[Del Valle] La tyrannie des minorités ou le crépuscule de la démocratie occidentale

Après la décision de Science Po Strasbourg d'écarter le nom de promotion "Samuel Paty" et suite aux polémiques autour des profs "islamophobes" harcelés à Science Po Grenoble ou à Trappes, Alexandre del Valle replace l'islamo-gauchisme dans le contexte général de la déliquescence post-démocratique des Etats occidentaux délégitimés de l'intérieur par des minorités de plus en plus tyranniques.



Après les polémiques autour des professeurs accusés « d’islamophobie » à Trappes et à Science Po Grenoble par des inquisiteurs islamiquement corrects qui ont accrédité — par leur sectarisme — les propos de la ministre Frédérique Vidal sur le « danger de l’islamo-gauchiste qui « gangrène l’université », l’Institut d’études politiques (IEP) de Strasbourg a défrayé la chronique après que le nom de Samuel Paty, l’enseignant décapité le 16 octobre 2020, a été supprimé de la liste des finalistes pour le choix du nom de la promotion 2021.


On se rappelle aussi du « hijab day » organisé à Science Po Paris, par des syndicats d’étudiants « solidaires des filles voilées », ou encore de la nomination d’une militante voilée comme vice-présidente de l’UNEF, Maryam Pougetoux. Mais la logique de ces luttes « intersectionnelles en faveur des minorités opprimées » ne concerne pas que la chasse aux « islamophobes ». Dans plusieurs IEP, les cours de culture générale/histoire ont été remplacés par ceux sur la théorie des genres, et les universités sont de plus en plus perméables aux études indigénistes et aux minorités « racisées ».


Cette tendance à l’hyper sexualisation et à la néo-racialisation des débats fut lancée dans les années 1990 par le défunt ex-patron de Science Po Paris, Richard Descoings, lequel inaugura également pour les concours d’entrée à Science Po la discrimination positive à l’américaine qui mit fin à la méritocratie républicaine. Ces revendications sexo-centrées, communautaristes, « racisées » ou pro-islamistes, participent en fait d’une même logique apparue après la chute du Mur de Berlin: le communisme prosoviétique cher au vieux PCF ouvriériste et patriote de George Marchais a été remplacé par le néo-gauchisme trotskiste internationaliste-libertaire cher à la gauche sociétale repentante. Curieusement, c’est au nom de l’antifascisme que les « études indigénistes » ont réhabilité une vision racialiste du monde, pourtant propre au nazisme. De même, les « gender studies » ressuscitent la guerre des sexes et font passer la majorité hétéro pour réactionnaire et homophobe… On a même vu apparaître un néo-féminisme pro-voile islamique qui somme de faire taire toute dénonciation de la persécution des femmes par la charià ou leur harcèlement par des « minorités de couleur » au nom d’un étrange antiracisme et de la lutte contre « l’islamophobie »…

La Tyrannie des minorités activistes ou la passivité de la majorité culpabilisée

Pour le sociologue Raymond Boudon, la tyrannie des minorités serait l’aboutissement paroxysmique du politiquement correct. Il y a plus d’un siècle, le politologue italien Gaetano Mosca expliquait déjà qu’une « minorité organisée domine une majorité désorganisée ». Mancur Olson, spécialiste des minorités et du pouvoir, a démontré dans son livre, Logique de l’action collective, que « les petits groupes parviennent souvent à vaincre les plus grands qui, dans une démocratie, seraient naturellement voués à gagner ». Cette idée est corroborée par le mathématicien Nassim Nicholas Taleb, lequel explique que, dans un système complexe, « la minorité la plus intransigeante impose ses vues, la majorité étant souvent plus tolérante et plus flexible »… Convaincues de leur supériorité morale, les minorités offensives savent que l’Histoire est faite par ceux qui osent « violer les foules » (Gustave Le bon), par des postures accusatoires et culpabilisantes, donc qui créent de nouvelles légitimités en les imposant aux majorités passives, notamment au terme de stratégies de harcèlement « du faible au fort ».

