Le " syndrome du Kosovo " ou l'éclatement annoncé de la Macédoine

July 9, 2001

 

Depuis quelques mois, les Occidentaux qualifient unanimement de terroristes les nationalistes albanais de l'UCK partis à l'assaut de la Macédoine (ONA) et du Sud de la Serbie (UCPMB de Présevo) et semblent soutenir pleinement Skopje et Belgrade. C'est oublier qu'il y a peu, l'Otan faisait la guerre à la Yougoslavie aux côtés de ces mêmes terroristes, entraînés par les services allemands et américains, et que la guérilla albanaise est menée à partir d'un Kosovo « contrôlé » par les 45 000 soldats de la KFOR...

 

Ces événements nous rappellent que la " Guerre du Kosovo " a ouvert la boîte de Pandore du sécessionnisme ethnique et du terrorisme dans la région. Derrière la diabolisation des Serbes orchestrée par les états-majors de l'Otan affirmant bombarder le Kosovo pour éviter une " catastrophe humanitaire " que ces mêmes bombardements - lesquels laissèrent intacts Milosevic et son armée - ont pourtant déclenchée, c'est la Yougoslavie réfractaire à l'OTAN que les « Occidentaux » détruisirent après avoir compromis toute issue pacifique (Rambouillet) en excluant les Russes du Groupe de Contact. Ils poursuivaient ainsi l'entreprise de démembrement initiée dès 1990 au profit d'entités " purifiées " ethniquement : Croatie, Slovénie, Kosovo, ou ingérables : Bosnie, Macédoine. Skopje se rend compte aujourd'hui combien est élevé le prix de l'indépendance.

En fait, la politique balkanique des chancelleries occidentales, dominée par les intérêts germano-américains, demeure ambivalente en raison même des choix pris lors de l'opération Force Alliée. Après leur avoir tant promis, il était difficile de " lâcher " totalement les alliés de l'UCK, supposés remplacer, durant la « guerre du Kosovo », les troupes de l'Otan que l'impératif du zéro mort interdisait de faire intervenir au sol, d'autant que les prospectives démographiques garantissent à terme une légitimité démocratique au projet « grand albanais ». D'où les pressions occidentales pour que Skopje reconnaisse les revendications des guérilleros albanais, avec qui traitent les représentants de l'Union européenne (Léotard), de l'Otan et des Etats-Unis (Einik et Frowick) en Macédoine, et qui réclament un " protectorat " international sécurisé par l'Otan. Vaincus électoralement par Ibrahim Rugova et frustrés de ne pas avoir obtenu l'indépendance du Kosovo, les ultra-nationalistes de l'UCK, orphelins de leur ennemi-utile Milosevic, veulent montrer que leur pouvoir de nuisance demeure intact et que toute paix dans la région passe par l'indépendance du Kosovo.

Afin de mobiliser l'opinion internationale et de légitimer le terrorisme comme une " réaction " face à " l'oppression ", les Albano-macédoniens, gagnés aux thèses de l'UCK via l'Université parallèle de Tétovo, ont fait leur la stratégie victimiste et d'embrasement chère à l'UCK ou à d'autres centrales terroristes comme l'OLP. Forts du précédent du Kosovo et s'estimant " persécutés ", ils réclament une partition de fait, via un Etat bi-ethnique. La Macédoine est pourtant l'Etat balkanique où les Albanais sont le mieux traités : niveau de vie et d'éducation ; enseignement en albanais; 25 députés, 5 ministres, 7 ambassadeurs ; nombre de diplomates ainsi que le chef des services secrets sont albanophones. Malgré cela et en dépit du plan de paix du président pro-occidental Trajkovski renforçant les droits des Albanais, les leaders des partis albanais membres du Gouvernement (PDA et PDP) plus ou moins liés aux rebelles, exigent des concessions inacceptables de Skopje. Objectif: pousser les autorités à la faute afin d'internationaliser le conflit (" syndrome du Kosovo "), condition préalable à la réalisation du projet grand albanais, dont la première étape vise à réunir les frères de Macédoine, du Sud de la Serbie et du Monténégro autour du Kosovo « libéré ». En fait, l'ONA macédonienne est une émanation de l'Armée de Libération du Kosovo, laquelle avait appelé à porter la guerre en " zone 2 " (Macédoine) en avril 1999. A sa tête, trois vétérans du Kosovo membres du LPK, l'ossature politique de l'UCK : Hemrush Xhemajli, Ali Ahmeti, leader politique, et le mafieux Fazli Veliu, oncle d'Ahmeti. L'UCK est en fait la couverture politico-militaire de la mafia albanaise, comme l'a signalé dès mai 1999, Sadako Ogata, haut-commissaire de l'ONU pour les réfugiés. Aussi l'un des autres buts de guerre de l'UCK, lié à sa dimension mafieuse, est d'élargir son sanctuaire criminel autour du nouveau "Triangle d'Or balkanique : Kosovo, Albanie, Macédoine, où existent nombre de laboratoires de drogues, sans oublier le Monténégro, également en voie d'implosion.

