[Del Valle] L’abandon des Harkis, péché originel de la Ve République

Soixante ans après la fin de la guerre d’Algérie, Emmanuel Macron a « demandé pardon » aux Harkis au nom de la France et annoncé un projet de loi de « reconnaissance et de réparation ». Une décision saluée par les rapatriés, mais controversée, tant à l’extrême gauche qu’au sein de la droite “zemmourienne” en guerre contre la repentance et les lois mémorielles. Notre chroniqueur Alexandre del Valle revient sur l’ingratitude de la France, tant gaulliste que de gauche, qui a finalement mieux traité ses ennemis déclarés que ses fils adoptifs rapatriés ou “Français par le sang versé”, au patriotisme viscéral.



Le terme harki, issu de l’arabe haraka, ou “bande”, a été donné par les nationalistes algériens aux autochtones musulmans d’Algérie ayant servi comme auxiliaires de l’armée française entre 1954 et 1962. Ceux qui parmi eux ont pu survivre aux massacres (les Harkis et leurs descendants sont plus de 850 000 en France aujourd’hui), sont souvent englobés dans l’expression “rapatriés”, qui inclut souvent les Français colons – minoritaires –, les Européens italo-sicilo-maltais-espagnols-gitans francisés — majoritaires —, et les Juifs sépharades d’Algérie, tous ayant dû fuir vers la France en 1962. Pourquoi ? Parce que bien qu’ayant gagné militairement la guerre, la France de De Gaulle, qui signa les accords d’Évian du 19 mars 1962 (mettant fin à la guerre et reconnaissant l’indépendance de l’Algérie), reconnut le caractère raciste exclusivement arabo-musulman de l’Algérie, ainsi vidée de ses Harkis, de ses Sépharades et de ses Européens. Cette purification ethno-religieuse imposée par le FLN en échange de l’exploitation du pétrole pendant dix ans par la France a toujours été ignoré par la gauche anticoloniale, dont l’antiracisme est à géométrie variable. Les accords d’Évian permirent ainsi à la France gaulliste de livrer désarmés les Harkis aux sanguinaires fellagas… Ceux ayant réussi à s’échapper rencontrèrent en Métropole un accueil d’une ingratitude inouïe : une note du ministre de l’Armée d’alors, Louis Joxe, du 12 mai 1962, ordonnait d’arrêter tous les Harkis arrivés en France et de les renvoyer en Algérie, où ils allaient pourtant être torturés et massacrés par le FLN algérien, puis punissait les militaires français qui les aidaient à fuir leurs bourreaux. En Conseil des ministres, Joxe affirma que les rapatriés allaient « inoculer le fascisme en France », et il suggérait de les expédier « en Argentine ou en Australie »… À la fin de 1962, les Harkis ayant réussi à rester en France furent parqués dans des camps de transit spéciaux organisés dans d’anciennes bases militaires du Larzac, de Bourg-Lastic ou de Rivesaltes. Dans ces ghettos dignes de l’apartheid sud-africain, mais non dénoncés par la gauche, car visant des “nationalistes français”, les enfants harkis ne pouvaient pas fréquenter les écoles locales, ce qui rendit fort difficile leur intégration.


Comment intégrer les enfants d’étrangers si on leur explique que la France a commis des « crimes contre l’Humanité » contre leurs parents ?


Revenons au débat sur le discours de demande de pardon de Macron aux Harkis. Doit-on le dénoncer juste parce que c’est lui, ou parce que cela serait démagogue, à 8 mois de la présidentielle ? Rappelons que sous la présidence de Jacques Chirac, en 2001, la date du 25 septembre fut célébrée comme la “journée de la Reconnaissance Nationale des Harkis”, et qu’après Chirac, lui aussi intéressé par les voix des rapatriés, c’est l’homme de la non-repentance, Nicolas Sarkozy, qui reconnut la responsabilité de la France dans l’abandon des Harkis, le 14 avril 2012, soit un mois avant l’élection présidentielle… Macron n’est pas le premier à reconnaître des “mémoires” ou à faire repentance : Chirac lui-même reconnut la faute de la France dans la déportation des juifs sous Vichy, ce que le socialiste Mitterrand refusa toujours.


