahdha dans l’appareil judiciaire et leur complicité et laxisme envers les jihadistes, donc leur double jeu. De même, ce dernier attentat de la Ghriba, au cours duquel, pour la seconde fois depuis 2002, un symbole spirituel et un lieu très forts de la communauté juive puis des juifs tunisiens ont été frappé au cœur, a révélé que les forces de la gendarmerie tunisienne elles-mêmes ont été infiltrées depuis des années par des jihadistes à tel point que certains, comme l’auteur de cet horrible attentat, ont réussi à déjouer les vigilances pourtant fortes des autorités depuis la chute du pouvoir frériste d’Ennahdha et leur mise hors-la-loi… Je précise que jusque cet attentat, notamment au moment de celui du Bardo, il n’y avait pas d’infiltrés à proprement parler, mais seulement des complices qui ont été alors arrêtés par la brigade de police antiterroriste.

Quand est-ce que les signes d’infiltration se sont fait sentir ?


Les signes d’infiltration, se sont fait sentir au moment où la justice tunisienne a été saisie de l’enquête du Bardo, sachant que le juge d’alors, Béchir Akrémi, complice de facto des islamistes-jihadistes, lui-même proche du pouvoir frériste, a retiré l’affaire des enquêteurs de la police antiterroriste pour la soumettre à la garde nationale (probablement infiltrée par les Frères musulmans), pour ensuite libérer les complices terroristes au motif de « tortures » qui n’ont en fait jamais été établies… En effet, après l’attentat du Bardo, les premiers enquêteurs ont été remplacés par la garde nationale à la demande du juge d’instruction de l’époque, Béchir Akrémi, qui refusa l’accès aux services d’enquête français dépêchés par le PNAT (Parquet National Anti-Terroriste) de venir enquêter sur place... Je rappelle qu’au Bardo, il y avait eu 4 morts et 6 blessés graves parmi les 22 personnes décédées et plus de 60 blessés. Depuis un long chemin de rebondissements, de dénonciations, d’enquêtes faussées a abouti à un procès bâclé et tronqué en juin 2021. Au tout début de l’enquête, le juge d’instruction Béchir Akrémi avait fait libérer 6 présumés complices terroristes au motif de torture pour obtenir des aveux de la part des premiers enquêteurs. Ces tortures n’ont jamais été établies et des vidéos prouvent que l’un des mis en cause (Gebli) était plutôt bien traité par les enquêteurs durant ces déclarations (vidéos diffusées sur Atlantico en août 2017). En tant qu’avocat de 5 victimes françaises de l’attentat terroriste du Bardo, je n’ai eu de cesse de dénoncer les liens du juge avec la mouvance terroriste islamiste et avec le parti islamiste Ennahdha.

Quelle a été votre réaction après l’arrestation du chef historique des Frères musulmans tunisiens Ghachid Ghannouchi, que certains politiques occidentaux ont d’ailleurs défendus comme un gentil démocrate?…


J’ai totalement soutenu le président tunisien dans cette affaire, car Ghannouchi souffle depuis des décennies les braises sur le feu en ayant menacé la Tunisie d’une guerre civile, si le président Kaïs Saïed s’en prenait aux dirigeants d’Ennahdha… Cet attentat contre la mosquée de la Ghriba serait-il une conséquence à un tel appel? L’enquête pourra éventuellement nous le révéler.

En tant qu’avocat des victimes françaises de l’attentat du Bardo, avez-vous été reçu depuis par l’Élysée ?