 

La responsabilité accablante de l'Occident

 

Non seulement les Occidentaux ont offert un cadeau empoisonné au gouvernement de Skopje en l'empêchant d'en finir avec la rébellion, mais ils ont jusqu'à peu soutenu les terroristes de l'ONA, comme on l'a vu le 28 juin lorsque des guérilleros albanais ayant investi Aracinovo furent évacués vers le Kosovo grâce à l'aide logistique américaine. Si l'ONA est capable de bombarder Skopje, c'est parce que les armes fournies par l'UCK - qui n'a jamais désarmé, en violation de la résolution 1244 - transitent via la " zone de sécurité " sous " contrôle " anglo-américain de la KFOR. Instaurée par les accords de Kumanovo du 9 juin 1999 consacrant le mandat de la KFOR, cette bande de territoire situé le long de la " frontière " avec le Kosovo et la Macédoine fut interdite à la police et à l'armée serbes. Elle servira de base et de corridor alimentant les guérillas albanaises en Serbie et en Macédoine, les principaux fiefs frontaliers de l'ONA, tel celui de Debelde, étant des bases américaines....

Force est donc de reconnaître que les causes de l'embrasement résident pour beaucoup dans l'intervention de l'OTAN au Kosovo dont les " buts de guerre " officieux visaient à :

- entretenir les abcès de fixations islamo-séparatistes dans les Balkans afin de justifier l'hégémonie protectrice de l'Otan et de redorer le blason des Etats-Unis auprès des Etats islamiques,

- instaurer une cassure entre le monde russo-orthodoxe et l'Ouest atlantiste, ponctuellement " protecteur de l'Islam ", via ces pierres d'achoppements identitaires,

- discréditer la défense européenne en renforçant la perception de l'Otan comme seule structure de défense viable, en vertu d'une politique balkanique du pompier-pyromane.

Aussi le revirement de l'équipe Bush concernant le maintien de GI's au Kosovo doit-il être analysé à l'aune de ces constatations. Lors de sa tournée dans les Balkans en avril, Colin Powell confirmait que les Etats-Unis " resteront engagés et soutiendront la démocratisation des Balkans si besoin par la force militaire ", engagement concernant aussi la Bosnie, où, depuis les accords de Dayton, les soldats US sont présents. En réalité, l'instabilité de la Bosnie, composée de deux entités antinomiques, la République serbe et la Fédération croato-musulmane, elle même divisée entre Musulmans et Croates - incapables de s'entendre, comme le montre l'actualité - et placée sous protectorat international, justifie chaque année une prorogation du mandat américain de la SFOR. De même que ces accords portaient les germes de l'instabilité de la Bosnie " multiethnique ", la résolution 1244 sur le Kosovo laissa dans le flou le statut de la province, officiellement toujours partie intégrante de la Serbie. Motif de frustration pour l'UCK, qui exporte la terreur afin d'obtenir gain de cause au Kosovo, cette inconséquence diplomatique profite à l'Hyperpuissance: car la demande d'Otan, même si elle est à l'origine des troubles, apparaît comme l'unique obstacle à un embrasement général et à l'internationalisation de la « question albanaise, la Turquie risquant elle aussi d'entrer en lice si l'UCK parvenait à embraser la Grèce et à provoquer des réactions violentes d'Athènes...

 

* Alexandre del Valle, chercheur à l'Institut International d'Etudes Stratégiques (IIES), est l'auteur de « Guerres contre l'Europe, Bosnie, Kosovo ... », Syrtes, 2001.

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