Certes, on peut reprocher en revanche au président Macron de ne pas aller au bout de la démarche : quid des milliers de rapatriés disparus, assassinés par le FLN ; des mitraillages de Pieds-noirs (drames de la rue d’Isly et d’Oran) par l’armée française ou par le FLN devant des policiers français passifs, ou des cimetières français, chrétiens et juifs, saccagés en Algérie ? On pourrait aussi demander des comptes au régime algérien sur la question migratoire et sa diffusion de la haine anti-Français au sein des descendants d’immigrés maghrébins. Surtout, on peut reprocher à Emmanuel Macron de mêler confusément repentance xénophile et réparation patriotique, de décerner tantôt une médaille tricolore aux “martyrs” du FLN, ennemis jurés de la France, tantôt de demander pardon et d’offrir des « réparations » aux Harkis. Un président qui parle de « crimes contre l’Humanité » commis par son pays en Algérie, mais qui n’exige pas en retour que les nationalistes algériens demandent pardon pour les massacres de Harkis et de Pieds-noirs, ou même pour les pirateries barbaresques qui, avant la colonisation française de 1830, faisaient de l’Algérie une base de prédateurs-razzieurs qui agressaient systématiquement l’Europe et capturaient des esclaves chrétiens. Peut-on vraiment honorer les moujahidines du FLN au même plan que ceux qu’ils ont massacrés ? Ce relativisme fou pourrait à la limite se comprendre s’il émanait d’un acteur extérieur non-Français, mais pas de la part de dirigeants dont la mission est de servir les intérêts de la France et donc sa mémoire et sa fierté nationale. On nous rétorquera qu’il faut « réconcilier les Français » et que ce relativisme aide à « refaire nation ». Mais comment intégrer les enfants d’étrangers si on leur explique que la France a commis des « crimes contre l’Humanité », contre leurs parents ? Cette propension à diaboliser la France et à chérir la mémoire de ceux qui l’ont combattue va dans le sens de ceux qui prônent la haine anti-Blancs, francophobe, anti-occidentale et antijuifs, tels les lobbies racialistes comme Indigènes de la République, les “Traoristes” ou autre Ligue de défense noire africaine, dont un représentant a insulté récemment les Harkis dans l’émission de Cyril Hanouna.


Le patriotisme des Harkis les a fait bien plus détester qu’aimer par les élites marxistes et mitterrandiennes, qui ont célébré le droit des minorités arabo-musulmanes à leur identité en France


Hélas, dans notre pays en proie aux forces ressentimentales identitaires anti-gauloises et anti-judéo-chrétiennes, phénomène préparé depuis 1980 par des décennies d’antiracisme à sens unique, le terme de Harkis n’est plus seulement une insulte dans nos banlieues, mais un terme qui met en danger physique les enfants de l’immigration arabo-musulmane ou même les Français des DOM-TOM de couleur, attachés à la France, à l’instar de Christine Kelly, accusée par la LDNA de “trahir” les Noirs en défendant Zemmour, ou de la journaliste Claire Koç, menacée de mort par sa communauté turque d’origine pour avoir pris un prénom français… Ce phénomène n’est pas venu que de l’ex-président algérien Bouteflika qui traitait les Harkis de « collabos », mais aussi de l’intelligentsia gauchiste. On se souvient de l’ex-maire PS de Montpellier, Georges Frêche, qui a traité les Harkis de « sous-hommes », ou du socialiste Gaston Defferre qui déclara à propos des Pieds-noirs qu’« ils aillent se faire pendre », sans oublier l’extrême gauche multiculturaliste pro-FLN qui a soutenu le projet nationaliste algérien FLN, qui excluait totalement le multiethnisme : la “guerre de libération” du FLN fut en fait une “guerre de purification” contre les colons français, leurs “collaborateurs” harkis, les autochtones juifs et le prolétariat européen italo-malto-espagnol et gitan. En toute logique totalitaire et subversive, la gauche et l’extrême gauche ont toujours bien mieux traité les immigrés algériens pro-FLN francophobes que les Harkis ou aujourd’hui les Indigènes haineux que les fils d’immigrés patriotes, asiatiques boat-people ou chrétiens d’Orient, qui ont fui le communisme ou l’islamisme : aucun lobby antiraciste ne défend leur cause, même lorsqu’ils sont agressés (Harkis, Arméniens, Juifs, Slaves, Asiatiques, etc.) par des bandes de jeunes d’origine arabo-africaine ou turque dans leurs “quartiers”. Le patriotisme de ces Harkis d’hier et d’aujourd’hui, les a fait bien plus détester qu’aimer par les élites marxistes et mitterrandiennes, celles-là mêmes qui ont célébré le droit des minorités arabo-musulmanes à leur identité en France, mais diabolisant les Français qui défendent la leur en les soumettant en permanence à la “reductio ad hitlerum” et à l’accusation de “xénophobie-racisme-islamophobie”. Harkis, Pieds-noirs et Français fils d’immigrés choisissant de s’assimiler en font les frais chaque jour. À la fin du compte, c’est la France et ses élites “progressistes” méprisées comme idiots utiles par les islamistes et les indigénistes, qui en paieront la note finale par le chaos de la libanisation, lui-même lit de la guerre civile…