Interview d'Alexandre del Valle* à Israël Magazine

January 1, 2002

 

Interview d'Alexandre del Valle* à Israël Magazine, récemment attaqué à la fois par les milieux d'extrême-gauche et d'extrême-droite et à qui nous avons décidé de donner la parole dans la mesure où on lui reproche sa « sionistophilie » et sa dénonciation implacable de l'islamisme qu'il considère être le principal danger totalitaire, le nouveau « fascisme vert » du XXIème siècle menaçant autant les Etats-Unis et l'Europe que le petit Etat d'Israël que d'aucuns envisagent déjà de lâcher » pour calmer les Barbares d'Allah...

 

Robert Rehov : Alexandre del Valle, vous êtes régulièrement attaqué de manière particulièrement violente, notamment dans les sites internet du GUD (syndicat d'extrême-droite pro-palestinien et pro-islamiste sévissant à ASSAS) et dans de récentes livraisons de Faits et Documents, lettre d'information dirigée par l'un des chefs de file de l'extrême-droite antisémite française, M. Emmanuel Ratier. Dans le même temps, l'extrême-gauche trotskyste vous tient pour un « islamophobe » anti-arabe secrètement d'extrême-droite (Club de l'Horloge) faisant la connexion avec l'extrême-droite sioniste. Que répondez-vous à ces attaques ?

A.d.V : Tout d'abord, je tiens à préciser que je n'ai jamais pris position concernant la vie politique israélienne interne et que j'analyse entre autres le dossier israélo-palestinien d'un point de vue neutre, et en fonction d'une méthode d'analyse géopolitique de type scientifique. Dans mes différentes études sur l'extrémisme islamiste et le monde islamique, ainsi que sur mes écrits relatifs à l'échiquier géostratégique mondial de l'après Guerre froide, je fais certes allusion à Israël et à l'islamisme palestinien, dans la mesure où l'Islamisme international, qui constitue mon sujet d'étude de prédilection, instrumentalise, fort efficacement d'ailleurs, le conflit israélo-palestinien dans le cadre d'une vaste stratégie de légitimation et de mobilisation. Il n'y a là aucune haine islamophobe, aucune rancune anti-arabe ou anti-immigrée. Un simple diagnostic, certes apocalyptique, effrayant. Mais ce n'est pas le pompier qu'il faut accuser d'avoir créé les flammes. Pour ce qui est des Arabes, j'ai grandi parmi eux dans des cités où nous, les Pieds-noirs italiens de Tunisie, sommes arrivés à peu près en même temps qu'eux. Je n'avais pratiquement que des amis arabes durant toute mon enfance. Au Liban, j'ai appris leur langue, et j'ai appris à apprécier la civilisation arabe, ses musiques, etc. D'ailleurs, à Tunis, les Italiens vivaient en parfaite harmonie avec eux. Quant à l'Islam, j'entretiens les meilleures relations du monde avec le Grand Mufti de Marseille, Souheib Bencheikh, ou encore celui de Rome, le cheikh Abdoul Palazzi, sans oublier Rachid Kaci, président de l'association d'intégration Démocratie. J'ai même fait des conférences avec Michel Renard, Français converti à l'Islam qui anime avec Leila Babès la revue Islam de France. Je salue les efforts de tous ces Musulmans démocrates et tolérants et celui de la majorité des Musulmans de France et du monde, dont on oublie qu'ils sont, à commencer par les femmes, les premières victimes de la barbarie islamiste. Quant à l'islamisme et au fondamentalisme en général, je reconnais que j'y suis allergique, car je déteste l'intolérance, d'où qu'elle vienne. Je constate seulement que, depuis le Concile Vatican II, la seule des trois religions monothéistes qui pose problème, c'est l'Islam, qui n'a connut ni conciles, ni réformes depuis le IXème siècle, et dont l'orthodoxie constitue la meilleure source de légitimité et d'action pour les adeptes de la violence islamiste. Partout dans le monde, ce sont les islamistes qui instrumentalisent le plus terriblement la religion pour justifier la destruction de l'Autre pour la seule raison qu'il refuse de se soumettre à la « Vraie foi ».

