Interview d'Alexandre del Valle sur Le Totalitarisme islamiste

December 5, 2002

 

rois questions à Alexandre del Valle : Le Totalitarisme islamiste à l'assaut des démocraties.

 

Information Juive : Alexandre del Valle : un an après le 11 septembre, pensez-vous que le terrorisme islamiste demeure un danger pour les démocraties occidentales ?

ADV : Un an après les attentats du 11 septembre, le bilan de la lutte contre le totalitarisme islamiste est accablant. Malgré le succès de l'opération Liberté immuable et le renversement du régime des talibans en Afghanistan, la nébuleuse terroriste Al-Qaida est demeurée pratiquement intacte, Oussama Ben Laden reste introuvable (peut-être même est-il mort mais cela ne change rien car une centaines d'autres Ben Laden sont d'ores déjà opérationnels) et les principaux membres de l'organisation ont réussi à s'enfuir au Pakistan, dans les Balkans, en Indonésie, dans les pays du Golfe, et même en Europe, où ils réorganisent les réseaux et recrutent leurs prédicateurs. Contrairement à une idée reçue, le drame du World Trade Center n'a pas provoqué un mouvement général de prise de conscience du danger islamiste en Occident. Les fondamentalistes islamistes continuent à prêcher, à s'organiser, à convertir et à recruter en toute liberté en Europe et aux Etats-Unis, tandis qu'en Israël ils continuent de se déchaîner et de terroriser la population civile par les bombes humaines.

Information Juive : Voulez-vous dire par là que le 11 septembre n'a pas déclenché au sein des consciences occidentales la prise de conscience qui s'impose, à savoir que le totalitarisme a déclaré la guerre aux démocraties, à commencer par Israël et les Etats-Unis, mais aussi l'Europe, et qu'il est loin de donner des signes d'essoufflement partout dans le monde ?

ADV : Les Occidentaux ne semblent pas avoir encore compris que le péril islamiste ne se limite pas au seul chaos terroriste. Avant de s'incarner dans des bombes humaines ou des Etats obscurantistes et criminels comme le Soudan ou l'Afghanistan des talibans, le totalitarisme islamiste est avant tout une idéologie de destruction de masse, un fanatisme pathologiquement anti-occidental, anti-juif et anti-chrétien, un nouvel enseignement de la haine, même s'il se drape continuellement du manteau du « droit à la différence » et du communautarisme.

Information Juive : Comment définiriez-vous cette nouvelle menace à la fois idéologique et terroriste qu'est l'islamisme radical ?

ADV: L'Islamisme n'est pas un simple “intégrisme” religieux que nos bonnes consciences politiquement correctes et isamophiles voudraient comparer aux autres intégrismes religieux, juif, catholique ou protestant, en vertu de la parenté entre les “trois religions abrahamiques”. On a certes le droit de critiquer “tous” les intégrismes. Mais nul ne peut oser affirmer que les Loubavitch, les catholiques de l'Opus Dei ou les Hamiches américains sont de même nature que les Kamikazes de Ben Laden, du Hezbollah ou du Hamas. Pareille comparaison est fallacieuse et empêche de désigner la menace islamiste de façon objective. En réalité, l'islamisme radical est un Totalitarisme, une idéologie de destruction de masse, un fanatisme politico-religieux conquérant et planétaire, bien plus comparable aux précédents totalitarismes stalinien et nazi qu'autres intégrismes religieux juif, chrétien ou même bouddhiste ou hindouiste. Car aucun “intégrisme” religieux n'est aussi universellement criminel, planétairement barbare, violemment prosélyte et foncièrement théocratique que l'Islamisme. Certes le christianisme a pu dans le passé revêtir des formes totalitaires. Quant au judaïsme, il a également connu des voies conquérantes, voire guerrières. Mais le judaïsme comme le christianisme ont connu des réformes et aggiornamento, des évolutions. Le christianisme semble avoir renoncé à l'antisémitisme et au prosélytisme violent, tandis que le judaïsme n'a jamais été prosélyte et repose en partie sur la science de la réinterprétation des textes sacrés. Malheureusement, l'Islam orthodoxe et majoritaire, celui de La Mecque comme celui d'Al Azhar, est resté figé depuis le Xème siècle. Le Coran qui enseigne entre autre le Jihad armé contre les Infidèles, demeure “parole vivante de Dieu”. Enfin, ce qui fait que l'islamisme s'est mué en totalitarisme réside dans les évènements consécutifs à la décolonisation, la création d'Israël et “l'humiliation” de 1976, puis la révolution khomeyniste de 1979, laquelle a sonné le glas du “retour de l'Islam conquérant des origines”, comme l'explique Bernard Lewis. Un “retour de l'islam” sur fond de revanche post-coloniale, “anti-impérialiste” et anti-sioniste particulièrement explosif. Comme dans les années trente en Allemagne, le totalitarisme islamiste propose de résoudre tous les maux des pays islamiques en rétablissant la Charià, la loi islamique, et en réglant le compte des infidèles “impérialistes” judéo-croisés occidentaux ainsi que celui de leurs séides, les Musulmans tolérants et libéraux, premières victimes du “fascisme vert”. Bref, l'idéologie de Haine totale de l'Autre, la théorie paranoïaque classique du bouc-émissaire, d'où la récuparation d'ailleurs par les islamistes, de textes comme les Protocoles des Sages de Sion ou Main Kampf. Contrairement au nazisme et au stalinisme, le totalitarisme vert est le premier qui ne soit pas le fait des « blancs judéo-chrétiens », le premier totalitarisme « exotique » originaire du Sud, même si les premières victimes sont les Musulmans eux-mêmes. D'où le fait qu'il s'exprime au nom des victimes, des « opprimés » du Tiers-monde et des « humiliés » du monde arabe. Son but ultime n'est autre qu'une nouvelle solution finale de l'Occident démocratique et du monde libre. Après le totalitarisme rouge fondé sur la lutte des classes et le brun fondé sur la lutte des races, voici venu le vert, fondé sur les luttes des religions et des civilisations.

Enquête minutieuse à l'appui, Alexandre Del Valle dresse un état des lieux inquiétant de la pénétration islamiste en Europe et aux États-Unis. Dépendants du lobby islamo-pétrolier du Golfe, muselés par le politiquement correct et dupés par la rhétorique victimiste et communautariste des organisations islamistes, les dirigeants occidentaux ont échoué dans leur lutte contre le terrorisme. Les fidèles de Ben Laden étendent peu à peu leur emprise, usant de la stratégie subversive propre aux mouvements révolutionnaires. En analysant avec précision les ressorts de ce nouveau totalitarisme, l'auteur lève le tabou majeur de l'islamiquement correct, et démontre à quel point les démocraties sont suicidaires lorsqu'elles accordent la liberté d'expression aux ennemis de la Liberté.

* Alexandre Del Valle, professeur de géopolitique à l'École de Guerre économique, a publié plusieurs ouvrages traitant des questions de l'islamisme et des relations internationales, dont Islamisme et Etats-Unis (L'Age d'Homme, 1997) et Guerres contre l'Europe (Les Syrtes, 2000, réactualisé en septembre 2001). Il collabore à plusieurs quotidiens (Figaro, Frankfurter Allgemeine Zeitung) et revues géopolitiques (Politique internationale, Géostratégiques et Outre-Terre).

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