Le 26 septembre 2016, j’ai été reçu à l’Élysée avec 3 de mes victimes par le président François Hollande, qui a pris en compte nos doléances concernant les turpitudes du juge, mais n’aura au final pas agi auprès de l’état tunisien pour demander des explications. Depuis le début de l’enquête, la justice française, saisie par l’intermédiaire de la PNAT, menait une enquête miroir, qui était dirigée par un juge d’instruction français, Isabelle Cousy. À plusieurs reprises, je l’ai informé des faisceaux de preuves compromettants son homologue tunisien. Elle répliquait qu’elle l’avait rencontré à Tunis avec à l’époque le procureur de Paris, François Molins, et qu’elle lui témoignait toute sa confiance. Pire encore, toutes les victimes avec leurs conseils ont été convoquées en juin 2017 pour dire qu’il « ne fallait pas toucher » à la Tunisie, dans le cadre de la critique de la justice dans cette enquête. En 2017, l’attitude du président Macron, sera plus que décevante pour les victimes, pour avoir botté en touche une demande d’audience en novembre 2017, invitant les victimes par une réponse de son chef de cabinet de s’adresser à la ministre de la Justice de l’époque Madame Nicole Belloubet. Ce qui était le plus encourageant, c’étaient les plaintes de collectifs tunisiens, relayés par l’association tunisienne Iwatch, qui dénonçaient aussi l’implication de ce juge dans l’obstruction de preuves dans les affaires d’assassinats à caractère terroriste sur deux personnalités politiques tunisiennes progressistes Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi en 2013.


Depuis que le président tunisien semble mener une guerre totale « à l’égyptienne » contre les Frères-musulmans, le juge que vous avez démasqué et chercher à incriminer et faire juger a-t-il finalement été condamné ?


Aujourd’hui cet ancien juge, Béchir Akrémi est derrière les verrous, depuis le 12 février dernier, mis en cause par deux fonctionnaires de police qui avaient été accusés à tort, par ce dernier, d’avoir usé de la torture contre des prisonniers. Depuis le 9 mars, 4 victimes françaises de l’attentat terroriste islamiste du Bardo ont déposé plainte contre Béchir Akrémi pour obstruction de preuves pour la manifestation de la vérité dans le cadre d’une enquête anti-terroriste. Depuis le 20 avril, le chef du parti islamo-conservateur Ennahdha et de l’ancien Parlement, Rached Ghannouchi, 81 ans, principal opposant au président, Kaïs Saïed, en Tunisie, a été placé sous mandat de dépôt. Il avait été interpellé le lundi, après des déclarations dans lesquelles il affirmait que la Tunisie serait menacée d’une « guerre civile »si les partis de gauche ou ceux issus de l’islam politique, comme Ennahdha, étaient éliminés. Cette arrestation hautement politique et symbolique nous ramène à la révolution du jasmin au printemps 2011, qui a précipité la chute du président tunisien Ben Ali. Le parti islamiste Ennahdha a profité de ce changement pour prendre le pouvoir au terme d’élections. Beaucoup de hauts cadres benalistes de l’administration, notamment dans la justice ont été remplacés par des sympathisants islamistes, comme ce fut le cas avec le juge Béchir Akrémi.

A la fois présent sur le front de la lutte contre l’islamisme tunisien et sur celui de la guerre Russie-Occident et Russie-Ukraine, qui participe notamment d’un double choc Occident-Russie et Occident monde multipolaire, et à peine revenu d’un voyage de très haut niveau en Russie, constatez-vous une perte d’influence française et européenne dans ce monde de plus en plus multipolaire ?