Dans le cadre du conflit israélo-palestinien, cette instrumentalisation repose sur le statut particulier de Jérusalem dans l'imaginaire identitaire arabo-musulman et sur le thème hautement symbolique d'Al Qods, référence symbolico-religieuse d'une portée considérable non seulement au sein de l'univers mental du nationalisme arabe et palestinien, mais également dans ce que nous appelons en géopolitique les « représentations » historico-religieuses du monde islamique, où Saladin, les Croisés, la première Qibla, Saddam Hussein puis les thèmes du Hamas, du Hezbollah, du Jihad islamique et de Bin Laden relatifs à la guerre sainte contre les « Judéo-croisés » s'entremêlent chaque jour de façon plus explosive, de sorte que l'on constate, depuis la guerre du Golfe, l'apparition d'une nouvelle idéologie totalitaire que j'ai nommée la « synthèse national-islamiste ». Une forme nouvelle de « totalitarisme vert » qui puise dans la doctrine de l'Islam orthodoxe, qui s'inspire de la tradition terroriste palestinienne (ou pro-palestinienne : Brigades rouges, Action directe, Armée rouge japonaise, etc), et qui légitime la haine et le rejet total de l'Autre par l'antisionisme, l'anticolonialisme, le panarabisme et l'anti-impérialisme. De cette manière, et en vertu d'une idéologie bouc-émissariste non sans liens avec les textes pré-nazis comme les Protocoles des Sages de Sion, fort lus et cités dans le monde musulman, tous comme les écrits révisionnistes, tous les maux du monde arabo-musulman sont supposés être imputables à l'Occident, aux Juifs et aux Chrétiens, voire aux Athées, aux Païens et à leurs agents « apostats ». Bref, lorsqu'il pleut, lorsque les problèmes économiques augmentent, lorsqu'une jeune égyptienne attrape le Sida, lorsqu'un intellectuel musulman comme Abou Zaïd appelle à une réforme de l'islam, il s'agit forcément du MOSSAD et du « complot judéo-maçonnico-croisé » ou « américano-sioniste »... Cette idéologie de haine totale a de surcroît toujours eu des liens avec toutes les mouvances anti-occidentales, « antisionistes », anti-juives, et « anti-impérialistes », d'où ce que j'ai également nommé, avec Jacques Tarnero, la connexion paradoxale Rouge-Brun-Vert, qu'illustre parfaitement bien le cas du néo-musulman ex-marxiste-révisionniste Roger (Raja) Garaudy, si l'on se réfère à ses partisans les plus acharnés communistes et nazillons, à ses succès éditoriaux dans le monde islamique, ou encore à ceux qui le défendent en France (Jacques Vergès, la Vielle Taupe, l'extrême-droite néo-païenne, le GUD, Faurisson, etc). Tout cela vous permet de comprendre à la fois pourquoi les « sionistes » et ceux qui luttent contre la nouvelle judéophobie islamique s'intéressent à mes travaux et pour quelles raisons les milieux idéologiques radicalement antisionistes et/ou judéophobes d'extrême-gauche et d'extrême-droite me vouent en revanche une haine implacable à la hauteur de leur haine antisioniste et anti-occidentale.

 

P. R : Justement, vous anticipez sur ma question suivante : vous êtes accusés d'être un « écrivain sioniste » par le géopoliticien Aymeric Chauprade (lié à l'Action Française et éditeur de l'écrivain pro-arabe antisioniste Charles Saint Prot chez Ellipse) sur les ondes de Radio Courtoisie dans les émissions de Pierre Navarre, lequel a empreinté son nom à un révisionniste des années 50... ; Vous êtes un « sionistophile-Kapo (entendu comme collaborateur des Juifs) d'après Christian Bouchet, chef de file de l'extrême droite néo-nazie-révisionniste et sataniste (également leader officieux de Nouvelle Résistance et du GUD). Vous êtes un « collaborateur du journal d'extrême-droite sioniste » Le Lien-Israël-Diaspora » de M. Paul Ginevsky, selon M. Bouchet et M. Ratier, ou encore un « conférencier régulier du centre communautaire juif » de Paris selon le même Emmanuel Ratier, lequel prétend avoir trouvé votre vraie identité sous le nom de Marc-Alexandre Dana, et qui vous accuse de faire des conférences pour la société des amis de Tsahal (ABSI) et pour le Bni'Brith. Mais au même moment, le militant d'extrême-gauche converti au judaïsme, Jean Yves Camus, rédacteur en cher de Ras'Lfront, vous accuse d'avoir participé à des colloques organisés par des cercles intellectuels d'extrême-droite néo-païens, tels Synergie européenne et même de parler à Radio Courtoisie, où sévissent des propos antisémites et antisionistes. Que répondez-vous à ceux qui lisent vos textes dans les revues de Synergies européennes de Robert Steuckers ou autres sites de droite, ce qui semble être confirmé par Emmanuel Ratier dans son numéro de Faits et Documents de décembre 2001 ?