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De ce fait, certaines « minorités » se sont rendues plus « victimes que d’autres »: homos/LGBT, mais pas hétéros ou asexués; Blancs-Beurs-Muslims, mais pas Asiatiques bouddhistes/hindouistes ou « gaulois »; facteurs « aggravants pour l’homophobie », le « sexisme » ou le « racisme », mais pas pour l’exclusion des vieux, des handicapés, des laids ou des obèses, pourtant les plus discriminés. Le fruit de leurs campagnes de délégitimation de l’Etat régalien occidental judéo-chrétien aboutit à disqualifier l’idée même d’assimilation, présentée comme « raciste ». D’où le remplacement de la notion de « préférence nationale » par celle de « préférence étrangère », phénomène bien décrit par le journaliste du Nouvel Obs Hervé Algalarrondo dans La Gauche et la préférence immigrée.


Plus généralement, toutes les dichotomies logiques : hommes/femmes, délinquants/honnêtes hommes, élèves/maîtres, patrons/employés, minoritaires/majoritaires, citoyens/étrangers, sont annulées et leurs partisans délégitimés comme sexistes, misogynes, homophobes, fascistes-racistes. Et depuis l’offensive des Black Lives Mater à partir des « martyrs » Gorge Floyd et Adama Traoré, le « grand renversement » des rôles (via la réhabilitation des délinquants désassimilés au détriment des majorités honnêtes et patriotes) a encore plus intensifié ce processus tyrannique des minorités. Fortes de leur pouvoir d’intimidation psycho-morale fondé sur la triptyque DCR (Culpabilisation, Diabolisation, Renversement), celles-ci dictent les agendas sociétaux aux dirigeants, aux partis, aux Universités, aux firmes ou aux médias. Si l’on ajoute aux pouvoirs culpabilisateurs des lobbies immigrationnistes, de genre et écolo-radicaux-animalistes, celui des oligarchies européistes – qui ont affaibli les nations – et des juges inamovibles des cours suprêmes, qui peuvent annuler les lois votées par les élus devenus impuissants, on notera que le pouvoir démocratique des peuples, qui n’en a plus que le nom en Occident, échappe totalement à la majorité, en réalité la seule responsable de ce qui lui arrive par sa passivité…

En guise de conclusion

Complices de leur propre éviction, les classes dirigeantes occidentales sidérées par ces minorités offensives ont laissé leur Etat perdre son « monopole de la coercition légitime » (Max Weber) et abdiqué face aux forces de la «post-démocratie» (Mc World, UE, multinationales et forces néo-gauchistes-internationalistes ennemies de l’Etat et de la civilisation judéo-chrétienne) qui ont délégitimé, par la reductio ad hitlerum, les souverainetés nationales des peuples occidentaux pour légitimer moralement leur empire cosmopolitiquement correct.

Certaines de leur supériorité morale, les forces minoritaires hégémoniques ont réussi à faire revenir les Etats-nations d’Occident à l’ère néo-tribale et communautariste pré-étatique par leurs campagnes de gender study qui ont détruit le modèle familial judéo-chrétien; l’immigration clandestine qui démantèle la cohérence nationale et la promotion des sexualités débridées, des drogues, des sous-cultures hédonistes et des violences barbares dans les médias qui servent à angoisser et abrutir, cependant que la victimisation surmédiatisée des délinquants achève de diaboliser les États-nations « blancs », leurs frontières et leurs forces de l’ordre. D’évidence, cette déconstruction des piliers de la civilisation et de l’Etat prépare nos société à l' »horizon Mad Max »: le retour de la guerre de tous contre tous, que redoutait Hobbes. Car les bénéficiaires du vide sont les mafias, les empires prédateurs externes et internes (Mc world; Chine totalitaire, suprémacisme islamiste) qui remplissent le vide et se frottent les mains… Et si l’Europe est la cible favorite de ces forces de déconstruction, c’est parce que sa culpabilisation pathologique la rend éligible au statut de laboratoire mondialiste cher aux multinationales et à leurs idiots-utiles néo-marxistes. Le reste du Monde non-occidental reste quant à lui ultra-identitaire et souverainiste…