|
|
|
Recensions
|
|
Recension du livre de Loretta Napoleoni, Qui finance le terrorisme international ?
Alexandre del Valle le
01/08/2005
Recension du livre de Loretta Napoleoni, Qui finance le terrorisme international ?, IRA, ETA, AL Qaïda… Les dollars de la terreur, Editions Autrement, Paris, 2005.
Dans son premier ouvrage traduit en français, Loretta Napoleoni nous livre une étude à la fois remarquable et remarquée sur le terrorisme et la géopolitique de la criminalité de ces quarante dernières années. Au milieu de la masse d’ouvrages qui paraissent sur les thèmes de l’islamisme et du terrorisme, l’ouvrage dénote par son objectivité, son degré de précision et son originalité. A partir de la geste fondatrice du terrorisme palestinien OLP FPLP Abou Nidal, etc, marxiste-révolutionnaire (FARC, Cubains) et pro-palestinien, Loretta Napoleoni passe en revue l’essentiel du spectre terroriste qui marqua les décennies 1970-2000 au Proche Orient comme en Amérique latine, en Asie ou en Europe de l’Ouest, soulignant les convergences paradoxales, l’évolution des méthodes et les mutations. De même que l’auréole « progressiste » et romantique d’une OLP et d’un Yasser Arafat trop souvent idéalisés est sérieusement endommagée, de même la stratégie de la « ceinture verte » des Etats-Unis contre l’URSS durant la guerre d’Afghanistan est sérieusement discutée à la lumière des conséquences funestes qui en ont découlé : création de « proto-Etats » islamistes anti-occidentaux, centres du trafic de drogue et foyers de terreur et de paupérisation ; spirale prédatrice et de prolifération de ces entités criminalo-terroristes et genèse d’Al Qaïda. D’après Loretta Napoleoni, la nouvelle économie de la terreur pèserait près de 1500 milliards de dollars (5 % du PIB mondial). Ce qu’elle appelle les « proto-Etats » et les entités narco-terroristes « prédatrices » ont ceci de particulier qu’ils produisent autant la paupérisation qu’ils prospèrent sur celle-ci. Les exemples du Sentier lumineux au Pérou, des Farc en Colombie ou des jihad dans le Caucase et en Asie centrale sont à cet égard édifiants. Impitoyable, l’investigatrice italienne n’épargne personne : ni les « révolutionnaires » palestiniens démystifiés, ni les Occidentaux à la fois cyniques et suicidaires, ni même les certains groupes « anti-terroristes » colombiens dont le récit des atrocités dépassent parfois celui des Farc, ou encore les Phalanges chrétiennes durant la guerre civile libanaise, parfois de mèche avec leurs propres adversaires palestiniens ou chiites dans le cadre d’un partage des trafics et d’opérations criminelles lucratives. On apprend notamment que l’OLP fut si puissante qu’elle posséda littéralement la monarchie jordanienne avant de s’emparer des réserves bancaires du Liban. Elle aurait été à la tête d’un trésor de guerre supérieur à celui de nombreux Etats. Entités « prédatrices » par excellence adaptées à une « économie de la terreur », l’OLP et les autres centrales palestiniennes terroristes comme le FPLP ou le groupe Abou Nidal ont tiré dans les années 70-80, une partie considérable de leurs revenus des « impôts » prélevés discrètement sur les grandes compagnies aériennes occidentales terrifiées à l’idée d’attentats civils. Napoleoni raconte comment les organisations chiites et palestiniennes transformèrent le Liban en centre international de production de drogue, tout comme des Moujahidines anti-russes transformèrent l’Afghanistan en leader de la production d’héroïne, tout comme l’UCK a fait du « proto-Etat » kosovar à la fois l’une des bases-arrières du terrorisme dans les Balkans et l’un des centres de la Mafia de la drogue et des trafics en tout genre. On réalise que la « nouvelle route de la Soie », en réalité la nouvelle route de du narco-trafic et de l’islamo-terrorisme, est partie de l’Afghanistan et de l’Etat totalitaire et corrompu pakistanais pour s’étendre progressivement dans toute l’Asie centrale via la valée de la Ferghana, pour traverser l’Etat turc et ses puissantissimes mafias de la drogue et aboutir dans les entités terroristes-séparatistes et mafieuses de Bosnie, d’Albanie et du Kosovo. A ce propos, inutile de dire qu’après la lecture de ce livre, l’on voit d’un tout autre œil la guerre du Kosovo et les « combattants de la liberté » de l’UCK, tout comme l’on voit d’un tout autre œil les désormais fréquentables islamistes turcs en vérité liés à l’une des structures fondatrices d’Al Qaïda en Asie centrale turcophone, le Mouvement Islamiste de l’Ouzbékistan (MOI). L’ouvrage va crescendo et se poursuit sur le thème de la « colonisation » religieuse de la Tchétchénie, du Daguestan et des Balkans par l’Iran, l’Arabie saoudite et les réseaux islamistes turcs et pakistanais. L’auteur n’épargne pas non plus le régime du Soudan, où l’esclavage des Noirs du Sud est encore pratiqué de manière quasi officielle avec une pseudo justification islamiste. Napoleoni poursuit avec les terribles Mafias turques, le Hezbollah et les « réseaux européens des mosquées », sans oublier le « Triangle » ou « Triple Frontera » en Amérique latine (Ciudad del Este et Iguaçu, entre l’Argentine et le Brésil), base-arrière mondiale des mafias en tout genre et des mouvements islamo-terroristes d’où ont été planifiés les attentats antijuifs survenus à Buenos Aires dans les années 90. Enfin, l’auteur termine en dressant un tableau effrayant de l’Indonésie militariste, certes « pro-occidentale » depuis le renversement de Suharto, mais réislamisée à coups de pétrollards et dont les forces démocratiques et les minorités chrétiennes furent sacrifiées elles-aussi, sur l’Autel de la guerre froide et de la lutte anti-soviétique dans le monde. Un livre passionnant et complet à lire absolument.
|
Revenir à la liste des publications
Revenir à "Recensions"
Retrouver toutes les publications de la rubrique Recensions
|
|