A. d. V : Premièrement, concernant ma présence à des colloques organisés par « la Nouvelle droite néo-païenne », je confirme en effet avoir été présent à des colloques de cette mouvance, ce qui m'a d'ailleurs permis d'étudier sur le terrain les liaisons paradoxales unissant les milieux islamistes arabo-palestiniens à certains milieux de la Nouvelle droite néo-païenne. Cela ne fait pas pour autant de moi un adepte de l'idéologie Nouvelle droite que j'exècre ! Pas plus que je ne deviens communiste lorsque j'ai participé pendant la Guerre du Kosovo à des réunies pro-serbes organisées par des intellectuels communistes ! Concernant Synergies Européennes, je crois savoir que la Revue de Géopolitique Vouloir qui est éditée par cette mouvance n'a plus aucun lien avec la Nouvelle droite et s'occupe essentiellement de problèmes stratégiques, militaires et géopolitiques, d'où le fait qu'ils s'intéressent à mes travaux et publient mes textes. N'est-ce pas leur droit ? Je pense que s'il faut combattre impitoyablement les idéologies, totalitaires et racistes, il convient également d'être pédagogue et de dialoguer le plus possible avec les hommes, avec des limites, certes. Pour ma part, je fixe les limites du dialogue là où commence l'intolérance et la haine de l'Autre. C'est dans cette double optique de combat contre l'antisémitisme d'extrême-droite et de dialogue au nom de la liberté d'expression, que je suis d'ailleurs allé à plusieurs reprises m'exprimer sur les ondes de Radio Courtoisie, comme d'ailleurs M. Plenel du journal Le Monde, M. Pierre André Taguieff, Lucien Israël ou même William Goldnadel, président de France Israël et d'Avocats Sans Frontières, afin d'expliquer aux auditeurs que le thème du « complot juif », « judéo-maçon » ou « américano-sioniste » est un mythe ridiculissime facile à défaire avec des arguments et des faits. Cela m'a d'ailleurs valu moult messages infamants de la part d'antisémites, mais également maints remerciements de la part de consciences humanistes et droites qui m'ont dit que ma posture de confrontation-dialogue critique est plus à même de combattre l'antisémitisme et l'intolérance que les méthodes pseudo-antiracistes stalino-trotskystes.