Le président de la République tunisienne, Kaïs Saïed, élu depuis 2019, à la suite de son prédécesseur Kaïs Essesbi, a dû prendre des décisions drastiques, en interrompant la vie parlementaire et en présentant une nouvelle constitution octroyant davantage de pouvoir au président. Cela s’est fait dans le but d’engager une vaste politique de « mani pulite » pour assainir la vie politique et démocratique du pays en prenant des décisions courageuses. Le président tunisien prend ses distances avec les instances internationales occidentales, faisant face à une crise économique sévère avec une inflation galopante à plus de 10%. Il a même refusé un plan de sauvetage d, 1,9 milliard de dollars (1,75 milliard d’euros) en discussion depuis plusieurs mois entre la Tunisie et le FMI, alors que l’UE s’inquiète de l’« effondrement » du pays. Situation périlleuse, qui ne peut que favoriser une émigration clandestine massive et incontrôlable tunisienne sur les côtes italiennes. Étrangement, le président tunisien n’est ni soutenu par la France, ni par l’UE, dans sa lutte contre les islamistes. Les médias mainstream européens (article du Monde avec plusieurs cosignataires, ne jouant pas un rôle éminent sur la vie politique tunisienne, comme Eva Joly ou Daniel Cohn-Bendit, contre le président tunisien) le critiquent, alors qu’il serait plutôt opportun pour le soutenir politiquement et économiquement. Cette attitude peu pragmatique et d’impositions de standards politiques occidentaux par l’UE et notamment la France ne restera pas sans conséquences. En effet, la guerre russo-ukrainienne, qui bouleverse la tectonique géopolitique, pousse une grande partie des pays africains et nord africains à soutenir la Russie et la Chine dans ces zones qui étaient sous le contrôle des anciennes puissances coloniales. Un tel mépris de l’Europe pourrait forcer le président tunisien à se tourner vers le bloc consolidé des Brics, et obtenir de nouvelles alliances au détriment de l’influence française et européenne, qui risquent de se confronter à une nouvelle crise migratoire sans précédent…

Votre avis franc sur l’actuel président Tunisien qui a été assez critiqué, voire conspué par l’Occident et notamment la France de Macron et l’Union européenne a-t-il changé depuis ses déclarations assez radicales contre les migrants noirs-africains ?


Pour l’heure, je soutiens toujours le président tunisien dans son combat pour un assainissement de la vie politique nationale, alors que quatre de mes clientes victimes de l’attentat islamiste du Bardo ont déposé une plainte à l’encontre de Monsieur Béchir Akrémi, pour obstruction de preuve et que je reste toujours dans l’attente d’une entrevue avec le président de la République tunisienne par une demande officielle déposée à l’ambassade de Tunisie le 9 mars dernier. Concernant les déclarations controversées du président tunisien, je rappelle aux moralistes français et occidentaux qu’en expulsant et en stoppant la vague de migrants subsahariens, en tant que souverain garant du respect des lois et de l’intégrité territoriale de son pays, il ne fait que son travail de chef d’État pour protéger sa propre population ! Il est au fait de la question migratoire, sachant les conséquences sur l’économie et la sécurité. La France, ainsi que l’Italie et l’UE devraient saisir l’occasion pour trouver des solutions pour contenir les vagues migratoires en provenance de la Tunisie, et collaborer avec lui dans la gestion des flux migratoires au lieu de l’accabler. Nous assistons à une inversion des valeurs, à une absurdité idéologique de l’Union européenne, qui travaille hélas souvent à l’encontre des populations des pays membres, et cela est d’autant plus observable lorsque les leçons de bonne gouvernance sont données par la Tunisie !

Vous pensez donc du bien de ce président malgré les tirs groupés contre lui venus des démocraties occidentales qui lui reprochent de réprimer les Frères-musulmans dans leur représentation partisane démocratique et dans sa gestion « populiste » ou même présentée comme « xénophobe » des flux de migrants subsahariens illégaux ?


Oui, totalement! Je pense le plus grand bien de Kaïs Seïd, que j’ai d’ailleurs soutenu officiellement dans les médias français à plusieurs reprises. Je trouve son action très courageuse, car il est gravement menacé par les islamistes (frères-musulmans) et les jihadistes, et il est malheureusement critiqué et non soutenu par la France et l’UE, qui devraient faire front uni avec lui et son pays face aux menaces communes des migrations illégales et du totalitarisme islamiste, fléaux communs aux peuples européens et aux pays arabo-musulmans, ces derniers étant d’ailleurs parmi les premières victimes en nombre du terrorisme islamiste…

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