Pour revenir au GRECE, j'ai constaté sur place l'antisionisme radical, le pro-arabisme et le pro-islamisme virulents - d'origine anti-chrétienne et anti-juive - de ses leaders et intervenants, à commencer par Alain de Benoist et surtout deux de ses jeunes disciples, Arnaud Guillot-Jeannin, adepte du converti à l'Islam René Guénon et du penseur italien fasciste pro-nazi Julius Evola, et l'ancien rédacteur en chef de la revue du GRECE Eléments Charles Champetier, adeptes de la doctrine « Europe-Tiersmonde-monde arabe, même combat contre l'Amérique». Sur ce point, n'en déplaise à l'ancien chef de file de l'extrême-gauche « antiraciste » Jean Yves Camus, qui semble avoir perdu son gagne pain à la suite de la décomposition du FN, et qui me qualifia « d'intellectuel de la mouvance d'extrême-droite néo-païenne » dans son livre-documents « Extrémisme en Europe », je n'ai jamais témoigné d'aucune forme d'ambiguïté, puisque j'ai toujours été vilipendé par toutes, je dis bien toutes les revues et organes d'expression du GRECE et de la Nouvelle Droite néo-païenne qui me tiennent pour un « sioniste invétéré », un « islamophobe-souverainiste » (revues Eléments, Krisis, Cartouche du GRECE), un « souverainiste réactionnaire », ou même un agent du MOSSAD (sites de Nouvelle Résistance et d'Unité radicale ou GUD), et un relais des « éditoriaux anti-islamistes de Jean Daniel » (site internet national-bolchévique.com). On m'accuse d'être d'extrême-droite ou de droite souverainiste, dites-vous. Certes, dans le cadre de mon éveil politique et intellectuel, j'ai débuté dans les milieux conservateurs chrétiens de droite qui militaient pour la défense des Chrétiens du Liban alors menacés par les Islamistes et les Palestiniens. Je ne renie point ce combat qui est toujours le mien. Par contre, je n'ai rien à voir ni avec la nouvelle droite néo-païenne néo-nazie que j'ai toujours combattue ni avec l'idéologie antisémite, fut-elle maurrassienne ou catholique, dans la mesure où, pour des raisons personnelles, ethiques et familiales, ce genre d'idéologies fondées sur la haine raciale et religieuse m'est totalement étranger et m'inspire le dégoût. Si j'assume avoir été proche de la droite conservatrice et souverainiste, bien que je sois totalement indépendant de tout parti politique, même si Jean Pierre Chevènement, et Alain Madelin ne me déplaisent point, pour des raisons plus complémentaires que contradictoires, je refuse catégoriquement toute assimilation avec l'extrême-droite et la dite Nouvelle droite que je considère infamante et insultante. Mieux, dans mes deux livres, dont le premier écrit en 1997 (Islamisme-Etats-Unis), je dénonce sans aucune ambiguïté la connexion antisioniste islamiste-nazis-extrêmes-droites néo-païennes des principaux représentants de cette mouvance. Je cite notamment Alain de Benoist et ses revues précitées, ainsi que les fanzines « nazis-ésotéristes » guénoniens et évoliens : Centurio, Totalité, sans oublier la nouvelle droite révisionniste du Nord de l'Italie :Orion, dont je fus avec Xavier Raufer l'un des premiers en Europe à révéler les liens étroits tissés avec les représentants de l'islamisme révolutionnaire, puis les éditions Barbarossa de ce même groupe néo-nazi qui éditait la revue des Frères musulmans locaux, Il Musulmano !. Dans mes deux livres et dans les prochains, je cite le cas emblématique du converti italien Claudio Mutti, alias Omar Amine, ancien leader intellectuel de l'extrême-droite guénonienne et évolienne converti à l'islam sunnite et admirateur de Khaddafi (Terza posizione), Khomeyni et de la Garde de Fer pro-nazie roumaine pendant la seconde guerre mondiale. Aujourd'hui, cet ancien professeur de latin et de grec, interlocuteur obligé de la Nouvelle droite, traduit des Coran et fait la navette entre l'Iran, la Libye, et les milieux islamistes radicaux liés à Ben Laden à travers la mouvance islamiste Al Morabiton dont je parle aussi dans Guerre Contre l'Europe. J'ai également dénoncé les contacts de la Nouvelle Droite en Russie que constituent les « nationaux-bolchéviques » Alexandre Douguine et l'Islamiste Djémal Gueïdar, unis dans un même anti-occidentalisme et antisémitisme pathologiques.

Concernant le GRECE et la Nouvelle Droite d'Alain de Benoist, si proche de personnalités de « gauche » comme Bruno Etienne, donc se présentant comme « progressiste », Pierre André Taguieff est à ma connaissance le seul intellectuel français qui a su réellement dévoiler les stratagèmes de cette école qui prétend même être devenue « antiraciste » depuis la rupture d'Alain de Benoist avec Jean marie Lepen au début des années 80, ce qui permet au GRECE d'obtenir des subventions du Ministère de la Culture et d'accueillir dans leurs colonnes des intellectuels de Gauche comme Burgat ou Etienne, tout en continuant à perpétuer des rites initiatiques ésotériques directement hérités du nazisme et à célébrer de véritables cultes au Troisième Reich dans les locaux de l'organisation près d'Aix-en-Provence à la Domus Europa (solstices germaniques). Ainsi que l'a bien montré Louis Pauwells dans son ouvrage Le matin des Magiciens, consacré entre autres au origines ésotériques et néo-païennes du nazisme, les liens historiques de ces milieux avec les ordres proto-nazis ésotériques allemands et est-européens (Groupe de Malmö, néo-Ordre Noir, Golden Dawn, Ordo Templis Orientis, etc) sont connus. Sans parler des connexions encore plus scabreuses avec la mouvance « nazi-gay » allemande et française (Marc Frédériksen, Gay France de Michel Caignet, ex-FANE, etc), d'ailleurs défavorablement connue des services de police en raisons de nombreuses affaires de pédophilie. Soulignons seulement que ceux qui m'attaquent parmi cette mouvance : le chef du GUD et d'Unité Radicale Christian Bouchet, Emmanuel Ratier, de Faits et Documents, Alain de Benoist et Arnaud Guillot-Jeannin du GRECE, sont tous liés entre eux et ont entretenus des contacts étroits avec ces mouvances satanistes (groupes satanistes-néo-païens d'Aleister Crowley et de l'Ordo Templis Orientis dont Bouchet est le chef de file secret et le grand adepte des « rites initiatiques sodomites »...), pro-nazies, révisionnistes et/ou nazi-pédophiles (FANE ; GayFrance), d'une certaine extrême-droite que seul l'abject semble pouvoir définir et synthétiser. Mieux, celui qui, dans l'extrême-gauche, diffuse les mêmes rumeurs infamantes à mon égard, est également un ami d'Alain de Benoist : Jean Yves Camus...

Enfin, ceux que me reprochent de publier des textes dans les revues ou sites proches de Synergies européennes ou autres sites internet de la nouvelle droite, devraient s'informer un peu mieux : premièrement, je ne peux pas interdire qui que ce soit de diffuser mes thèses et faire de la publicité pour mes livres, qui ont fortement déplu au GRECE mais en revanche été appréciés cette mouvance géopolitique dissidente du GRECE, apparemment non islamophile et non antisioniste, à la différence du GRECE d'Alain de Benoist. Des textes écrits par moi dans les revues Stratégique et Géostratégiques entre 1998 et 2001 ont bel et bien diffusés sur les organes écrits ou internet de Synergies européennes et d'autres mouvances (sites juifs, chrétiens, libertariens, de droite et de gauche, etc). Synergies européennes a oublié, certes, de signaler les sources, ce que j'ai bien sûr réclamé immédiatement. Y a t-il quelque chose de mal là dedans ? 250 occurrences relatent mes écrits sur Internet. On ne peux pas tout contrôler sur le Net, pas même ses propres textes, puisque je viens d'apprendre par Jean Yves Camus qu'un autre site Internet, World Report, diffuses des retranscriptions de conférences prononcées il y a plusieurs années où mes propos sont partiellement travestis.

P. R : Mais alors, pourquoi tout cela n'a t-il pas été dit plus tôt ou précisé par Jean Yves Camus ou d'autres observateurs pourtant informés ?

A.d.V : Mais cela a été dit notamment par Pierre André Taguieff qui a pris ma défense et me cite dans son dernier livre sur la Nouvelle judéophobie, ainsi que par le Bni'Brith, organisation qui mène depuis des années une lutte sans merci contre l'extrême-droite et l'antisémitisme, sans oublier de nombreux sites internet juifs qui savent qui sont les vrais antifascistes et les vrais anti-racistes et qui diffusent toutes mes tribunes. Inversement, je ne suis aucunement surpris que des Gauchistes comme Jean Yves Camus ou autres qui écrivent dans des revues outrancièrement tiresmondistes, pro-palestiniennes ou ultra-immigrationnistes, m'attaquent, dans la mesure où, depuis la Shoah, c'est autant au nom de l'idéologie d'extrême-gauche pro-palestinienne et antisioniste - que défendent encore aujourd'hui Rasl'Front, les Trotskystes, le PC ou le Scalp - que les organisations terroristes genre Action Directe, Armée Rouge ou Carlos ont fait coulé du sang juif après être allés s'entraîner auprès des maîtres-terroristes de l'OLP, du Fatah, du FDLP ou FPLP dans les camps palestiniens du Liban (Tel Al Zaatar, Beyrouth, etc) ou ceux du Hezbollah au Sud Liban ou dans la Bekaa. L'ex-gauchiste néo-gauche caviar allemande Jorka Fischer est l'un des témoins historiques de ce flirt Rouge Vert, un flirt antisioniste d'autant plus douteux que nos bonnes consciences « anti-fascistes » de gauche et d'extrême-gauche, adeptes des pro-khomeinistes Foucault ou Sartre, ne voyaient à l'époque rien de mal à écouter les délires antisémites d'Action Directe ou même à s'entraîner dans les mêmes camps terroristes pro-palestiniens que les néo-nazis allemands du Groupe Hoffman...

La sinistre et cynique réalité est que le gauchisme n'aime le Juif que lorsque celui-ci est errant et persécuté, donc dont la douleur est instrumentalisable à merci pour discréditer l'idée d'Etat, de Nation, d'ordre tant honnie par le marxisme et hélas si terriblement souillée par le nazisme. En revanche, le Juif cesse d'intéresser et devient même antipathique dès lors qu'il accède à nouveau à une dimension stato-nationale à travers le sionisme et dès lors qu'il porte lui aussi un uniforme, défend un ordre, des frontières, et une civilisation, résolument occidentale, à laquelle ils prétendent appartenir jusqu'en Israël, autant de notions et de valeurs que le marxisme, le trotskysme et l'idéologie soixante-huitarde du CRS SS détestent. D'où l'apparent paradoxe - qui en fait n'en est pas un - selon lequel le « facho », le « raciste », d'après les marxistes et les tiersmondistes, ce n'est pas le « nazi vert », islamiste, qui vitriole des filles en minijupe à Alger ou achève à la mitraillette à Louxor, Jérusalem, Islamabad ou Hebron et enseigne la haine du Juif en faisant la synthèse du Coran de Main Kampf et des Protocoles des Sages de Sion, mais ceux-là mêmes qui luttent contre ce qu'Alain Finkielkraut a nommé, dans sa Défaite de la Pensée, le nouveau racisme du tiersmonde revanchard. Bref, est accusé de racisme et de fascisme celui qui est l'exact opposé du nouveau raciste-fasciste, en l'occurrence vert, celui qui combat le Totalitarisme islamiste, historiquement lié au nazisme depuis le Grand Mufti de Jérusalem et les Waffen SS bosno-albanais et permis part les Rouges qui ont en horreur leur civilisation occidentale et l'idée même d'Etat. C'est que Mussolini et Hitler ayant fait l'éloge absolu de l'Etat et de la nation, il est logique que pour les Gauchistes, l'immigration islamique incontrôlée et l'islamisme, quand bien même ceux-ci importent en Occident une nouvelle judéophobie et une nouvelle forme de « fascisme vert », selon l'expression de Rachid Boujédra, sont « intrinsèquement antifascistes » par le seul fait qu'elles menacent de l'intérieur l'Etat, la Nation, et en particulier les citoyens juifs, « agents sionistes » complices des « Nouveaux fascistes israéliens ». Plus généralement, vous comprenez grâce à cette grille d'explication pourquoi même les résistants et des anti-nazis historiques comme De Gaulle ou Pasqua ont été longtemps traités de « fachos » et leurs policiers de « CRS SS ». Vous comprenez également, comme l'explique Pierre André Taguieff dans « Résister au bougisme », pourquoi le nationaliste corse, le terroriste basque et même le nationaliste terroriste-mafieux-islamiste albanais, sont des « résistants », des « bons » face à « l'Etat SS » serbe, espagnol ou français, pourquoi la violence du policier est forcément illégitime et « répressive », d'essence fasciste, tandis que celle du Maghrébin qui brûle des voitures ou des synagogue ou de José Bové qui incendie des McDo est « légitime », d'essence anti-fasciste », donc excusable.

Mais pour revenir aux accusations portées contre moi, et qui sont intéressantes en tant qu'illustrations du syndrome que je viens de décrire, deux choses mesurprennent:

- premièrement, les rumeurs infondées et les diffamations à mon endroit viennent de deux milieux antagonistes mais objectivement alliés, par haine anti-occidentale : l'extrême-gauche et l'extrême-droite néo-païenne et pro-islamique. J'en parlais récemment avec l'ancien chef de file de la lutte contre l'extrême-droite, Pierre André Taguieff, lequel me confirmait les relations existant entre Emmanuel Ratier et les Rouges Bruns puis les liens d'amitiés et de collaboration liant Alain de Benoist et Jean Yves Camus. Les déboires personnels de Taguieff, pourtant insoupçonnable d'être d'extrême-droite ou même de droite, avec les « antiracistes » d'extrême-gauche, sont en la matière particulièrement révélateurs de la propension typiquement française et européenne (à la différence du monde anglo-saxon où le gauchisme est moins hégémonique intellectuellement) consistant à accabler d'extrême-droitisme les véritables anti-fascistes et ceux qui luttent contre les nouvelles formes de judéophobie : c'est ainsi qu'il y a quelques années, les mêmes mouvances extrémistes de gauche tiersmondistes et pro-islamiques dont se réclament Camus et Monzat, accusèrent Taguieff, comme moi aujourd'hui, d'être proche de la Nouvelle Droite et d'Alain de Benoist au seul motif d'avoir participé, lui aussi, à des colloques du GRECE - ce qui permit entre autres à P. André Taguieff d'écrire le plus accablant des ouvrages contre La Nouvelle Droite - et, pire des crimes ! Taguieff devra attendre d'être secouru par une série d'intellectuels et personnalités de Gauche lors d'une pétition publiée dans le journal Le Monde pour qu'une campagne de diabolisation centrée sur sa participation au « complot Rouge Brun » s'arrête. Parmi les animateurs de cette campagne honteuse : l'incontournable Jean Yves Camus qui avait pourtant été un disciple de Taguieff et qui lui devait en grande partie sa carrière d'antiraciste patenté. Cette histoire est tout de même extraordinaire car Taguieff, analyste impitoyable de l'extrême droite, coqueluche intellectuelle de la communauté juive de surcroît, est celui que l'on pouvait le moins accuser de complaisance avec les Bruns Rouges, qu'il dénonce presque à équivalence et dont il a été le premier à désocculter les connexions idéologiques. Selon moi, il fut attaqué précisément parce qu'il commit le pêché originel inexpiable d'être radicalement réfractaire au gauchisme et, pire encore, d'avoir tenté de réhabiliter la nation à travers la notion de « nationisme » qu'il forgea dans ses différents écrits, d'où d'ailleurs sa proximité idéologique avec Jean Pierre Chevènement et son rôle clé au sain de la fondation du 2 Mars, ex-Fondation Marc Bloch, laquelle propose lutter contre les fascismes brun, vert et rouge ainsi que contre le racisme communautariste et le mondialisme, ceci au moyen de la réhabilitation d'une forme de « souverainisme de gauche ». Comble de l'ironie, en France, vous êtes accusé d'être pour l'extrême droite dès lors que vous étudiez celle-ci de manière objective et équilibrée comme Pierre André Taguieff ou moi-même - c'est-à-dire sans le faire au nom de l'internationalisme gauchisant - ou dès lors que acceptez sans ostracisme et par souci démocratique, le débat et la controverse.

- Deuxièmement, je reste surpris par le fait que les mêmes Jean Yves Camus ou autres Monzat de Ras l'Front ou Charlie Hebdo, qui taxent d'extrême droite ceux qui dénoncent l'islamisme, n'ont jamais dénoncé les accointances néo-droitières du célèbre professeur ex-communiste et « anti-raciste » Bruno Etienne qui, à Aix-en-Provence, fut le véritable instigateur d'une mouvance intellectuelle Rouge-Brun au sein du GRECE et de la Nouvelle Droite néo-païenne qu'il affectionnait (il l'avouait lors de ses cours) parce qu'elle était « anti-catholique », anti-réactionnaire » et anti-sionisto-américaine ». Ce même professeur « anti-facho » m'avait voué aux gémonies et soumis à la réductio ad Hitlerum parce j'avais fait une étude de terrain non diabolisatrice auprès des Maronites du Liban, alors alliés à Israël, et mis en évidence les activités criminelles, terroristes et les actes de massacres de villages entiers de Chrétiens par l'OLP de Yasser Arafat, responsable en grande partie de la guerre civile libanaise et lié - déjà !- aux Islamistes du Hezbollah que l'on nommait alors en toute candeur munichoise les « islamo-progressistes ». L'action de ce professeur rouge brun qui exprimait en plein cours sa haine des chrétiens maronites libanais « pro-sionistes » et des « terroristes israéliens », sa haine des « pieds-noirs - néo-français » et qui invitait ses étudiants désinformés, dont j'étais, au départ, à assister aux conférences du GRECE, n'a étonnamment jamais été dénoncée à ma connaissance par Jean Yves Camus . Il oublie ainsi de préciser que ce qu'on appela la « nouvelle droite », anti-chrétienne, antisioniste, anti-impérialiste, tiers-mondiste et pro-islamique, donc apparemment « progressiste » mais secrètement néo-nazie, eut un moment pignon sur rue dans la presse et même l'université, avant que les affaires révisionnistes impliquant certains de ses membres (Notin) n'éclatent au grand jour dans les années 90, grâce à l'accointance et au pacte de non agression passé entre cette mouvance et une certaine extrême-gauche intellectuelle radicalement mais habilement antisioniste qui lui servit de relais et de caution.

Pour ma part, je n'ai cessé d'étudier, depuis les années où j'étais étudiant à Aix et où Bruno Etienne nous fit connaître la dite Nouvelle droite, ces terrifiantes et sournoises connexions islamo-nazies et islamo-gauchistes dans mes livres précédants (et à paraître). J'ajouterai en ultime conclusion, que lorsque je passe sur des radios d'extrême-gauche, de gauche (radio Aligre, radio Grenouille à Paris) arabes (radio Beur), juives (radios J, Judaïque FM, Radio Shalom, etc), écris dans des revues de Gauche (Hérodote), arméniennes (Nouvelles d'Arménie) ou catholiques modérées (Le Pèlerin magazine), participe à des colloques ou réunions organisés aux Salon Karl Marx par les « Amis du Monde Diplomatique », ou même me rapproche de la Fondation du 2 Mars dont le Président est Pierre André Taguieff, sans parler du fait que je suis membre depuis des années du Club de réflexion proche du parti socialiste « Démocraties », cela est systématiquement occulté par les Jean Yves Camus qui ne retiennent que les rares passages pourtant non complaisants au sein de colloques de la Nouvelle droite, car en France, lorsque vous êtes un intellectuel ou un géopolitologue indépendant qui analyse sans complaisance le péril totalitaire islamiste et ses ramifications rouge-brunes, vous êtes forcément accusé d'être « islamophobe », comme l'a dit Alain Gresh concerant Pierre André Taguieff et moi-même, « impérialiste », donc « droitiste », donc « colonialisto-sioniste » et nostalgique des Croisades, ce qui montre encore une fois combien la rhétorique de Ben Laden fustigeant les « Judéo-croisés » et instrumentalisant les douleurs d'Hiroshima, d'Irak et de Palestine, est en total accord avec tout l'argumentaire gauchiste essentiellement fondé sur la haine de soi occidentale et la mauvaise conscience. Les attaques à mon endroit et les tentatives visant à discréditer mes travaux contre le « fascisme islamiste » s'expliquent essentiellement par cette haine de soi, commune à l'extrême droite néo-païenne anti-judéo-chrétienne et nihiliste, et l'extrême-gauche anti-occidentale antisioniste et tiersmondiste. A mon sens, la meilleure façon de lutter contre Al Qaïda, Ben Laden et l'Islamisme, c'est d'abord de nous réconcilier avec notre propre civilisation occidentale, humaniste et universaliste, dont nous devons être fiers des moments de gloire et des acquis en matière des droits de l'Homme et de la femme. En termes clairs, c'est la haine de soi occidentale entretenue par les idéologies subversives d'extrême gauche qui est le meilleur allié du Totalitarisme islamiste et que l'on doit empêcher à tout prix de susciter un « nouveau Munich » vert, lequel pourrait être fatal pour l'Amérique et l'Europe autant que pour Israël.

Alexandre del Valle est notamment l'auteur de l'essai « Guerres contre l'Europe », éditions des Syrtes, 2001, dans lequel il décrit le nouvel échiquier géostratégique mondial et en particulier le péril islamiste terroriste lancé à l'assaut de l'Occident et du monde non-musulman.

Please reload

A la une

Alexandre del Valle sur BFM TV : gilets jaunes et crise franco-italienne, deux poids deux mesures du gouvernement français

February 9, 2019

1/4
Please reload